Seyran Ateş
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Seyran Ateş, née le à Istanbul en Turquie, est une autrice, avocate et imame allemande, d'origine kurde et turque. Avocate à Berlin, elle se consacre principalement au droit pénal et droit de la famille et lutte activement contre les mariages forcés et les crimes d'honneur. Elle publie de nombreux ouvrages et a reçu plusieurs distinctions pour son action, notamment, en faveur des droits des femmes.
En 2017, elle fonde la première mosquée progressiste d'Allemagne, la mosquée Ibn Ruschd-Goethe qui accueille des fidèles sans discrimination.
Ses prises de positions en faveur d'un islam progressiste et critiques vis-à-vis du communautarisme, lui valent régulièrement des agressions physiques et des menaces de mort et l'obligent à être sous protection policière en permanence.
Biographie
[modifier | modifier le code ]Jeunesse et formation
[modifier | modifier le code ]Seyran Ateş est née à Istanbul le , d'une mère turque et d'un père kurde[1] ,[2] . A l'âge de six ans, elle quitte la Turquie pour rejoindre ses parents déjà installés à Berlin-Wedding depuis quelques années. Elle a trois frères et une sœur. Élevée dans un milieu très conservateur, elle quitte le domicile familial à l'âge de 17 ans, et vit dans un refuge du Service d'aide à la jeunesse à Berlin [3] ,[4] ,[1] . Excellente élève, elle étudie le droit à l'université libre de Berlin [1] .
Carrière d'avocate
[modifier | modifier le code ]Pour financer ses études, Seyran Ateş travaille un centre d'accueil et d'information pour les femmes migrantes turques et kurdes à Kreuzberg. En 1984, lors d'une de ses consultations, un mari violent, membre de l'organisation d'exrême-droite turque des Loups gris, tire à trois reprises sur elle, qui est blessée à la gorge, et sa cliente, Fatma E., qui en meurt[5] ,[3] ,[6] ,[4] .
Il lui faut six ans pour s'en remettre et reprendre ses études de droit. Elle obtient son diplôme en , date à laquelle elle commence à exercer en tant qu'avocate[4] . Elle se spécialise en droit pénal et en droit de la famille[7] .
Ses positions, sur la société musulmane en occident qu'elle considère comme souvent plus conservatrice que la société musulmane en Turquie, mettent sa vie en danger[8] .
Menaces de mort
[modifier | modifier le code ]Sous la pression de menaces de mort et d'agressions physiques fréquentes, Seyran Ateş, ferme son cabinet en 2006, accusant le journal turc Hürriyet, d'avoir contribué à ce climat de violence[9] ,[4] ,[5] . Elle reçoit le soutien de nombreuses personnalités politiques de tous partis, celui d'avocats et de l'Association allemande des femmes avocates[10] ,[11] .
Elle reprend son activité le , en cachant cependant l'adresse de son cabinet.
En 2009, après la publication du livre Der Islam braucht eine sexuelle Revolution (L'islam a besoin d'une révolution sexuelle), elle reçoit de nouvelles menaces de mort et bénéficie d'une protection du Landeskriminalamt. Elle cesse à nouveau son activité d'avocate entre 2009 et 2011 et se retire de la vie publique[4] .
En plus de ce harcèlement, deux fatwas sont émises à son encontre et le gouvernement turc d'Erdogan l'accuse de terrorisme [12] .
En 2012, Seyran Ateş, qui a la double nationalité turque et allemande, renonce à sa nationalité turque et rend son passeport, un choix politique et non culturel[4] . «En Turquie, je serais emprisonnée pour ce que je fais – mais en Allemagne, l'état me protège.»[12]
En , elle cofonde PEN Berlin[13] .
Imame
[modifier | modifier le code ]Seyran Ateş participe aux travaux de la Conférence allemande sur l’Islam, un organe de dialogue entre l’État et la communauté musulmane créée en 2006[14] .
Elle ouvre la première mosquée progressiste d'Allemagne, la mosquée Ibn Ruschd-Goethe à Berlin, le , hébergée par l'église protestante à Moabit [15] ,[16] . Parmi les fondateurs, on retrouve l’écrivaine Elham Manea, qui a dirigé à plusieurs reprises la prière dans des mosquées inclusives, Saïda Keller-Messahli, fondatrice du "Forum pour un islam progressiste" ou encore l'islamologue Abdel-Hakim Ourghi (de) [15] ,[17] .
La mosquée porte les noms du philosophe et médecin arabe Ibn Ruschd (Averroès) et du penseur allemand Goethe, auteur du Divan occidental-oriental, pour faire le lien entre les cultures musulmanes et occidentales[15] . Elle est ouverte à tous les courants religieux de l'Islam, sunnite, chiite, alévi, soufi. Les femmes et les hommes prient côte à côte, niqabs et tchadors, considérés comme des signes politiques et non religieux, y sont proscrits et le prêche est prononcé en allemand, la langue commune[14] ,[5] .
L’ouverture de cette nouvelle mosquée est accueillie plutôt favorablement même si elle fait aussi l'objet de nombreuses critiques, y compris au sein de l’Association musulmane libérale. Certains jugent les positions de Seyran Ateş trop dogmatiques ou provocatrices et aucun évènement ne peut s'y tenir sans protection policière[18] ,[14] .
En 2021, la mosquée est fréquentée par 30 à 40 fidèles actifs. Elle-même déclare en 2006, que «Plus de 700 personnes fréquentent la mosquée chaque mois.»[12] ,[18] .
Après l'attentat terroriste du Hamas en Israël en 2023, Seyran Ateş délivre un message de paix à la mosquée, dans lequel elle exprime sa solidarité avec les Palestiniens ayant pris leurs distances avec le groupe terroriste. Le Conseil des imams de Berlin condamne également fermement les violences du Hamas[19] .
En plus de Seyran Ateş, au moins deux autres femmes se revendiquent publiquement du titre d'imame en Allemagne : Rabeya Müller et Halima Krausen [17] .
Prises de position
[modifier | modifier le code ]Seyran Ateş dénonce le multiculturalisme et estime que la tolérance envers les traditions répressives de certains immigrés et leur refus de s'intégrer à la société du pays d'accueil est en fait un signe de désintérêt. A son avis, cette attitude favorise la montée de l'islam politique [20] ,[21] ,[22] .
Elle milite contre la ségrégation des sexes et l'oppression des femmes, qu'elle estime légitimées par une interprétation erronée de l'islam. Elle s'inquiète de ce que les mariages forcés, les violences conjugales et même les crimes d'honneur puissent être passés sous silence en Allemagne[21] ,[20] . Dans ce contexte, elle condamne fermement le meurtre d'Hatun Sürücü, victime d'un crime d'honneur et approuve la décision de la Cour fédérale allemande d'abroger les acquittements des suspects. «La Cour fédérale de justice a montré que les tribunaux allemands sont maintenant très préoccupés par le phénomène et la réalité des crimes d'honneur.»[23] ,[24] .
Ce communautarisme, explique-t-elle, enferme les musulmans nés en Allemagne dans des ghettos :«Nous avons, même dans la troisième génération, des enfants qui parlent très mal l'allemand. Ils ne maîtrisent pas leur propre langue; ils ne sont pas intégrés à la culture, ils ignorent même la taille de la ville où ils vivent.»[20] .
Elle plaide pour un renforcement du travail social auprès des femmes musulmanes qui veulent s'émanciper de leurs liens familiaux, avec des consultations médicales, psychologiques et des centres d'accueil. «Le monde occidental peut être un véritable enfer pour une jeune fille dans une telle situation. Elle subit un choc culturel lorsqu'elle quitte une famille traditionnelle et que tout le monde lui dit: "Tu es libre maintenant, fais ce que tu veux." Cela peut engendrer un profond conflit identitaire, car elle n'a jamais appris à être libre.»[20] .
Elle est la première à réclamer la création d'une infraction pénale spécifique contre les mariages forcés, afin de mieux protéger les femmes et les hommes contre ces unions[25] .
Outre l'Allemagne, Seyran Ateş se préoccupe aussi de la situation en Autriche qui serait un « foyer d'islamisme ». Elle mentionne que, dans certains quartiers, l'imam serait davantage respecté que le bourgmestre et qu'en Autriche, tout comme en Allemagne, le gouvernement fait preuve d'une trop grande tolérance envers les intolérants[26] .
Controverses
[modifier | modifier le code ]Contacts avec l'extrême-droite
[modifier | modifier le code ]Si les prises de position de Seyran Ateş sont régulièrement discutées, voire rejetées, par une partie de la population, son apparition aux côtés de dirigeants du Parti de la liberté d'Autriche (FPÖ) soulève de nombreuses réactions.
Le , elle se trouve au Kursalon Hübner à Vienne, aux côtés du dirigeant du vice-chancelier autrichien, Heinz-Christian Strache, membre du FPÖ. Elle donne une conférence à l'Académie de la liberté (de) de ce parti, sur le thème « L'islam politique et ses dangers pour l'Europe », qu'elle annonce dans un communiqué de presse publié sur le site de la mosquée Ibn Rushd-Goethe. Elle y publie ensuite le texte de son allocution[27] ,[28] . Abdel-Hakim Ourghi (de) , un des six membres fondateurs et actionnaires de la mosquée, démissionne en signe de protestation[29] . le politologue autrichien Thomas Schmidinger (de) lui reproche, ainsi qu'à d'autres musulmans ayant un discours critique vis-à-vis de l'islam conservateur, d'utiliser les arguments de la droite[30] . La journaliste d'origine turque Hilal Sezgin publie une chronique intitulée Wie man nicht mit Rechten redet (Comment ne pas parler aux gens de droite), et l’hebdomadaire Der Freitag s'interroge également [31] ,[29] . L'hebdomadaire de gauche Jungle World explique, pour sa part, pourquoi il était nécessaire de parler aux partis de pouvoir[30] ,[32] .
Initiative citoyenne européenne
[modifier | modifier le code ]En 2017, Seyran Ateş, fonde, avec Efgani Dönmez (de) , ex membre controversé de Die Grünen et Sebastian Reimer, l'association Stop extremism qui lance l'initiative citoyenne européenne intitulée Stop à l'extrémisme, afin d'obtenir une nouvelle directive européenne pour la lutte contre l'extrémisme politique et religieux en Europe[22] ,[33] . L'initiative est enregistrée le par la Commission européenne et en attente de décision[34] . La procédure prévoit qu'une telle initiative doit recueillir un million de signatures en un an dans au moins sept pays de l'Union européenne pour être examinée par la Commission et, éventuellement, donner lieu à une proposition de directive de l'Union européenne[33] .
Plusieurs journaux, dont Die Welt, par la voix d'Alan Posener (de) , Die Presse et Der Standard, critiquent sévèrement le projet, le jugeant dangereux pour la démocratie et faisant même état de flux financiers douteux et, au mieux, de complaisance envers l'Arabie saoudite [33] . Seyran Ateş nie toutes les accusations et conserve son soutien à Efgani Dönmez[33] .
Prêt douteux
[modifier | modifier le code ]En , le Süddeutsche Zeitung révèle que Seyran Ateş, bien que critique à l'égard de la prostitution, a reçu un prêt de 45 000 € du gérant du plus grand centre de prostitution de Berlin, Artemis[35] . Elle avait, auparavant, tenu des propos élogieux à l'égard de cet établissement. Elle qualifie cet emprunt de « plus grande erreur » de sa vie, dont elle a profondément honte mais nie tout conflit d'intérêts[36] ,[35] .
Accusations d'islamophobie
[modifier | modifier le code ]Birgit Rommelspacher (de) , professeure émérite à l'Université des sciences appliquées Alice Salomon de Berlin, accuse Seyran Ateş d'être en contradiction flagrante avec les recherches empiriques sur l'éducation des enfants dans les familles turques. Elle lui reproche de reporter sur les minorités les échecs présumés de la politique d'intégration et de racisme anti-musulman. Elle estime que sa déclaration «Je souhaite que tous ceux qui pensent qu'ils voudraient vivre dans un autre pays quittent réellement l'Allemagne» ne sert qu'à alimenter le resentiment envers les étrangers[37]
Distinctions et honneurs
[modifier | modifier le code ]- 2004 : Berliner Frauenpreis décerné par le Sénat de Berlin, pour son engagement auprès des femmes et des filles originaires de pays musulmans, victimes de violences et de mariages forcés [2] ,[38] ,[39]
- 2005 :
- Femme de l'année (de) attribué par l'Association générale des femmes allemandes [3] ,[38]
- Prix du courage citoyen attribué par la Pride de Berlin
- Nomination pour le prix Nobel de la paix dans le cadre du projet 1000 PeaceWomen for the Nobel Peace [40] .
- 2006 :
- Rainbow Award (de) (ou 2016?)
- Prix Ossip-K.-Flechtheim (de) attribué par Humanistischer Verband Deutschlands Deutschlands (HVD)[41]
- Prix Margherita-von-Brentano (de) attribué par l'Université libre de Berlin [42]
- 2007 :
- Niedersächsischen Löwin attribué par les Femmes sociales-démocartes du Land de Basse-Saxe [43]
- Croix du Mérite de la République fédérale d'Allemagne [44]
- 2008 : Ordre du mérite du Land de Berlin (de) [45]
- 2014 :
- Croix du Mérite de la République fédérale d'Allemagne 1ère classe
- Prix d'honneur de la Fondation Johanna Loewenherz (de) [46]
- 2019 :
- Prix des droits de l'homme de l'Université d'Oslo [47]
- Médaille Urania (en) [48]
- 2023 : Prix Theodor-Haecker [49]
Publications
[modifier | modifier le code ]En 2003, Seyran Ateş publie son autobiographie La Traversée des flammes (Große Reise ins Feuer). Le titre se réfère à son prénom Seyran qui signifie grand voyage et son nom, Ateş, le feu[21] .
Dans Der Multikulti-Irrtum (L'illusion du multiculturalisme), paru en 2007, elle remet en cause la politique d'immigration allemande des dernières décennies et décrit l'oppression des filles et des femmes au sein de la communauté musulmane en Allemagne[21] .
- La Traversée des flammes: Turque, allemande et libre [«Große Reise ins Feuer. Die Geschichte einer deutschen Türkin»] (trad.de l'allemand par Olivier Mannoni), Calmann-Levy, , 186p. (ISBN 978-2702136249)
- (de) Selam, Frau Imamin: Wie ich in Berlin eine liberale Moschee gründete [«Selam, Madame Imame: Comment j'ai fondé une mosquée libérale à Berlin»], Ullstein Verlag Gmbh, , 304p. (ISBN 978-3550081552)
- (de) Wahlheimat: Warum ich Deutschland lieben möchte [«Foyer choisi: Pourquoi je voudrais aimer l'Allemagne»], Ullstein Ebooks, , 213p.
- (de) Der Islam braucht eine sexuelle Revolution: Eine Streitschrift [«L'Islam a besoin d'une révolution sexuelle»], Ullstein, , 228p. (ISBN 978-3550087585)
- (de) Der Multikulti-Irrtum [«L'illusion du multiculturalisme»], Ullstein, , 281p. (ISBN 978-3550086946, présentation en ligne)
- Bei Trennung: Tod, dans: Robertson-von Trotha, Caroline Y. (ed.): Tod und Sterben dans der Gegenwartsgesellschaft. Eine interdisziplinäre Auseinandersetzung (= Kulturwissenschaft interdisziplinär / Études culturelles interdisciplinaires, vol. 3), Baden-Baden 2008
- Individualität: Ich sein de l'oder Ich haben?, dans: Flensburger Hefte, no 87, Flensburg, 2005
Filmographie
[modifier | modifier le code ]- Sex, Revolution and Islam, film documentaire de Nefise Özkal Lorentzen, 2021. Le film qui retrace la vie de Seyran Ateş, a été sélectionné dans 24 festivals de cinéma à travers le monde et a reçu des critiques majoritairement positives[12] .
Voir aussi
[modifier | modifier le code ]Articles connexes
[modifier | modifier le code ]Liens externes
[modifier | modifier le code ]- (de)Site officiel Voir et modifier les données sur Wikidata
- Ressources relatives à l'audiovisuelVoir et modifier les données sur Wikidata :
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Notes et références
[modifier | modifier le code ]- (de) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en allemand intitulé «Seyran Ateş» (voir la liste des auteurs).
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- Avocat allemand du XXe siècle
- Avocat allemand du XXIe siècle
- Juriste turc du XXe siècle
- Juriste turc du XXIe siècle
- Avocate allemande
- Écrivaine allemande
- Imame
- Féministe musulmane
- Féministe allemande du XXe siècle
- Féministe allemande du XXIe siècle
- Féministe turque du XXe siècle
- Féministe turque du XXIe siècle
- Personnalité allemande née d'un parent turc
- Critique de l'islam
- Étudiant de l'université libre de Berlin
- Officier de l'ordre du Mérite de la République fédérale d'Allemagne
- Naissance en avril 1963
- Naissance à Istanbul
- Personnalité de la religion musulmane