Pulp (discothèque)
Pour les articles homonymes, voir Pulp.
| Type | Nightclub |
|---|---|
| Lieu |
25 boulevard Poissonnière (2e arrondissement de Paris) |
| Coordonnées | 48° 52′ 16′′ nord, 2° 20′ 38′′ est |
| Inauguration | 1997 |
| Fermeture | 2007 |
| Anciens noms | L’Entracte |
| Direction | Michelle Cassaro, Sophie Lesné |
| Direction artistique | Fany Corral |
Résidence
SextoyJennifer Cardini
Chloé
Ivan Smagghe
Scratch Massive
Le Pulp est un nightclub lesbien parisien créé en 1997 par Michelle Cassaro et Sophie Lesné, spécialisé dans la diffusion de la musique électronique [1] . Situé 25 boulevard Poissonnière (2e arrondissement de Paris), à quelques pas du Rex Club, il est présenté par certains observateurs comme le premier club conçu par des lesbiennes pour des lesbiennes à Paris[2] , et ferme ses portes en juin 2007[1] ,[3] .
La disc jockey Chloé a été résidente du club parisien durant dix ans[4] . Jennifer Cardini a aussi été DJ résidente.
Historique
[modifier | modifier le code ]Genèse
[modifier | modifier le code ]Michelle Cassaro s'installe à Paris à la fin des années 1980 après avoir travaillé dans des bars à Montpellier puis comme cantinière de tournage pour la société de production Why Not Productions [5] .
Elle vit en colocation dans le 19e arrondissement, à la Villa du Progrès, 2 rue de l'Égalité, quartier de la Mouzaïa, avec sa compagne de l'époque, Laurence, qui gère alors l'Entracte, un club lesbien vieillissant du boulevard Poissonnière[5] ,[6] .
Cette maison devient un point de passage pour plusieurs figures qui marqueront le futur Pulp : la DJ Sextoy y réside, tout comme Jennifer Cardini et Juliette Dragon ; le chanteur Rachid Taha, la DJ Miss Kittin et les artistes Axelle Le Dauphin et Dana Wyse y séjournent également[5] ,[6] . Selon Cassaro, c'est notamment par l'entremise de Sextoy qu'elle se familiarise avec ce milieu féminin et artistique parisien[5] .
Lorsque Laurence, lassée de la gestion de l'Entracte, envisage d'abandonner le lieu, Cassaro obtient un rendez-vous avec le propriétaire et négocie une reprise progressive, d'abord accordée mois par mois[5] . C'est à l'approche de l'Europride de juin 1997, pour laquelle le nouveau club doit disposer d'un nom afin de faire homologuer son char, que la question se pose dans l'urgence [1] ,[6] . Cassaro monte réveiller Sextoy, qui dort dans la maison ; encore ensommeillée, celle-ci répond simplement « Pulp », puis se rendort aussitôt[7] . Le choix se révèle heureux : il évoque à la fois les magazines bon marché de science-fiction et de polar qui ont façonné la culture populaire américaine du milieu du XXe siècle, et le film de Quentin Tarantino sorti trois ans plus tôt[1] .
Programmation et vie nocturne
[modifier | modifier le code ]Le lieu est alors modeste et défraîchi : une salle exiguë au mobilier élimé, qui sert l'après-midi de bal pour un public retraité avant de rouvrir en club le soir. Les débuts sont calmes : « On éteignait les lumières pour que les gens ne puissent pas voir les murs », se souvient Sophie Lesné. Fany Corral, alors habituée des lieux avant d'en devenir la programmatrice musicale, se rappelle une salle quasi vide où « Delphine [Sextoy] passait des disques et nous on jouait aux cartes. C'était plus un salon qu'une boîte »[1] .
Les sources divergent légèrement sur le rythme d'ouverture initial (entre cinq et sept soirées par semaine selon les témoignages) rapidement resserré à trois ou quatre pour des raisons de viabilité[6] . Le mercredi devient une soirée rock, baptisée « Dans mon garage », organisée par la régisseuse et physionomiste Christine[5] ; le samedi reste réservé aux femmes, animé notamment par Ivan Smagghe [1] ; le jeudi, d'abord entièrement lesbien, s'ouvre progressivement à un public mixte à partir de 1998[6] .
Le décollage du club se fait par les soirées du jeudi, à partir de 1999-2000, portées par plusieurs collectifs extérieurs : les Soirées# de Fabrice Desprez et Guido Minisky, No Dancing Please de Fany Corral, ou encore Paradise Massage de Delphine Quème et Serge Nicolas, qui programment pour la première fois Arnaud Rebotini en janvier 2000, occasion de la toute première file d'attente sur le boulevard[1] ,[6] . Le label Kill the DJ, cofondé par Fany Corral, Chloé et Ivan Smagghe, y organise également des soirées, de même que les Scratch Massive avec leurs soirées La Naked [1] ,[8] . C'est par ce biais que Laurent Garnier découvre le club, un soir où Fany Corral l'y amène après leur service à Radio Nova ; il y voit Rachid Taha en live et revient y mixer quelques mois plus tard[1] .
Programmation musicale et line-up attirent des DJ confirmés ou en devenir : Sextoy, Chloé, Jennifer Cardini, Miss Kittin, que Cassaro crédite à Sextoy d'avoir fait connaître au club[5] , Arnaud Rebotini, Ivan Smagghe, Scratch Massive, ainsi que des noms internationaux comme Ewan Pearson, Andrew Weatherall, Michael Mayer, Superpitcher, Peaches, Optimo ou Ellen Allien [3] ,[5] ,[7] ,[2] . Le club cultive une identité sonore plus sombre que celle de son voisin le Rex Club, en délibéré décalage avec l'esthétique French Touch alors dominante[1] ,[3] .
Le fanzine maison, Housewife, créé par Dana Wyse et Axelle Le Dauphin, assemble un bricolage visuel et textuel inspiré de l'autofiction et du détournement publicitaire ; ses bureaux se trouvent trois étages au-dessus du dancefloor[1] ,[9] . « Nous voulions montrer ce que cela signifiait d'être une femme dans notre genre », résume Dana Wyse [1] . Dans les toilettes, Yvette Néliaz, dite « Dame Pipi », tient son poste en 2000-2001 et devient une figure culte de la nuit parisienne[7] .
Le lieu s’impose comme un des lieux de rendez-vous des noctambules parisiens[10] : «Comme dans le film de Tarantino, plusieurs récits s’entrecroisent: la montée des droits homosexuels (le pacs sera voté en 1999), l’affirmation d’une nouvelle identité lesbienne, la démocratisation de la nuit et le retour d’un esprit "rock" dans la dance (que l’on appellera l’electroclash), la fin des années French Touch.»[1] .
Identité
[modifier | modifier le code ]Politique d'accès
[modifier | modifier le code ]Le Pulp fonctionne sans espace VIP, sans voiturier ni tapis rouge, et sans sélection au faciès ou au look, contrairement aux Bains Douches, au Privilège ou au Palace [1] ,[7] . L'entrée, gratuite, donne la priorité aux femmes, les hommes n'étant admis qu'accompagnés. La règle est ainsi résumée sur les flyers du club : « Le Pulp est une boîte de filles où les garçons aiment bien venir aussi » [1] ,[6] . Comme le résume Libération : « le Pulp est tenu par des filles. Elles sont à la porte, derrière le bar, choisissent la programmation. Les femmes hétéros grossissent la troupe, sûres de s'amuser sans se faire emmerder. Les hommes qui veulent être de la fête doivent montrer patte blanche, se font virer s'ils ne sont pas respectueux » [9] . Même des personnalités comme la styliste Barbara Bui repartent sans passe-droit[1] . Fany Corral résume cet esprit : « C'était un espace d'éducation hétérosexuelle » [1] .
Fréquentation
[modifier | modifier le code ]Le club n'est pas un repaire de stars[8] , mais on y croise, généralement incognito, Catherine Deneuve et Björk (en promotion pour Dancer in the Dark ), Emmanuelle Béart, Virginie Despentes et Rocco Siffredi, Roman Polanski, Monica Bellucci, un jeune Romain Duris, ainsi que la photographe Nan Goldin, qui y immortalise Axelle Le Dauphin et Joana Preiss, ou les galeristes Emmanuel Perrotin et Caroline Bourgeois[1] ,[7] . En juin 2001, l'équipe de Madonna, dont l'entourage l'avait déjà annoncée à deux reprises sans qu'elle se déplace, contacte le club pour y privatiser l'after-show d'un concert au Palais omnisports de Paris-Bercy ; Michelle Cassaro refuse de faire sortir sa clientèle, quelle que soit la personnalité concernée[5] ,[9] .
Évolution vers la scène queer
[modifier | modifier le code ]À partir de 2004, une nouvelle génération de soirées queer investit le Pulp : Androgyny, Mort aux jeunes, Jacqueline Coiffure notamment, portée par l'essor des réseaux comme MySpace et un goût affirmé pour le fait maison et l'exploration identitaire[1] .
Fermeture
[modifier | modifier le code ]Menacé dès la fin des années 2000 par le rachat de l'immeuble par la Mairie de Paris, qui souhaite y construire des logements sociaux, le club subit plusieurs reports avant sa fermeture définitive à l'été 2007, selon Michelle Cassaro, le jour même de la Marche des fiertés[5] ,[7] ,[11] ,[12] . Les dernières années sont éprouvantes pour sa fondatrice, qui traverse des problèmes de santé et mène de front une seconde activité professionnelle[5] . Le dernier disque mis sur la platine est Promised Land de Joe Smooth [3] ,[5] ,[8] .
Postérité
[modifier | modifier le code ]« Elle était le Pulp. Du cul aux tatouages, cœur énorme à fleur de peau », résume Ivan Smagghe à propos de Sextoy, dont l'image tatouée et sexuellement affirmée contribue à façonner une nouvelle représentation médiatique de la lesbienne parisienne[1] .
Deux jours après la fermeture, le 19 juin 2007, Radio Nova diffuse un documentaire consacré au club, réalisé par Numa Grenan, donnant la parole à Guido Minisky, Fany Corral, au journaliste Jean-Yves Leloup et à Maud Geffray de Scratch Massive [3] .
Le roman Superstars d'Ann Scott (Flammarion, 2000) évoque également le Pulp, contribuant à la notoriété littéraire du club au-delà de son cercle d'habitués[13] .
À partir de 2008, Michelle Cassaro décline l'esprit du Pulp dans une chaîne de guinguettes, le Rosa Bonheur, ouverte d'abord dans le parc des Buttes-Chaumont puis déclinée sur les quais de Seine, à Asnières et dans le bois de Vincennes[7] .
L'histoire du club inspire plusieurs projets audiovisuels. En 2019, le projet de série télévisée Purple, porté par Judith Havas et Noemie de Lapparent, remporte un prix au Festival Séries Mania sans emporter l'adhésion des anciennes habituées du club ; son tournage n'a toujours pas débuté en 2026[14] ,[15] ,[16] .
Deux autres projets de série, l'un porté par le producteur de Dix pour cent, Harold Valentin, l'autre par Virginie Despentes et le producteur Pascal Caucheteux, sont évoqués en 2022 comme étant au point mort[7] .
Un livre de photographies sur le club est par ailleurs en préparation aux éditions La Légende, maison fondée par Virginie Despentes et Axelle Le Dauphin. La militante et essayiste Alice Coffin consacre un chapitre au Pulp dans son ouvrage Le Génie lesbien (Grasset, 2020)[7] .
Notes et références
[modifier | modifier le code ]- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 Géraldine Sarratia, « Les clubs mythiques (3/7): le Pulp, une nouvelle identité lesbienne », Les Inrocks, (lire en ligne [archive du ], consulté le )
- 1 2 Nathan Tacchi, « Les Bains Douches, le Palace, le Pulp... Ces clubs qui ont marqué l’histoire de la nuit », Le Point.fr, (lire en ligne [archive du ], consulté le )
- 1 2 3 4 5 Clément Meunier, « L’archive du jour : il y a dix ans, le Pulp fermait définitivement ses portes », sur TSUGI, (consulté le )
- ↑ Le Blevennec 2009, Le Journal du Dimanche.
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 Patrice Pardot, « Mimi raconte le Pulp », sur TSUGI, (consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 7 Fanny Mazalon, « Le Pulp (1997-2007) : Revolution on the Dancefloor », sur Technikart, (consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 Clémentine Goldszal, « Souvenirs du Pulp, paradis perdu de la culture lesbienne parisienne », Le Monde, (ISSN 1950-6244 , lire en ligne, consulté le )
- 1 2 3 Odile de Plas, « Le Pulp au secours des DJ en danger », Le Monde, (ISSN 1950-6244 , lire en ligne, consulté le )
- 1 2 3 Elvire von Bardeleben, « Sinon le Pulp, il reste en bas », Libération, (lire en ligne [archive du ], consulté le )
- ↑ Patrick Thévenin, « Night life : le Rosa Bonheur ressuscite le Pulp pour un soir », sur Grazia, (consulté le )
- ↑ Raphaël Domenach, « Le Pulp a coupé le son », Le Parisien, (lire en ligne)
- ↑ « Le Pulp, temple lesbien de l'électro, met la clé sous la porte demain », sur 20 Minutes, (consulté le )
- ↑ « Ann Scott, lauréate du prix Renaudot : portrait d’une aristo punk », sur L'Express, (consulté le )
- ↑ Alice Bonhomme, « Mediakwest - Séries Mania 2019 : la série française Purple victorieuse des Co-Pro Pitching Sessions », sur Mediakwest, (consulté le )
- ↑ « Voici la prochaine série des producteurs de «Dix Pour Cent» », sur 20 Minutes, (consulté le )
- ↑ Vanity Fair, « Personne n'a consulté les filles du Pulp pour un projet de série sur le célèbre club lesbien », sur Vanity Fair, (consulté le )
Article connexe
[modifier | modifier le code ]| Lesbiennes de l'immigration en France | |
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