• [^] # Re: Précision qui m'intérroge

    Posté par . En réponse au journal Tintin tombera-t-il un jour dans le domaine public ?. Évalué à 4.

    Jésus a ressuscité Lazare & co. Il est allé trop loin ? :) Bref t'es en train de dire « bouh, les comics de super-héros1 font des trucs façon space opera et mélangent aussi la SF avec des histoires de magie et de monde contemporain, au bûcher2 ! »

    Pour faire bref, je trouve que ton commentaire est le même genre que ceux que j'entends à propos du hard rock/du métal, du rap, du space opera ou de la SF, etc., bref de tout ce qui a trait à un genre : bien que le support ait 70 ans, tu ne vois que les stéréotypes, et pas tout ce qui est créé autour,

    Je trouve au contraire que le format comics/super-héros permet plein de choses, du fait que plusieurs scénaristes et dessinateurs peuvent travailler sur les mêmes personnages. Par exemple :

    1. Alan Moore (From Hell, Watchmen, The League of Extraordinary Gentlemen3, V for Vendetta pour les œuvres les plus connues) a repris les personnages de WildC.A.T.s, une BD créée par Jim Lee et Brandon Choi qui était, disons, jolie, mais avec un scénar pas forcément super intelligent. Après le passage de Moore, les personnages sont tous transformés, traumatisés, etc., et acquièrent une profondeur peu commune4.
    2. Au début des années 80, Frank Miller (300, Sin City, Batman: Year One, The Dark Knight Returns, pour ne citer que les plus connus) a transformé un super-héros moribond, et dont la série allait sans doute être annulée, Daredevil, en un héros torturé par le bien et le mal. Il en a profité pour inventer Elektra, montrer comment un homme profondément marqué par une éducation religieuse, et par le besoin de faire le bien, pouvait être attiré par quelqu'un qui visiblement avait une part d'ombre, était dangereuse, etc. C'est aussi sans doute le premier super-héros vraiment « gentil » qui, suite à un événement traumatisant, décide de ne pas laisser le meurtrier de l'amour de sa vie s'en sortir en allant « juste » en prison.
    3. Warren Ellis (The Authority, Transmetropolitan, Planetary) a incorporé tout un tas de personnages fictifs du domaine public pour renforcer une certaine ambiance pour certains de ses projets (par exemple, Elijah Snow a étudié l'art de la « détection » avec Sherlock Holmes dans Planetary). Il a aussi montré comment réinventer des personnages qui auraient pu être de véritables catastrophes. Ainsi, Norman Osborn, super-villain notoire (Green Goblin), avait été tué en 1973. Ils l'ont « ressuscité » à la fin des années 90, ce qui était bien évidemment un gros coup commercial. Le personnage aurait pu rester dans son stéréotype de savant fou obsédé par Spiderman. Lorsqu'Ellis reprend la série Thunderbolts vers 2007, il fait évoluer Osborn en un personnage toujours cynique, toujours fou, mais qui se soigne (même s'il a clairement toujours un problème avec Spiderman). Quelqu'un de finalement assez abject, mais qui malgré tout veut bien faire.
    4. Bill Willingham initié une longue histoire, appelée Fables, où l'on apprend que les personnages de contes de fées sont tous réels. Bigby (a.k.a. le grand méchant loup) a pris forme humaine, et est le shérif de Fable Town, une sorte de village composé de ces personnages en plein cœur de Manhattan. L'un des trois petits cochons (qui depuis a bien grandi) squatte régulièrement chez lui, parce qu'après l'incident des trois chaumières (paille, bois, brique, tout ça), Bigby a dû aller là où il pouvait. En résulte un mélange de magie et de technologie contemporaine, grâce à la réutilisation de personnages tous issus du domaine public.
    5. Brad Meltzer a écrit Identity Crisis, qui se passe dans l'univers DC, et où les héros tentent de comprendre qui a pu tuer la femme d'un héros relativement mineur (mais malgré tout l'un des plus anciens de la bande) : Elongated Man.

    Avec Fables je me suis un peu rapproché du thème original du journal, mais écarté de celui de ce fil de discussion. Et donc non, je ne crois pas que les comics aillent « trop loin ». Au contraire, on se retrouve du coup avec des gens comme Grant Morrison qui écrivent All Star Superman, et qui finalement vont au bout de l'idée du surhomme : il s'agit bel et bien d'un nouveau messie, ou même d'un dieu (fin mythique/biblique incluse).

    L'utilisation de technologie, la manipulation de la réalité, etc. ne sont que des moyens pour raconter une histoire sur les dieux, et les hommes qui voulaient percer leurs secrets. Je ne vois pas en quoi ça change des mythologies classiques.

    [1] Parce que bon, y'a PLEIN d'autres BD US qui ne sont pas de super-héros du tout.
    [2] Je sais bien que tu ne veux pas dire ça, hein. :-)
    [3] Tiens, encore un exemple de réutilisation de personnages fictifs et/ou mythiques pour en faire quelque chose de neuf et franchement jouissif.
    [4] Notons que dans le cas des personnages de Image Comics/Wildstorm, c'est relativement plus simple, car étant très « jeunes » en terme de date de création (1992), lorsque A.Moore reprend l'écriture en 1995, il n'y a encore aucun « canon » pour les personnages, et donc il est encore possible de changer la donne. Moore est coutumier du fait : il avait fait pareil 10 ans plus tôt avec _Swamp Thing_.