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Patrick Albert

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Patrick Albert, né à Paris le 21 décembre 1955, est un informaticien français. Vétéran du développement del'intelligence artificielle « symbolique » en France[1] , il est également connu pour son engagement sur les enjeux sociaux de l'IA.

De l'intelligence artificielle à la technocritique

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Suite à son doctorat en IA sein du centre de recherche du groupe Bull, il participe en 1985 à la création de son centre de développement IA, puis d’ILOG en 1987, positionnée sur l'IA, et, en 2010, du Center for Advanced Studies[2] d’IBM France qu’il dirige jusqu’à son départ en 2016. Il crée alorsl'association Hub France IA[3] , qu’il quitte deux ans plus tard, pour se désengager du monde des startups et de l’IA et finalement rejoindre les milieux libertaires et techno-critiques, afin de militer pour un contrôle authentiquement démocratique de la technique, et plus largement, de la vie en société. Il rejoint en 2023 l'association Technologos[4] , puis s'engage en 2026 dans le collectif Réveillons-nous[5] créé pour exiger la tenue d'une Convention citoyenne sur l'Intelligence Artificielle[6] .

Contributions à l'intelligence artificielle

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Communauté scientifique

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Ses publications portent sur différents domaines de l'IA symbolique[7] : systèmes experts, programmation par règles ou par contraintes, ontologies ingénierie des connaissances, et ingénierie dirigée par les modèles . Il est membre du Comité d'orientation du Réseau National des Technologies Logicielles[8] de 2005 à 2010[9] , puis du Comité d'évaluation de l'Agence Nationale de la Recherche (ANR ) jusqu'en 2015. Il participe à la conférence de clôture des 50 ans de l'IA[10] organisée par la société savante de l'IA française, l'AFIA, dont il intègre le bureau de 2012[11] à 2016[12] . En 2013, il préside le prix Valorisation et Transfert de l'ANR[13] , et attribue un IBM Faculty award à Christine Solnon[14] ,[15] . De 2015 à 2018, il intègre le Conseil de Direction Scientifique de l'Observatoire Radioastronomique de Nançay.

Patrick Albert découvre l'IA pendant ses études d'informatique à l’université Paris VII à l'occasion d'un stage de DEA au sein d'un laboratoire de robotique[16] . Il poursuit en 1981 par une thèse CIFRE au sein du centre de recherche du groupe Bull, qui débouche sur l'invention de « Kool » – Knowledge & Objects Oriented Language – un langage et un moteur d'inférences pour la représentation et l’automatisation des connaissances, intégrant la modélisation par objets au raisonnement par règles. Kool fournira la base IA du système expert dédié à la configuration des ordinateurs Bull. La configuration à base d'IA avait été popularisée par XCON, le configurateur d'ordinateurs DEC développé à Carnegie Mellon, déclenchant la vague des systèmes experts.

En 1985, Patrick Albert participe à la création du CEDIAG, sous la direction de Philippe Roussel, co-inventeur du langage de programmation logique PROLOG. Créé au sein du groupe Bull à l’initiative de l’une des « Quatre pionniers français de l'informatique », Alice Recoque, en réponse au méga projet japonaisd'ordinateurs IA de cinquième génération, son premier objectif est de porter les langages d’IA Le-Lisp et Prolog sur les machines du groupe, et d'industrialiser Kool. Commercialisé par Bull, Kool devient une référence[17] pour le développement de systèmes experts, utilisé dans plusieurs grands projets industriels[18] ,[19] . Le CEDIAG qui inaugure la "sortie des laboratoires" de l'IA marquera le premier essor de l'IA française[20] , il comptera jusqu'à 120 personnes[20] .

En 1987, Patrick Albert quitte le CEDIAG pour participer à la création d’une des premières startups françaises, ILOG – pour "Intelligence LOGicielle" –, filiale de l'Institut National de la Recherche en Informatique et Automatique (INRIA). La société industrialise et commercialise les composantes d’IA développées au sein d’Inria : le langage Le-Lisp et les environnements de systèmes experts Smeci[21] et Classic[22] . D’abord en charge de l'offre IA de l’entreprise, il dirige ensuite l’ensemble de la R&D. En 1996, ILOG fait l'hypothèse de la fin du second hiver de l'IA et lance un nouveau produit d'IA à base de règles, ILOG Rules[23] , qui deviendra le leader mondial, ce qui déclenchera l'achat de l'entreprise par IBM [24] en 2009. En 2000, Patrick Albert lève le pied, il quitte la direction de la R&D, qu'il transmet à Jean-françois Abramatic, alors directeur du W3C, et passe aux 4/5ème[25] .

IBM CAS France

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Intégré à IBM, Patrick Albert crée en 2010[26] le Center of Advanced Studies d'IBM France (IBM CAS France[27] ), qu’il dirige jusqu’en 2016. Le CAS France développe les techniques de l’IA symbolique au sein de projets de recherche collaborative français et européens. Contrarié d'être au service d'une Big Tech américaine, il démissionne d'IBM en 2016.

HUB France IA

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Avec Nathanël Ackerman[28] auteur du plan national #FranceIA[29] acté par François Hollande en mars 2017[30] , et Mehdi Benharbi, administrateur du Sénat, il fonde le HUB France IA qu'il préside jusqu’à son départ en 2018. L’association veut contrer la domination américaine, en consolidant la communauté disparate des acteurs français concernés par l’IA[31] . Elle est forte dès sa création de plus de 100 membres reconnus de la communauté[32] .

En 2018, le projet CommonAIs sera sa dernière initiative pour soutenir le domaine de l’IA, inspiré par le projet INRIA PLantNet, une IA de reconnaissance de plantes conçue sur le modèle de la science participative. CommonAIs veut être une IA "libre et gratuite, par et pour tous", organisée sous la forme d’un commun mondial à la façon de Wikipédia. Le statut de commun répond à un double objectif : d'une part, définir les règles strictes validées par la communauté, garantissant une utilisation éthique, et bloquant toute utilisation toxique, et d'autre part, susciter les contributions volontaires des connaissances, données etlogiciels libres nécessaires à sa réalisation. CommonAIs est notamment présenté au public[33] lors d’une conférence donnée en juin 2018 à l’école des Mines de Saint Étienne. INRIA, alors présidée par Bruno Sportisse, ne soutient pas l’initiative, qui tournera court.

Engagement citoyen

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Il s’associe en 2015 au Future of life Institute pour faire signer la lettre ouverte à l’ONU réclamant le bannissement[34] des robots tueurs aux participants du International Congress on Machine Learning qui se déroule cette année à Lille[35] . La lettre à l’ONU est également présentée à d’autres conférences IA, elle dépassera les 30,000 signataires, et donnera lieu en 2017 à l’adjonction à la Convention de l’ONU sur Certaines Armes classiques d’un groupe de travail dédié aux "Systèmes d’Armes Léthales Autonomes"(SALA) qualifiés en 2025 de « Politically unacceptable, morally repugnant[36] » par António Guterres, le secrétaire général de l’ONU.

Plus largement, il s’engage dans le débat, comme conférencier et auteur, militant pour faire connaître les dangers de ce qu'il qualifie de "robotisation généralisée des sociétés industrialisées". Pour souligner que l’IA générative nous fait entrer dans une seconde ère industrielle, inédite, il substitue aux termes "algorithmes" et "data center", qu'il trouve inadaptés, les termes "Robocratie"[37] , "Usine IA"[38] , et "Deuxième âge de la machine"[39] , ce dernier créé en 2015 par les universitaires américains Erik Brynjolfsson, et Andrew McAfee.

En 2016, à l’occasion d’une interview[40] donnée au journal en ligne Konbini, il dénonce la montée de ce qu’il appelle « l’algocratie[41] », objet d’une « lutte entre la société et les méga-groupes », et situe l’IA comme « un enjeu fondamental de la souveraineté du peuple ». Dans un article intitulé Histoire(s) de l’Intelligence Artificielle[42] , publié en 2022 par le magazine en ligne Silomag, il juge inopérants les discours et les chartes sur l'éthique et insiste à nouveau sur « l’urgence du contrôle par la population de la poursuite de l’histoire de l'IA », rappelant que le développement de l'IA aux États-Unis « s’est largement produit au service d'applications militaires ». Après avoir suivi le séminaire du philosophe François Jullien pendant une dizaine d'années, il rejoint de 2020 à 2026 l'association dé-coïncidence[43] fondée pour "rouvrir des possibles et promouvoir [...] un engagement d’exigence philosophique dans la vie publique."

Patrick Albert communique également en direction de la classe politique. Il contribue au rapport parlementaire de 2017 « Pour une intelligence artificielle maîtrisée, utile et démystifiée[44] » élaboré par l'Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques[45] (OPECST). Fin 2025, il intervient lors du colloque organisé au Sénat[46] par PauseIA, réclamant une loi instaurant la responsabilité pénale des dirigeants et administrateurs des entreprises d'IA génératives relativement aux conséquences résultant de l'utilisation de leurs IA, ainsi que la tenue d'une Convention Citoyenne sur l'Intelligence artificielle.

Sous le pseudonyme Hépha Istos[47] – en référence au premier des roboticiens, le dieu grec Héphaistos – il publie de 2018 à 2023 une série d’articles dans Le Monde libertaire , réunis sous le thème "Robocratie". S'appuyant sur les analyses d'Elisée Reclus[48] et de Simone Weil[49] , il définit ce concept en 2021[50] .

Il rejoint en 2023 l’association technocritique historique française Technologos[51] , créée en 2012[52] par une quarantaine de personnalités inquiètes de la dérive techniciste des sociétés industrialisées, et intègre son bureau, afin de s’opposer à ce qu'il qualifie dans une conférence donnée en février 2024[53] de « basculement en cours vers la machinisation ‘de tout’ et bientôt des humains ». Dans un message de soutien[54] en mars 2024 à la sévère critique réalisée par PauseIA du rapport final[55] du Comité de l'intelligence artificielle générative[56] , mandaté par le gouvernement Attal, il souligne les conflits d’intérêts flagrants de certains ses membres, et appelle à la « la convocation urgente d'un authentique débat démocratique sur une industrie qui ne propose rien de moins que de déclencher une mutation anthropologique majeure.» Il participe aux cotés de la philosophe Anne Alombert à la conférence de presse[57] de lancement de PauseIA, dont il a soutenu les débuts.

La même année, il rejoint[58] le collectif Réveillons-nous[59] créé pour exiger la tenue d’une Convention Citoyenne sur l’Intelligence Artificielle[60] , résumant dans une vidéo[61] les raisons de son engagement.

Contributions à des essais traitant de l’IA

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2022 : postface pour le livre Sous le règne des machines à gouverner[62] , publié par Arnaud Billion, promoteur français du Technoréalisme.

2024 : chapitres Science et Saint-simonisme du livre Élisée Reclus : les 101 mots[63] publié aux Presses du Réel.

2025 : direction de l’essai collectif Intelligence artificielle et dé-coincidence[64] publié aux Presses des mines. Au travers des prismes scientifiques, artistiques et philosophiques, le livre explore l’application à l’IA du concept de « dé-coïncidence » proposé par le philosophe François Jullien. Dans sa contribution intitulée "Le deuxième âge de la machine : dé-coïncider", il mobilise le philosophe Gregory Bateson pour inviter le lecteur à compléter l'écologie du vivant par une "écologie de l'esprit ", et dé-coïncider vers "une techno-sobriété embrassant de façon cohérente la matière, l'énergie et l'esprit". Le livre est présenté en juin 2026 lors du Colloque de Cerisy De la dé-coïncidence à la « vraie vie », rouvrir des possibles avec François Jullien[65]

2026 : chapitre Intelligence artificielle, une science sans conscience ?, de l’essai collectif Science, pouvoir société[66] , publié aux Éditions du Monde libertaire, dans lequel il conclut qu'en matière d'IA, "le jeu n'en vaut pas la chandelle, conduisant au mieux à une société orwellienne, et au pire à la corruption ou à la pulvérisation des modes de vies auxquels nous tenons, si ce n'est de nos vies."

Références

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  1. Philippe Passebon, « Ces Français ont un incroyable talent » [画像:Accès libre] [PDF], sur https://sti.eduscol.education.fr/ , janvier-frévrier 2016 (consulté le )
  2. « Inauguration du premier centre de recherche collaboratif d'IBM en France », (consulté le )
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  4. « Manifeste Technologos », (consulté le )
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  6. Laura Marine Operti, « Pétition pour une Convention Citoyenne sur l'Intelligence Artificielle », sur https://petitions.lecese.fr/ , (consulté le )
  7. (en) Google, « Google scholar » (consulté le )
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  13. ANR, « Les rencontres du numérique de l’ANR », sur anr.fr (consulté le )
  14. « Christine Solnon » (consulté le )
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  63. Élisée Reclus – Les 101 mots, Paris, Les presses du réel, , 512 p. (ISBN 978-2-37896-514-3)
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