• # Jusqu'où faut-il s'adapter ?

    Posté par . En réponse à la dépêche Pourquoi Microsoft Word doit mourir ?. Évalué à 9.

    C'est un peu long, mes excuses auprès des adeptes de commentaires courts...

    Mmmh, Charlie est en train de passer du coté obscur de la force, il est envahi par la haine. C'est pas bien.

    Mais qu'il se rassure, Word dans sa forme actuelle est bien en train de mourir.

    D'obésité.

    Word date de l'époque où tout se passait dans un environnement bien cadré : 1 pc monochrome, lourd et pesant, posé sur un bureau relié par un câble parallèle (lourd et pesant) à une imprimante matricielle bruyante, lourde et pesante. C'était le must, et ça coûtait une véritable fortune dans les boutiques spécialisées. A ce moment, Word est jeune et svelte : il a déjà écrasé un ou deux concurrents, il est prêt à faire feu.

    Cible visée : l'Entreprise, qui produit pour vivre des quantités colossales de rapports, synthèses, documents administratifs, règlements, listings, puis le marketing aidant enquêtes, publipostages variés,.... la liste est infinie. Le support officiel est le papier mais les outils de création sont en plein changement. Les pools de secrétaires, dactylos, machines à écrire, dévolues à ces lourdes et pesantes tâches sont rapidement éliminées (tout le monde s'en fout de Judith...)
    Le chef, privé de sa secrétaire, doit donc se farcir lui même ses comptes rendus de réunions, en tête à tête avec la ligne de tabulation et sa touche associée, le trombone déglingué, et des barres d'icônes multicolores. Word s'adapte, présente des assistants, intègre de nouvelles fonctions, bref il enfle.
    Surviennent d'autres événements : le réseau local (avec des bouchons terminateurs) puis distant (avec des modems rtc), puis planétaire (avec pas mal d'autres trucs www,...). Word propose de nouvelles fonctions d'envoi de mail, d'export html -sauce aigre-douce microsoft- et toutes ces sortes de choses. Il enfle encore.

    Il enfle donc à chaque transformation sociétale, il enfle par absorption et étouffement de l'ennemi. Au bout de quelques années on obtient une sorte de monument terrifiant, multiforme, un couteau suisse gigantesque avec plusieurs manches.

    Le modèle dominant est celui de l'entreprise, qu'on applique à tous les milieux avec des (in)fortunes diverses. Ce sont les outils de l'entreprise qui sont imposés : un thésard travaillera donc avec word, et soutiendra sa thèse avec powerpoint.

    Word, comme Excel et le reste de la collection reflète la montée en puissance de Microsoft, et de son modèle agressif sous-jacent : connaître son ennemi, l'absorber par rachat et intégrer les avantages dans son propre camp.
    Nov. 1999 office 2000 - 122 Mo sur disque
    Office 2003 - 263 Mo
    Office 2010 - 657 Mo
    Office 4000 - R.I.P. ...

    Pendant une dizaine d'années (de 1990 à 2000), c'était mon métier que d'apprendre aux secrétaires, puis aux secrétaires licenciées, puis aux chef(fe)s de services, responsables, patron(ne)s de pme à se servir d'un traitement de texte : wordstar, amipro, puis très rapidement Word et toutes ses déclinaisons. Pour faire le tour de toutes ses fonctions, il nous fallait plusieurs semaines avec de nombreuses heures de pratique.
    On y causait de comment distinguer la forme du fond, appréhender la structure du document, sa taille, la saisie au kilomètre, la mise en forme (directe ou non), la mise en page, bref tout ce qui permet de construire un document.
    Et comme dans l'Entreprise, on se doit d'être organisé et efficient, on causait aussi de feuilles de styles, de modèles, d'organisation et de partage de documents.

    Aujourd'hui, la tendance est au light : tablette, smartphone, le monument ne rentre pas. Ça coince. Plus besoin de word pour twitter. La nouvelle approche consiste à déposer le mastodonte sur un (gros) nuage, et à facturer ses accès par abonnement. C'est ce que j'ai compris de la philosophie d'office 365 : cachez cette obésité que nous ne saurions voir.

    Que faire pour former le monde éducatif à tout ça ???
    Le texte dit : "... la qualité de notre enseignement est pauvre au point que nos élèves soient incapables de s’adapter à divers contextes logiciels..."

    S'adapter sûrement, mais comprendre d'abord que le modèle sous-jacent à word, excel, et donc Microsoft et équivalent, c'est la compétition en mode guerrier. Il est question de cible, d'objectif, de garder une longueur d'avance sur les autres. Jusqu'où faut-il s'adapter ?
    Comprendre aussi qu'il existe d'autres modèles de vie numérique, par exemple le modèle contributif. Ce genre de chose ne se voit pas dans l'interface graphique, ni dans la taille du logiciel mais entre autre par le fait que mon fournisseur de logiciel ne cherche pas à m'enfermer dans son modèle, qu'il soit payant ou non, et qu'il n'agisse pas uniquement pour ses intérêts propres. Il y a du boulot...

    J'ai tapé ce texte et corrigé quelques fautes de frappe et d'orthographe dans gedit. Je pense que je pourrai le reprendre plus tard sans trop de problèmes.