Le recensement de la population et de l’habitat est l’une des opérations les plus vastes et les plus complexes mises en œuvre par les États en temps de paix. Il exige une planification soignée, des ressources dédiées et toute une mise en œuvre. Il consiste notamment à cartographier précisément tout un pays, à mobiliser et former des agents et agentes de recensement, à conduire de larges campagnes publiques d’information, mais aussi à faire du porte-à-porte, à superviser de très près les activités de recensement, et enfin à analyser, diffuser et utiliser les données obtenues.
Un recensement suppose le décompte de toute la population d’un territoire, d’un pays ou d’une région, et doit avoir lieu au minimum tous les dix ans. Il génère une quantité énorme de données : nombre d’habitant·e·s, répartition géographique, répartition en termes d’âge et de sexe, conditions de vie et autres données socioéconomiques clés. Ces informations sont essentielles pour une bonne gouvernance, pour l’élaboration de politiques de développement, pour la réduction des risques, pour les programmes de sécurité sociale, pour les études de marché et pour répondre aux crises éventuelles (prévention, gestion et réponse).
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Les vagues de recensement
La vague de recensement 2030, qui s’étend de 2025 à 2034, a lieu sur une décennie décisive, dans un monde en pleine mutation. Alors que les pays du monde s’alignent sur de nouveaux engagements internationaux, notamment l’Agenda 2030 pour le développement durable, la demande de données désagrégées à tous les niveaux s’accroît.
Ceci intervient dans une situation d’urgence relative aux données démographiques : lors de la vague de 2020, 35 pays n’ont mené aucun recensement, ce qui laisse environ 2,4 milliards de personnes (soit 30 % de la population mondiale) non décomptée et donc structurellement invisible aux yeux des instances de planification. Ce manque de données a été encore aggravé par la fermeture brutale de l’Agence des États-Unis pour le développement international, qui a provoqué l’arrêt en 2025 du Demographic and Health Surveys Program. Si certains services ont repris depuis, le manque de financement, lui, persiste.
Comment les informations sont-elles recueillies ?
Les recensements se modernisent à un rythme soutenu pour adopter de nouvelles technologies numériques, dont des appareils mobiles et les Systèmes d’information géographique (SIG). Les pays utilisent également de plus en plus les données administratives (les informations collectées par un gouvernement pour ses services publics) afin de mesurer et décrire la population, notamment les registres scolaires, ceux des cliniques de santé, ceux des agences pour l’emploi, et les systèmes de documents d’identité. Lorsque ces registres sont de bonne qualité et proposent une couverture complète de la population, le gouvernement peut les exploiter pour produire des statistiques de recensement sans avoir besoin de recourir à un décompte sur le terrain. Cette approche, appelée recensement par registre, construit un profil statistique de la population en utilisant des données existantes, telles que l’âge, le genre ou le niveau d’éducation. Cependant, tous les pays ne disposent pas de données administratives couvrant l’éventail nécessaire de caractéristiques démographiques. Dans ces cas-là, les pays peuvent avoir recours à une approche de recensement combinée, en utilisant les documents numériques à leur disposition tout en menant également un décompte de la population sur le terrain, directement auprès des foyers. Cette méthode permet de trouver les informations manquantes.
Ces mutations technologiques exigent une modernisation des systèmes statistiques nationaux et un renforcement de leurs capacités. Il s’agit notamment d’améliorer les systèmes d’enregistrement des faits d’état civil et de statistiques d’état civil afin d’assurer que tous les événements essentiels (naissance, décès, mariages et divorces) soient enregistrés en temps utile.
L’UNFPA aide les pays à sélectionner les méthodes de recensement les plus adaptées à leur contexte national. L’agence aide à renforcer les capacités nationales à mener des recensements traditionnels basés sur le décompte de terrain, tout en soutenant les pays afin qu’ils puissent adopter des approches exploitant mieux les données administratives à des fins de recensement.
Comment les informations sont-elles utilisées ?
Avec les grandes évolutions démographiques à l’œuvre et l’attention accrue portée à la réponse aux besoins de toutes et tous, tout en assurant que personne ne soit laissé de côté, disposer de données exactes et en temps réel est plus important que jamais. Les recensements présentent l’avantage incomparable d’englober l’ensemble de l’univers statistique (jusqu’aux plus petites unités géographiques ou administratives) d’un pays ou d’une région. Ces informations servent à toutes sortes d’activités liées au développement, et particulièrement au suivi et à l’évaluation des politiques et des programmes.
En outre, le recensement national constitue bien souvent la seule source d’informations permettant de détecter différentes formes d’exclusion (sociale, démographique ou économique) comme les inégalités géographiques, raciales, ethniques, religieuses ou liées à d’autres caractéristiques. Un tel exercice fournit par ailleurs des données sur les régions désavantagées et les groupes vulnérables, comme les populations vivant dans la pauvreté, les personnes âgées, les personnes en situation de handicap, les jeunes migrantes, les adolescentes et les jeunes filles.
Jusqu'à 107 des 231 indicateurs uniques des Objectifs de développement durable nécessitent des données démographiques pour le suivi, et les recensements en sont une source essentielle. Les recensements servent également à produire des données démographiques de base granulaires, ventilées par âge et par sexe, qui soutiennent les opérations et la prise de décision lors de la réponse initiale à une urgence humanitaire, entre autres.
Quelles sont les difficultés ?
Un recensement n’étant réalisé en général qu’une fois tous les dix ans, il est difficile de conserver l’expertise acquise par les bureaux nationaux des statistiques d’un recensement à l’autre. Par ailleurs, l’émergence de nouvelles technologies et méthodologies demandent des compétences nouvelles que les bureaux statistiques ne possèdent pas forcément.
La conduite d’un recensement est une opération de grande ampleur, qui est coûteuse et demande donc une planification budgétaire précise et la mobilisation opportune des ressources. De nombreux recensements sont repoussés à cause du manque de moyens ou d’un retard dans la mise à disposition des financements. La création de partenariats solides avec des acteurs importants, notamment les partenaires de développement, la société civile et le secteur privé, est un élément essentiel dans la mise en œuvre et la continuité des recensements.
Les situations de conflit et d’instabilité que connaissent bon nombre de pays créent des difficultés supplémentaires dans les opérations de recensement. Dans les pays fragiles ou dans les contextes de crise, il n’est ainsi pas toujours possible de collecter des données démographiques récentes et fiables, car les recensements traditionnels ne peuvent être menés à cause de conflits ou de problèmes de sécurité. Les larges déplacements de population peuvent également rendre rapidement obsolètes ou incomplètes les informations existantes.
L’action de l’UNFPA
L’UNFPA fournit un appui technique et financier afin d’assurer des recensements de grande qualité, qui respectent les principes et standards internationaux, et qui produisent des données largement diffusées et utilisées à des fins de développement. L’agence aide les gouvernements à renforcer leurs systèmes démographiques nationaux, à intégrer les données de recensement à d’autres sources et à générer des données et des analyses permettant de mieux se préparer aux changements démographiques.
Depuis le début de son activité, l'un des principaux mandats de l'UNFPA a été de renforcer la capacité nationale de recensement à collecter, traiter, analyser, diffuser et utiliser les données de recensement pour le développement. La présence de l’UNFPA dans plus de 150 pays permet d’assurer un soutien coordonné aux recensements 2030.
Pour la vague de recensement de 2030, les principaux domaines d'appui de l'UNFPA comprennent :
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Le soutien technique : l’UNFPA met à disposition des conseiller·e·s techniques de recensement, ainsi que des expert·e·s en Systèmes d’information géographique et traitement de données. Elle fournit aussi un soutien logistique et une assistance technique aux pays selon leurs besoins.
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La génération et le partage de connaissances :
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Proposer des opportunités d’apprentissage et de formation. L’UNFPA assure une formation au recensement grâce à des ateliers régionaux et à des webinaires, y compris sur certaines approches innovantes telles que la cartographie numérique, l’estimation sur petits domaines, l’analyse géospatiale, ainsi qu’à des cours en ligne sur les bases du recensement et la transition vers un recensement basé sur des registres.
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Développer des outils d’orientation technique et logistique. Pour répondre aux besoins des pays, l’UNFPA développe et met à disposition des conseils techniques et logistiques couvrant toutes les étapes des recensements pour aider à la production de recensements de qualité répondant aux standards internationaux. Elle propose notamment : un guide de recensement étape par étape, un guide de rédaction d’un projet de recensement, des ressources d’imagerie satellite pour les recensements, un document intitulé Système d’information géographique quantique (SIGQ) pour la cartographie numérique dans les recensements et sondages, et une note de soutien technique intitulée Valeur des estimations modélisées de population.
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Négocier une coopération Sud-Sud pour le soutien des opérations de recensement. L’UNFPA organise des voyages d’étude et des échanges techniques Sud-Sud, lors desquels les bureaux statistiques nationaux peuvent mettre en commun leurs connaissances. L’agence facilite également le partage de matériel entre pays, notamment des tablettes, afin de réduire les coûts et les risques liés à l’approvisionnement.
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La promotion de la diffusion des données de recensement et leur accès libre. L’UNFPA aide les pays à créer des plateformes numériques pour diffuser les données de recensement, et à publier des échantillons anonymisés de microdonnées pour des analyses approfondies et pour la recherche. De plus, l’agence gère le Portail des données démographiques, une plateforme web qui intègre de données quantitatives et géospatiales, notamment des données de recensement, et qui propose des fonctions d’analyse.
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L’utilisation de partenariats institutionnels. L’UNFPA a établi des partenariats stratégiques aux niveaux international, régional et national pour permettre un soutien plus efficace et plus productif du recensement. L’organisation compte notamment des partenariats avec les Commissions économiques régionales de l’ONU et la Division des statistiques de l’ONU ainsi qu’avec la Banque mondiale, le Bureau de recensement des États-Unis, l’ESRI, le ministère des Données et Statistiques de la République de Corée et la University of Southampton/WorldPop.
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La mobilisation de ressources pour les recensements. L’UNFPA soutient la mobilisation des ressources aux niveaux international, régional et national. Au niveau international, l’agence espère mobiliser environ 75 millions de dollars par an pendant la vague 2030 afin de moderniser les recensements, de renforcer les systèmes de statistiques d’état civil et de former une nouvelle génération d’expert·e·s en données démographiques. Par ailleurs, l’UNFPA est une organisatrice et facilitatrice de premier plan, aidant les pays à accéder à des financements issus de banques multilatérales de développement, du secteur privé et de ressources publiques nationales.
Mise à jour : 11 mai 2026