Pierre Cérou
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Pierre Cérou, né le à Gignac où il est mort le 25 frimaire an VI, est un dramaturge français.
Auteur de trois pièces de théâtre, le chevalier Pierre Cérou a été le précepteur de l’infante d’Espagne Marie-Isabelle de Bourbon-Parme, petite-fille de Louis XV. Il connaît, au XVIIIe siècle, un succès notable avec sa comédie L'Amant, auteur et valet . Avec l’arrivée du drame romantique il sombre dans un oubli complet[1] . En 1978, cette comédie oubliée pendant près de deux siècles est redécouverte. En France, elle a été rééditée en mai 2007, accompagnée d’une biographie, d’une étude historique de l’œuvre et d’une notice littéraire.
Biographie
[modifier | modifier le code ]Pierre Cérou, fils cadet de Jean Cérou, bourgeois de Gignac, fait ses études à Brive, dans le Collège que dirigent alors les Pères de la doctrine chrétienne. À 16 ans, il part pour Paris, au Collège Sainte-Barbe dirigé par Simon Ménassier. À 20 ans, il obtient, lors de la distribution des prix présidée par Rollin, les quatre principaux prix[2] .
Précepteur
[modifier | modifier le code ]Le , sa première comédie L’Amant auteur et valet est jouée au Théâtre-Italien. La pièce obtient un très grand succès.
Il quitte Paris pour devenir précepteur dans la famille Riquet de Monrepos, avocat général au Parlement de Toulouse. Il retrouve dans la ville rose son frère aîné, Joseph, docteur en médecine, capitoul pour le quartier du Pont-Vieux.
En 1742, l’infant don Philippe, né du second mariage de Philippe V, roi d’Espagne, avec Élisabeth Farnèse, se rend d’Espagne en Italie. Il s’arrête quelques jours à Montpellier. Le duc de Richelieu, gouverneur du Languedoc, fait préparer une réception solennelle en l’honneur de l’infant qui arrive à Montpellier le à 7 heures du soir. Il en repartira le . Cérou est envoyé par Jean Riquet de Monrepos à Montpellier pour saluer de sa part l’infant et lui offrir des chiens de chasse.
Ce soir-là, Pierre Cérou fait la connaissance de Guillaume Léon du Tillot, garçon de chambre du prince, qui sera intendant général, puis premier ministre, quand l’infant deviendra duc de Parme (1748, traité d'Aix-la-Chapelle). Guillaume Léon du Tillot organise une entrevue entre l’infant et Cérou[3] .
Quand l’infant devient duc de Parme, en 1748, du Tillot propose à Cérou d’instruire la jeune princesse Isabelle, en particulier au niveau de l’histoire, de la langue française et des lettres, et d’être le contrôleur de la maison royale, des palais et des écuries. Il devient alors un personnage important à la cour du duc de Parme[4] .
Lorsque l’éducation de l’infante est terminée, en 1758, Cérou quitte la cour de Parme, apparemment pour des raisons politiques. En effet don Philippe, duc de Parme, comptait devenir roi de Naples à la mort de son frère Ferdinand VI, roi d’Espagne. Il avait fait part de son intention d’amener avec lui, à Naples, Guillaume du Tillot et son ami Cérou. Mais le pape Clément XIII s’oppose à ce projet : il avait eu des démêlés avec Guillaume du Tillot, ministre de Parme, et les jésuites élèvent des protestations contre Cérou, le dénonçant aux cours de Paris et de Madrid comme hérétique[5] .
Cérou préfère se retirer. Le duc de Parme le récompense avec largesse, pour les services rendus à la cour de Parme. Il lui offre un anneau d’or, avec son portrait entouré de diamants, et lui fait remettre une gratification de 50 000 livres, et l’abbé de Condillac devient le précepteur du jeune prince.
Chevalier de Vielfour
[modifier | modifier le code ]Cérou revient dans son village natal, s’installe à Brive, puis au château de Jayle, près de Malemort. Pendant la Révolution, il doit quitter le château de Jayle qui va, en grande partie, être démoli, pour se réfugier dans une petite maison qu’il possédait à Vielfour, un hameau de la paroisse de Gignac en Quercy. Désormais les habitants de Gignac vont l’appeler le chevalier de Vielfour.
Le , il reconnaît, dans une lettre adressée à son neveu, qu’il aime la Révolution, mais qu’il craint la licence ; car la licence ne veut pas de lois, et la liberté ne peut subsister sans lois. Il sent que la Congrégation des Doctrinaires est menacée : «Si on la supprime, j’en serai fâché pour elle, pour moi, pour vous, pour tous. Quoique je veuille être despote chez moi, mon despotisme n’a rien de barbare, ni même de gênant pour ceux qui vivent sous ma domination. Ainsi, à tout événement, vous y trouverez toujours une place. Mais, souvenez-vous que, quoique votre ami, je veux toujours être le maître.»
Lorsque le décret de l'Assemblée nationale du transforme les paroisses en communes, le premier maire de Gignac est son neveu, Dominique Cérou.
La même année, Pierre Cérou et son neveu Joseph, frère du premier maire de Gignac, font don à l’église Saint-Martin de Gignac d'une très belle sculpture sur bois achetée à l'abbaye d'Aubazine. Ce panneau représentant le dernier repas de Jésus a été installé devant l'autel primitif.
Le , Pierre Cérou rédige son testament en faveur de sa cuisinière Marie Sellier et de son domestique L’Estrade[6] .
Il écrit également :
«Je prie mes héritiers de faire distribuer 40 quartons de blé mescle aux plus pauvres de la paroisse préférant toujours les plus vieux à choses égales et de consulter pour cela M. le curé de Gignac.
- Je donne et lègue à tous ceux qui aideront à porter mon pauvre corps au nombre de huit une somme de six livres chacun qui leur sera payée comptant le jour de ma sépulture][7] .»
Son esprit profondément religieux se dévoile en particulier dans son testament qui commence en ces termes :
«In Nomine Patris et filii et Spiritus Sancti Amen. Après avoir recommandé mon âme à Dieu, l’avoir remercié de toutes les grâces qu’il m’a faites pendant ma longue vie, et le priant de me les continuer le reste de mes jours, et surtout après ma mort, j’ai fait la distribution du peu de bien qui me reste comme suit.
- Je lègue à M. Blanché Curé de Gignac une somme de 40 livres une fois payée avec prière de dire tous les ans pendant sa vie une messe pour le repos de mon âme le jour anniversaire de mon décès et en cas de fêtes le premier jour libre suivant (...).»
Auteur
[modifier | modifier le code ]Pendant ses études de droit, Pierre Cerou a écrit une comédie, jouée en 1740. Le , le duc de Richelieu, qui avait la passion du théâtre, a fait donner deux représentations en l’honneur du Prince : Mithridate de Racine, et L’Amant auteur et valet, la comédie à succès de Pierre Cérou. Celui-ci profite de l’occasion pour aller au spectacle. Il est admis au foyer des acteurs en sa qualité d’auteur dramatique.
En 1758, Pierre Cérou a 50 ans. Il rentre en France et fait représenter à la Comédie-Française une autre pièce, le , Le Père désabusé, jouée trois fois mais, semble-t-il, jamais imprimée.
Une œuvre très appréciée au XVIIIe siècle
[modifier | modifier le code ]De ses trois pièces de théâtre, L'Amant, auteur et valet est la comédie qui lui a valu un succès international, en son temps. Complètement oubliée, elle est redécouverte au XXe siècle, par le professeur H. Gaston Hall, qui l'inscrit au programme de littérature française de l'université d'Exeter.
Nomination fluctuante
[modifier | modifier le code ]La première édition de 1740 ne comporte pas de nom d’auteur. Le Mercure de France de , page 330, attribue la pièce à Pierre Cerou, mais on peut lire dans le Mercure d’ : « On s’est trompé dans le Mercure de février p. 330 quand on a dit que la comédie nouvelle du Théâtre Italien intitulée l’Amant auteur et valet était de M. Cerou. Elle est de M. Seron, Étudiant en Droit » (page 765). En fait, la première information était la bonne.
Dans le Mercure de France d’, on relève un compte-rendu de la représentation de la deuxième comédie, Le Père désabusé, et un résumé détaillé de la pièce attribuée à M. Seroux.
Sur la couverture des exemplaires anonymes de la première édition, on trouve parfois des indications manuscrites, tantôt M. Cerou, tantôt M. Céron.
Dans des éditions postérieures on trouvera :
- Ceron (Besançon, 1764, et version allemande de 1755),
- M. Cérou (avec accent, Paris, 1786, 1787),
- M. le Chevalier de Cérou, Citoyen de Toulouse (Toulouse, 1785),
- M. le Chevalier de Cerou, Citoyen de Toulouse (Paris, 1788, Avignon, 1792).
Après la parution de son livre Je meurs d’amour pour toi (Lettres à l’archiduchesse Marie-Christine – 1760-1763 d’Isabelle de Bourbon-Parme) Elisabeth Badinter note qu’«Avant de profiter de l’enseignement de Auguste de Keralio, qui l’a initiée à l’art militaire et à la stratégie, elle fut éduquée par Pierre Cérou, un homme fort cultivé qui lui donna le goût de la connaissance. On prétend que si Joseph II a modernisé l’armée autrichienne, c’est après avoir lu le traité d’Isabelle sur la politique et les armées. Dans son for intérieur, elle s’apprête à être impératrice d’Autriche. Elle ne sait pas encore que la variole l’emportera si tôt, à vingt-deux ans[8] .»
Blasonnement
[modifier | modifier le code ]Il portait, comme son frère Jean-Joseph Cérou, médecin, Capitoul de Toulouse, puis juge de Gignac, un blason d’or[9] à trois bandes de gueules, chargées de sept roues posées 2 et 3 et 2.
Notes et références
[modifier | modifier le code ]- ↑ Lepeintre-Desroche (Pierre Marie Michel) in notice de l'édition de 1822-1823, Veuve Dabo, Paris, t. 40, p. 1 à 5.
- ↑ "Bulletin de la Société Historique et Archéologique du Périgord", page 314, 1888
- ↑ "Archives départementales de l'Hérault" in Dossier C 41, pièces relatives à la réception du prince.
- ↑ Ernest Sanger, Isabelle de Bourbon Parme, La princesse et la mort, p. 132, L'Harmattan, Ed. Racine, 2002.
- ↑ Guillaume du Tillot. Un ministre et secrétaire d'État. Épisode de l'Histoire de France en Italie de 1749 à 1771, Paris, Ollendorff, 1887, p. 213
- ↑ "Archives départementales du Lot" in Acte de donation, 2 juin 1785, B 1345/15.
- ↑ "Archives municipales de Gignac Lot" in Registre des délibérations municipales, 1867.
- ↑ Isabelle de Bourbon-Parme, Je meurs d'amour pour toi : Lettres à l'archiduchesse Marie-Christine 1760-1763, Élisabeth Badinter (éd.), Paris, Tallandier, 2008.
- ↑ Archives privées
Sources
[modifier | modifier le code ]- Mercure de France
- Archives départementales du Lot, acte de donation ()
- Archives communales de Gignac Lot, registres paroissiaux (baptême, décès) et registres des délibérations municipales
- Archives privées
Bibliographie
[modifier | modifier le code ]- Élisabeth Badinter, Je meurs d’amour pour toi (Lettres à l’archiduchesse Marie-Christine – 1760-1763 d’Isabelle de Bourbon-Parme), Tallandier, coll. « La Bibliothèque d’Évelyne Lever,
- Alexandre Joannidès, La Comédie Française de 1680 à 1900, Paris, 1901.
- Louis-Hector Chaudru de Raynal, « Un Périgourdin au XVIIIe siècle, le Chevalier Pierre de Cérou, 1709-1797 », Bulletin de la Société Historique et Archéologique du Périgord, 1888, p. 312-328, (ISSN 1141-135X ).
Liens externes
[modifier | modifier le code ]- Ressources relatives au spectacleVoir et modifier les données sur Wikidata :