• # Crises cubaine et ukrainienne, de 1962 à 2014, par Vincent Touze

    Posté par . En réponse au journal [HS] Géopolitique : la blague du jour. Évalué à 2.

    Crises cubaine et ukrainienne, de 1962 à 2014, par Vincent Touze, docteur en sciences politiques, un des spécialistes français de la Crise de Cuba en 1962, auteur de Missiles et Décisions, Castro, Kennedy et Khrouchtchev et la crise de Cuba d’octobre 1962, Ed. André Versaille, 2012.

    Sa conclusion

    Maintenant, la vraie question à se poser est : quels sont nos intérêts, quels sont les intérêts de l’Europe ? On peut franchement douter que ce soit de contribuer à attiser les rancœurs dans l’ex Bloc de l’Est, de rouvrir une nouvelle guerre froide en plein cœur de notre continent et de perdre tous les avantages de l’effondrement de l’URSS, ou de nous couper de la Russie post-soviétique et de la laisser morfondre dans son marc en multipliant les provocations, ou encore de diluer encore plus l’Union Européenne dans l’OTAN et dans une zone de libre échange avec les États-Unis. On serait là dans l’inverse exact de ce que voulaient les pères de l’Europe, de de Gaulle et Adenauer et encore tout récemment de Mitterrand et Kohl. L’absence d’un vrai débat politique vivant sur ces sujets, ou plutôt ce qui peut être interprété comme son abdication dans notre pays – car en Allemagne par exemple ce n’est pas le cas – paraît préoccupant.

    Il ne faudrait pas que tout un discours français dirigé contre la Russie cache maladroitement une rationalisation de notre faiblesse.

    Un des commentaires pose la même question que moi en pointant la question sur l'Allemagne, qui sera plus impactée économiquement.

    Comparé à Cuba, la crise Ukrainienne présente pour moi une différence dans l’analyse des forces en présence du fait de l’Allemagne.
    Je suis étonnée du silence du leader économique de l’Europe. Certes, son histoire du siècle passé lui impose une présence discrète sur le front diplomatique et sur sa communication, mais elle a tant à perdre dans le jeu plus de go que d’échec auquel nous assistons, du fait du poids de ses échanges économiques avec la Russie : En 2014, l’Allemagne est le première partenaire européen de la Russie avec 76 milliards d’euros d’échanges au niveau commercial (à l’échelle mondiale, le deuxième partenaire derrière la Chine). En 2013, les investissements allemands en Russie s’élèvent à 22 milliards de dollars et on y compte 6200 entreprises allemandes implantées. 39 % du gaz allemand provient de Russie.
    Alors, pardonnez cette question un peu hors sujet, quoique ... : Olivier, internautes avertis, auriez-vous une analyse de la question qui pourrait nous éclairer ? D’avance, merci.

    C'est cette ambiguïté sur l'absence d'intérêts qui ne gène dans cette histoire. Ils vont foutre le bordel partout quand ça les arrange bien, alors que je ne vois pas ce qui peut arranger l'Europe à s'impliquer et soutenir la guerre civile ukrainienne, et provoquer la Russie (qui devra bouger).

    Et désolé si j'ai l'air de faire du "russisme", c'est quand il y a une ambiance trop anti que je cherche à comprendre et expliquer "l'autre" point de vue. Le mien, c'est que je suis en Europe et que je ne crois pas qu'elle soit en mesure de s'amuser à une guerre économique avec son gros voisin qui fournit le chauffage.

    PS: Zenitram, mon premier surlignage pourrait-il expliquer une (partie de notre) différence de perception sur le débat (ou son absence qui me choque ici) ?