Aller au contenu
Wikipédia l'encyclopédie libre

Youya

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Youya
Image illustrative de l’article Youya
Masque de la momie de Youya
Nom en hiéroglyphe
i i w i A A1
Transcription Ywjȝ Période Nouvel Empire Dynastie XVIIIe dynastie Famille Conjoint Touya Enfant(s) ♀ TiyiÂanenAÿ (incertain) ♀ Moutemnébou (incertain) ♀ Taemouadjésy (incertain) ♀ Touiou (incertain) ♀ Kakaia (incertain) Fratrie ♀ Moutemouia (incertain) Sépulture Nom KV46 Type tombeau Emplacement vallée des Rois Date de découverte 1905 Fouilles James Edward Quibell Objets meubles, céramiques, statuettes, vases canopes et sarcophages modifier  

Youya ou Youyou est un aristocrate égyptien de la XVIIIe dynastie.

Attestations

[modifier | modifier le code ]

Youya est attesté par deux catégories de documents[1]  :

  • plusieurs objets faisant partie du trousseau funéraire de Youya dans sa tombe KV46 commune avec son épouse Touya ; parmi ces objets se trouvent ses cercueils et plusieurs ouchebtis ,
  • de nombreux scaux-scarabées,
    • ceux annonçant le mariage entre leur fille Tiyi et le roi Amenhotep III en l'an 2 du règne de ce roi,
    • ceux annonçant le mariage entre la princesse étrangère Giloukhepa et Amenhotep III en l'an 10 de ce même règne.

Généalogie

[modifier | modifier le code ]

Comme l'attestent les scarabées et leur tombe commune KV46, Youya est l'époux de Touya, « grande des recluses d'Amon », et « grande des recluses de Min ».

Les scarabées attestent également qu'ils étaient les parents de la grande épouse royale Tiyi [2] . Une inscription sur le cercueil de son épouse Touya montre qu'ils sont également les parents du deuxième prophète d'Amon Âanen [3] .

Plusieurs chercheurs, dont Cyril Aldred[4] , Aidan Mark Dodson et Dyan Hilton [3] , et Arnault Duhard[5] , ont également proposé de faire du futur roi Aÿ un fils de Youya et Touya. Plusieurs arguments ont été donnés pour appuyer cette hypothèse : une proximité phonétique des noms Youya et Aÿ ; la priximité de la titulature d'Aÿ avec celle de Youya ; l'attention particulière d'Aÿ une fois roi pour Akhmîn et son dieu Min ; enfin, si la reconstruction de la généalogie de la fin de la XVIIIe dynastie par Marc Gabolde est correcte, Aÿ pourrait être le père (ou l'oncle) de Néfertiti (son épouse Tiyi étant sa nourrice) qui serait la cousine d'Akhenaton (fils de Tiyi)[5] .

Une autre fille, nommée Moutemnébou, est également possible. En effet, une statue d'un certain Aÿ[note 1] , « intendant du domaine de Tiyi dans le domaine d'Amon », se dit fils d'un certain Nakhtmin et d'une certaine Moutemnébou, « sœur de la grande épouse royale ». La statue est datée du règne du roi Aÿ. Le domaine de Tiyi tout comme la sœur anonyme de Moutemnébou pourrait se référer à Tiyi, grande épouse royale du roi Aÿ. Cependant, un domaine de la reine Tiyi, grande épouse royale d'Amenhotep III, est attesté jusqu'à la période ramesside. Ainsi, la chronologie autorise l'hypothèse de faire de cette Moutemnébou une sœur de Tiyi, épouse d'Amenhotep III[6] ,[7] .

Une autre fille pourrait également faire partie des enfants de Touya et Youya : il s'agit de Taemouadjésy, l'une des femmes les plus importantes de la fin de la XVIIIe dynastie. Apparaissant sur plusieurs inscriptions de fils royal de Koush de la période (Amenhotep Houy — dont elle pourrait être l'épouse —, le fils de ce dernier Paser) et d'un courtisan nommé Khâemouaset — dont elle pourrait également être l'épouse —, elle est surtout connue comme « supérieure des recluses d'Amon » sur un vase factice retrouvé dans la tombe de Youya et Touya, ce titre étant par ailleurs l'un des plus élevés de Touya. Sur l'inscription la mettant en relation avec Amenhotep Houy, Taemouadjésy porte le titre de « supérieure des recluses de Nebkhéperourê, » c'est-à-dire la dirigeante du harem de Toutânkhamon. Si Taemouadjésy est effectivement une fille de Youya et Touya, alors elle serait la dirigeante du harem de son petit-neveu[8] ,[9] .

La tombe d'un nomarque du nome du Pays de Nubie nommé Ouser, ayant vécu pendant le règne d'Amenhotep III, indique qu'il est l'époux d'une certaine Touiou, et, au lieu de donner des informations sur sa propre famille, insiste sur la famille de son épouse, qui devait donc être d'un statut social plus élevé. La famille de Touiou se résume à ses deux sœurs nommées Taemouadjésy et Kakaia. Aucun titre n'est associé à ces femmes, ce qui pourrait signifier qu'elles étaient suffisamment connues pour qu'aucun titre ne soit nécessaire pour les identifier. En identifiant Taemouadjésy belle-sœur d'Ouser à Taemouadjésy nommée dans la tombe de Youya et Touya, et en remarquant l'analogie des noms Touya (aussi écrit Touyou) et Touiou, Arnault Duhard propose de faire de ces trois femmes des filles de Youya et Touya[10] .

Le nom Youya peut être orthographié de plusieurs manières différentes, comme le notait déjà Gaston Maspero [11] . Dans son étude sur la reine Tiyi, Arnault Duhard note le nombre d'occurrence de chaque graphie : 94 fois « Youiou », 50 fois « Iaa », 66 fois « Yaa », 12 fois « Iia », 89 fois « Youia », 11 fois « Iay », 1 fois « You », 1 fois « Youi », 2 fois « Iaia » et 1 fois « Ia »[12] . C'est la raison pour laquelle les études mentionnant ce haut fonctionnaire le nomme Youya, Youia, Youyou ou encore Youiou.

Biographie

[modifier | modifier le code ]

Youya était originaire d'Akhmîm, en Haute-Égypte, où il possédait probablement un domaine et appartenait à la noblesse locale. Ses origines demeurent incertaines. Dans son étude de la momie de Youya, l'anatomiste Grafton Elliot Smith a noté que, bien que ses traits ne soient pas typiquement égyptiens, il considère que les migrations en provenance des pays voisins ont été importantes au cours de l'histoire égyptienne et qu'« il serait imprudent de se prononcer définitivement sur la nationalité de Youya »[13] . James Edward Quibell a également abordé l'hypothèse, désormais ancienne, que Youya était étranger, soulignant que le seul élément en sa faveur était la multiplicité des orthographes de son nom. Aucun signe d'origine étrangère n'a été trouvé dans le mobilier du tombeau, celui-ci étant entièrement égyptien[14] .

Compte tenu de son nom et de ses traits inhabituels, certains égyptologues pensent que Youya était d'origine étrangère (généralement syrienne)[15] ,[16] ,[17] , bien que cela soit loin d'être certain[18] . Le Biographical Dictionary of Ancient Egypt accrédite l'hypothèse d'une origine étrangère : « Il est concevable qu'il ait eu des ancêtres mitanniens, car on sait que la connaissance des chevaux et des chars a été introduite en Égypte depuis les terres du nord et que Youya était le « Maître des chevaux » du roi. » Il évoque également la possibilité que Youya ait été le frère de la reine Moutemouia, mère du roi Amenhotep III, et qu'elle ait pu avoir des origines royales mitanniennes[19] . Cependant, cette hypothèse ne peut être étayée, car les origines de Moutemouia ne sont pas connues[20] .

Si des chercheurs proposaient déjà dans la seconde moitié du XXe siècle de faire de Youya le frère de Moutemouia[21] ,[19] , des études récentes montrent qu'Amenhotep III et son beau-père Youya partagent un tiers de leurs gènes, ce qui suggère que Youya avait un lien de parenté de type oncle/neveu avec Amenhotep III. Cependant, l'hypothèse que Youya ait été le frère de Thoutmôsis IV est presque inconcevable ; il est donc plus probable que, si ce lien familial est avéré, Youya ait été le frère de Moutemouia[22] .

Les titres de Youya sont les suivants : « iry-pat , ami unique, confident du roi dans le pays tout entier, celui qui est dans le cœur du dieu parfait, bouche du roi de Haute-Égypte et oreilles du roi de Haute-Égypte, père divin aimé de son maître, prêtre de Min, directeur des troupeaux de Min, directeur des écuries de Sa Majesté pour la cavalerie[23] . » Son épouse Touya est quant à elle : « ornement royale, mère royale de la grande épouse royale, supérieure des recluses d'Amon, louée par le dieu parfait, chanteuse d'Amon, chanteuse d'Hathor, supérieure des recluses de Min, louée de la déesse Hathor[23] . »

Les titres de ce couple montrent qu'il était au sommet de l'aristocratie d'Akhmîm, et qu'ils avaient obtenus également des titres militaires et sacerdotaux très importants pour leur époque. Il s'agit donc d'une famille influente, et le mariage entre Amenhotep III et Tiyi, probablement arrangé par Moutemouia, est donc un mariage logique pour renforcer l'assise de la famille royale[23] . Cette influence s'est traduite non seulement par le mariage de leur fille avec Amenhotep III, Tiyi devenant donc la principale épouse du roi en tant que grande épouse royale, mais également par la charge de deuxième prophète d'Amon qu'a obtenu leur fils Âanen [24] , et peut-être par la charge de « Père Divin » qu'obtiendra le futur roi Aÿ (si ce dernier est bien leur fils).

C'est en tout cas cette influence qui permit au couple Youya-Touya d'obtenir le privilège d'avoir une tombe dans la vallée des Rois : KV46 [23] .

Sépulture

[modifier | modifier le code ]
Article détaillé : KV46.

Sa tombe (KV46), où il est enterré avec son épouse Touya, l'une des rares tombes de particuliers à avoir été creusée dans la vallée des Rois, était particulièrement bien conservée. Il s'agit peut-être d'une réinhumation : en effet, la disposition de la tombe semble montrer que Youya et Touya ont été inhumés en même temps, ce qui est peu probable ; de plus, un sceau incomplet découvert dans la tombe correspond aux sceaux découverts à Malqata et était en usage à la fin du règne d'Amenhotep III, à l'occasion des fêtes-Sed ; or, si Youya et Touya semblent mourir assez vieux[note 2] , il semble peu probable qu'ils aient vécu jusqu'à cette date avancée du règne[25] . La tombe initiale se trouvait peut-être à Akhmîn [26] .

Le mobilier funéraire de la tombe, préservé dans sa presque intégralité, est d'une grande richesse, meubles, céramiques, statuettes, vases canopes et sarcophages luxueux. Conservé depuis la découverte de la tombe au Musée égyptien du Caire [27] (à l'exception de trois ouchebtis de Youyou conservés au Metropolitan Museum of Art [28] ), il a pu être mis en valeur grâce à la place libérée par le départ du trésor de Toutânkhamon vers le nouveau Grand Musée égyptien de Gizeh [29] .

Youya fut inhumé dans un sarcophage rectangulaire en bois, adossé au mur nord ; son couvercle était façonné à l’image du per-nou voûté de Basse-Égypte. Bien que semblant reposer sur des patins, il était dépourvu de base, de sorte que les trois cercueils anthropoïdes dorés (et argentés) emboîtés reposaient à plat sur le sol. Le long côté sud du sarcophage avait été brisé par d’anciens pilleurs, qui avaient également déplacé le court côté est et laissé le couvercle de travers, en équilibre précaire. Les couvercles de chacun des cercueils emboîtés avaient été retirés ; deux étaient empilés l’un sur l’autre, soutenus par une chaise, et le troisième était couché sur le côté, près du sarcophage ; les auges étaient restées en place. Son masque en cartonnage doré était toujours là, bien que brisé[14] .

La momie de Youya fut examinée pour la première fois par l'anatomiste Grafton Elliot Smith. Il constata que le corps de Youya était celui d'un vieil homme mesurant 1,651 mètre, aux cheveux blancs ondulés décolorés par l'embaumement ; ses sourcils et ses cils étaient brun foncé. Ses oreilles n'étaient pas percées. Ses bras étaient pliés, les mains placées sous son menton. La main gauche était fermée, tandis que les doigts de la main droite étaient étendus. Une bague en or fut découverte à l'auriculaire de la main droite. Des bandelettes de lin avaient été placées devant ses yeux, et sa cavité corporelle était remplie de bandelettes de lin imprégnées de résine. Smith estima son âge au décès à 60 ans, se basant uniquement sur son apparence extérieure[13] . La tomodensitométrie moderne a estimé son âge au décès entre 50 et 60 ans, en se basant sur le degré de dégénérescence articulaire et l'usure dentaire. Le scanner a également révélé deux couches distinctes de résine à l'intérieur du crâne. Du rembourrage avait été inséré dans sa bouche, ainsi que sous la peau de son cou, afin de lui donner une apparence plus vraie que nature[30] ,[31] . La cause de son décès n'a pu être déterminée[31] . Maspero a estimé, d'après la position des sarcophages, que Youya avait été le premier à mourir et à être inhumé dans le tombeau[32] . Cependant, les grands yeux, le petit nez et la petite bouche visibles sur son masque funéraire suggèrent qu'il a été confectionné durant la dernière décennie du règne d'Amenhotep III, ce qui signifie qu'il a pu survivre à Touya[33] . Sa momie porte le numéro d'inventaire CG 51190[13] .

Notes et références

[modifier | modifier le code ]
  1. Statue conservée au Brooklyn Museum (inv. 66.174.1).
  2. Non seulement les momies des deux défunts montrent des personnages assez âgées au moment de leur décès, mais leur petite-fille Satamon était déjà née et devait avoir un certain âge comme l'attestent les deux chaises dans la tombe. Le couple semble en tout cas vivant en l'an 10 du règne, lors du mariage entre Amenhotep III et Giloukhepa (Duhard 2016, p. 103-104).

Références

[modifier | modifier le code ]
  1. (en) « Attestations de Youya » (consulté le )
  2. Dodson et Hilton 2004, p. 157.
  3. a et b Dodson et Hilton 2004, p. 154.
  4. Aldred 1988, p. 220-221.
  5. a et b Duhard 2016, p. 97-99.
  6. Cabrol 2000, p. 95.
  7. Duhard 2016, p. 99-100.
  8. Gabolde 2015, p. 266-270.
  9. Duhard 2016, p. 101.
  10. Duhard 2016, p. 101-103.
  11. Davis, Maspero et Newberry 1907, p. XIII-XIV.
  12. Duhard 2016, p. 69-72.
  13. a b et c Quibell et Smith 1908, p. 68-71.
  14. a et b Quibell et Smith 1908, p. I-VII.
  15. Aldred 1988, p. 96.
  16. Ikram, Dodson et al-Miṣrī 1997.
  17. Fletcher 2015.
  18. O'Connor et Cline 2001, p. 5.
  19. a et b David et David 1992, p. 167.
  20. Cabrol 2000, p. 52-53.
  21. Aldred 1988, p. 220.
  22. Gabolde 2015, p. 192.
  23. a b c et d Cabrol 2000, p. 92.
  24. Cabrol 2000, p. 93-94.
  25. Duhard 2016, p. 103-105.
  26. Duhard 2016, p. 104-105.
  27. Quibell et Smith 1908.
  28. Duhard 2016, p. 104, note 207.
  29. « Youya et Touya, nouvelles stars du musée », sur Egyptphile.blogspot.com
  30. Saleem et Hawass 2015, p. 301–306.
  31. a et b Hawass et Saleem 2016, p. 68–71.
  32. Davis, Maspero et Newberry 1907, p. XIII-XXI.
  33. Forbes 1996, p. 40-45.

Bibliographie

[modifier | modifier le code ]

Liens externes

[modifier | modifier le code ]
v · m
Membres des familles royales
Hauts fonctionnaires
Nomarques
Scribes
Clergé
Médecins et Vétérinaires
Militaires
v · m
Pharaons
Famille royale
Enfants
Nobles
Localisations
Autres

AltStyle によって変換されたページ (->オリジナル) /