Ce sont des restes de propagande de guerre froide. Je suis jeune, je n’ai pas connu, alors cela m’amuse.
J’en suis venu à penser qu’on se sera définitivement débarrassé des affres du stalinisme le jour où les anti-communistes primaires clamseront (ils sont vieux maintenant que la guerre froide est loin, ça ne devrait plus trop tarder... :)
À mes yeux les stalinistes tout aussi bien que les anti-stalinistes sont à mettre dans le même panier : refus du pluralisme des opinions politiques, et sur la question des morts : criminalisation des opposants politiques, méthode que les dictateurs, dont Staline, n’auraient par reniée. On appréciera à sa juste valeur le paradoxe de la méthode. Pour le reste : basta.
Quant à tirer des leçons de l’Histoire, il y aurait tant de chose à dire, mais certainement que la manière totalement irrationnelle d’aborder le communisme, ne nous protège aucunement de reproduire les erreurs du passé. C’est Hannah Arendt qui m’a véritablement éveillé à la politique. Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elle a pas la langue dans sa poche. Ayant étudié les totalitarismes, les communistes lui en veulent beaucoup... à tord d’ailleurs, car elle absout le communisme en tant que courant d’idée politique (ce serait une lecture très superficielle qui amènerait à une telle interprétation). À noter que je me suis rendu compte d’un négationnisme structurel en la lisant. On impute au communisme le totalitarisme en oubliant au passage que le nazisme n’était pas un communisme mais était dans la continuité du capitalisme. Pourtant personne n’ira dire que le capitalisme est en soit la cause de millions de morts (sauf les stalinistes !! quoi qu’àmha ils ont déjà plus d’éléments solides à présenter). Pire que ça : il y a des historiens qui considèrent que le nazisme n’était pas un totalitarisme, mais un fascisme ordinaire : on en vient à accuser le communisme seul. Ça n’a pas encore trop percé dans la population, mais ça ne m’étonnerait pas que dans quelques années la situation change (je suis toujours étonné de la relative complaisance qui existe vis-à-vis des antisémites notoires dans les médias, et ça c’est très récent) et qu’on en vienne à ignorer les crimes du nazisme, non pas par négationnisme franc, mais tout simplement par non-dit : aux communistes seront systématiquement rappelés les crimes du stalinisme, face aux nazis, à l’antisémitisme, à la xénophobie on mettra sous le tapis Hitler. C’est cela que j’appelle un négationnisme structurel.
Ceci dit, je confirme, rappeler le nombre de mort est une stratégie politique absolument inefficace, voire contre-productive.
Ce qui fait la spécificité du totalitarisme selon Hannah Arendt est plus le rapport très particulier qu’on entretient avec l’idéologie : elle devient un masque qui déforme la réalité et la nie (exemple avec la Grèce, qui s’enfonce, mais pourtant on continue d’appliquer les mêmes recettes en dehors de toute considérations de bon sens). À ce compte là, le néolibéralisme actuel risque de morfler beaucoup car il est parfaitement qualifiable d’idéologie totalitaire. Le second trait caractéristique du totalitarisme est l’organisation des hommes qui constituent le mouvement totalitaire (grosso modo, ceux qui sont au cœur du mouvement, sauf le chef, sont totalement coupés de la vie sociale avec des gens qui ne partagent pas les mêmes idées qu’eux). Enfin le dernier point notable chez Hannah Arendt est la base sociale du gouvernement totalitaire (il en faut pour tout régime) : atomisation de la société (et refus total de la structurer, de voir émerger un ordre stable, là encore il y aurait beaucoup à dire sur le néolibéralisme actuel où les gens sont sensé s’adapter constamment ou crever), et cette atomisation, ce refus de structuration, de toute organisation politique, se retrouve à l’heure actuelle, du mouvement des indignées aux manifestations bretonnes en passant par le mouvement de Grillo. Il existe dans le capitalisme dans l’injonction constante faite aux populations de mobilité et d’adaptation aux marchés.
Ça fait tout drôle de lire Hannah Arendt, pour cette raison-ci, qu’un bouquin écrit il y a un demi-siècle, parlant d’une situation politique qu’on croit exceptionnellement inhumaine, puisse à ce point décrire des pans entiers de nos sociétés actuelles. Je vous assure que ça laisse un arrière goût très amer.
[^] # Re: anticommunisme primaire
Posté par Pierre Roc . En réponse au journal La propriété intellectuelle c'est le vol et la censure - Le changement c'est quoi ?. Évalué à 1. Dernière modification le 22 novembre 2013 à 21:49.
Ce sont des restes de propagande de guerre froide. Je suis jeune, je n’ai pas connu, alors cela m’amuse.
J’en suis venu à penser qu’on se sera définitivement débarrassé des affres du stalinisme le jour où les anti-communistes primaires clamseront (ils sont vieux maintenant que la guerre froide est loin, ça ne devrait plus trop tarder... :)
À mes yeux les stalinistes tout aussi bien que les anti-stalinistes sont à mettre dans le même panier : refus du pluralisme des opinions politiques, et sur la question des morts : criminalisation des opposants politiques, méthode que les dictateurs, dont Staline, n’auraient par reniée. On appréciera à sa juste valeur le paradoxe de la méthode. Pour le reste : basta.
Quant à tirer des leçons de l’Histoire, il y aurait tant de chose à dire, mais certainement que la manière totalement irrationnelle d’aborder le communisme, ne nous protège aucunement de reproduire les erreurs du passé. C’est Hannah Arendt qui m’a véritablement éveillé à la politique. Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elle a pas la langue dans sa poche. Ayant étudié les totalitarismes, les communistes lui en veulent beaucoup... à tord d’ailleurs, car elle absout le communisme en tant que courant d’idée politique (ce serait une lecture très superficielle qui amènerait à une telle interprétation). À noter que je me suis rendu compte d’un négationnisme structurel en la lisant. On impute au communisme le totalitarisme en oubliant au passage que le nazisme n’était pas un communisme mais était dans la continuité du capitalisme. Pourtant personne n’ira dire que le capitalisme est en soit la cause de millions de morts (sauf les stalinistes !! quoi qu’àmha ils ont déjà plus d’éléments solides à présenter). Pire que ça : il y a des historiens qui considèrent que le nazisme n’était pas un totalitarisme, mais un fascisme ordinaire : on en vient à accuser le communisme seul. Ça n’a pas encore trop percé dans la population, mais ça ne m’étonnerait pas que dans quelques années la situation change (je suis toujours étonné de la relative complaisance qui existe vis-à-vis des antisémites notoires dans les médias, et ça c’est très récent) et qu’on en vienne à ignorer les crimes du nazisme, non pas par négationnisme franc, mais tout simplement par non-dit : aux communistes seront systématiquement rappelés les crimes du stalinisme, face aux nazis, à l’antisémitisme, à la xénophobie on mettra sous le tapis Hitler. C’est cela que j’appelle un négationnisme structurel.
Ceci dit, je confirme, rappeler le nombre de mort est une stratégie politique absolument inefficace, voire contre-productive.
Ce qui fait la spécificité du totalitarisme selon Hannah Arendt est plus le rapport très particulier qu’on entretient avec l’idéologie : elle devient un masque qui déforme la réalité et la nie (exemple avec la Grèce, qui s’enfonce, mais pourtant on continue d’appliquer les mêmes recettes en dehors de toute considérations de bon sens). À ce compte là, le néolibéralisme actuel risque de morfler beaucoup car il est parfaitement qualifiable d’idéologie totalitaire. Le second trait caractéristique du totalitarisme est l’organisation des hommes qui constituent le mouvement totalitaire (grosso modo, ceux qui sont au cœur du mouvement, sauf le chef, sont totalement coupés de la vie sociale avec des gens qui ne partagent pas les mêmes idées qu’eux). Enfin le dernier point notable chez Hannah Arendt est la base sociale du gouvernement totalitaire (il en faut pour tout régime) : atomisation de la société (et refus total de la structurer, de voir émerger un ordre stable, là encore il y aurait beaucoup à dire sur le néolibéralisme actuel où les gens sont sensé s’adapter constamment ou crever), et cette atomisation, ce refus de structuration, de toute organisation politique, se retrouve à l’heure actuelle, du mouvement des indignées aux manifestations bretonnes en passant par le mouvement de Grillo. Il existe dans le capitalisme dans l’injonction constante faite aux populations de mobilité et d’adaptation aux marchés.
Ça fait tout drôle de lire Hannah Arendt, pour cette raison-ci, qu’un bouquin écrit il y a un demi-siècle, parlant d’une situation politique qu’on croit exceptionnellement inhumaine, puisse à ce point décrire des pans entiers de nos sociétés actuelles. Je vous assure que ça laisse un arrière goût très amer.