• [^] # Féodalisme, propriété, Parti « Socialiste »

    Posté par . En réponse au journal La propriété intellectuelle c'est le vol et la censure - Le changement c'est quoi ?. Évalué à 10.

    Au début était le féodalisme. La noblesse possédait les terres et les serfs qui les travaillaient devaient s’estimer heureux que leur seigneur leur laisse conserver à peu près de quoi manger. Le seigneur leur impose aussi un service militaire pour défendre ses possessions du seigneur voisin, ou entretient une armée professionnelle sur leur dos.

    Ensuite, vint le capitalisme, un féodalisme industriel. Des propriétaires possédaient les usines et les ouvriers devaient s’estimer heureux qu’on leur verse en salaire vaguement de quoi vivre ou survivre. Le rendement (différence entre le coût de la main d’œuvre et le gain) est déjà meilleur. Les citoyens du pays payent une police pour défendre la propriété des moyens de production.

    Maintenant, c’est la propriété intellectuelle, un féodalisme des idées. Des sociétés possèdent des brevets, sous-traitent la production dans des pays qui n’ont pas trop de normes sociales et environnementales et vendent les produits bien plus cher que le coût de production dans des pays où les citoyens moyens ont (encore) de l’argent. Encore mieux, les sociétés peuvent se contenter de faire payer une redevance pour leurs brevets et ne rien produire du tout. Le rendement est alors maximal. Quoi qu’il en soit, elles payent des armées d’avocats sur le dos des consommateurs et utilisent la justice financée par les contribuables pour défendre leur propriété.

    Bref, le féodalisme est toujours d’actualité, il assume moins la production, mais il capte plus de richesses.

    Il est dans l'intérêt général d'avoir des entreprises florissantes, et dans un monde avec une économie mondialisé.

    Voilà. Dans une économie mondialisée.

    Jusqu’au début du 19ème siècle, la concurrence était le prétexte pour payer une misère ceux qui assuraient la production, à tel point que ce n’était pas viable : pour prendre au vulgum pecum en tant que consommateur de l’argent qu’on ne lui donne pas en tant que travailleur, on développe le crédit, mais au stade où il est évident qu’il ne pourra jamais rembourser, on fait quoi ?

    Une crise économique et une guerre mondiales plus loin, ont été mises en place des règles pour obliger la classe dominante à permettre à la classe laborieuse de vivre décemment (en France, salaire minimum, sécurité sociale...) et à l’économie d’être viable au moins socialement (écologiquement, c’est une autre affaire).
    Évidemment, ça ne peut fonctionner que si tout le monde est soumis aux mêmes règles.

    Qu’ont fait nos dirigeants récents ? Ils ont mondialisé !
    Enfin le commerce... surtout pas les règles !

    Le discours de Fleur Pélerin s'inscrit dans ce cadre.

    À partir du moment où des règles sont dans l’intérêt général, et que l’économie mondialisée est construite pour les contourner, s’inscrire dans ce cadre est déjà contre l’intérêt général.

    Si l’on considère cela d’un point de vue politique, le discours de fleur Pellerin, s’inscrit effectivement dans le cadre d’un parti qui a libéralisé l’économie et les échanges internationaux (sous le premier septennat de Miterrand ; pour ceux qui n’ont pas connu, avant certains prix comme celui de l’essence ou du pain étaient fixés, les importations étaient soumises à des quotas stricts...), qui a désindexé les salaires de l’inflation, qui a massivement privatisé, qui a construit l’Europe libérale...
    C’est donc très cohérent, sauf le nom du parti, qui bizarrement n’est pas le « Parti Libéral », mais le « Parti Socialiste »...
    La question est : sont-ils corrompus ou idiots ?

    Pour revenir à ta vision de l’« intérêt général », dans le cas du féodalisme originel, je vois bien la cohérence du discours sur l’intérêt des serfs : le seigneur les protège ainsi que leur récolte de l’armée du seigneur voisin.

    Dans le cadre du capitalisme industriel, je vois bien aussi : le propriétaire des moyens de production permet aux ouvriers de gagner leur vie dans la limite imposée par la méchante concurrence.

    Dans le cadre de la propriété intellectuelle, je ne vois même plus.
    Les grosses sociétés s’accaparent les brevets, nous vendent cher, produisent à des endroits où elles payent des salaires très bon marché, font de l’optimisation fiscale avec les paradis fiscaux pour échapper majoritairement à l’impôt (et leurs actionnaires les plus riches aussi)...
    L’appauvrissement progresse en France. Les salaires ne suivent pas l’inflation, l’exclusion augmente... Si ça ne va pas plus vite, c’est juste grâce à l’inertie et parce qu’une bonne partie de l’économie n’est pas brevetable ou mondialisable (mais elle s’affaiblit avec la progression de l’appauvrissement).

    « Le fascisme c’est la gangrène, à Washington comme en Russie. » — adapté de Renaud, Hexagone