Aller au contenu
Wikipédia l'encyclopédie libre

Iron March

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.

Iron March (en français : « Marche de fer ») est un forum en ligne néonazi fondé en par Alicher Moukhitdinov et fermé en .

Ce forum fait naître un réseau transnational composé de plusieurs groupes néonazis accélérationnistes violents, dont National Action au Royaume-Uni et la Division Atomwaffen aux États-Unis.

Iron March est fondé en par Alicher Moukhitdinov, plus connu sous le pseudonyme Alexander Slavros[1] ,[2] ,[3] . Une française résidant à Bruxelles fait également partie des fondateurs[4] . Iron March succède au forum International Third Positionist Federation[3] .

D'origine russo-ouzbèke et issu d'une famille influente — un proche parent du côté paternel, Nouritdin Moukhitdinov (ru), ayant été membre du présidium du Comité central du Parti communiste de l'Union soviétique — Alicher Moukhitdinov étudie à l'université d'État de Moscou et à l'Institut d'État des relations internationales de Moscou avant d'en être exclu[5] . Il est l'auteur de Next Leap, un manifeste de plus de 200 pages théorisant le fascisme et les théories raciales, qui sert d'outil de recrutement pour le forum[4] .

Le forum se développe d'abord autour d'un groupe central d'utilisateurs réguliers, avant de connaître un renouvellement important de sa base d'utilisateurs entre 2014 et 2016[2] . Le forum enregistre un pic d'activité autour de l'élection présidentielle américaine de 2016 [6] . Les discussions, d'abord principalement idéologiques, évoluent progressivement vers des aspects plus pratiques et organisationnels[2] .

Iron March ferme en , sans explication[1] ,[2] ,[3] . En , le site Fascist Forge est créé dans l'intention de poursuivre les activités d'Iron March, mais il ne réussit pas à atteindre la même influence en raison de son caractère trop exclusif et du doxxing de plusieurs membres d'Iron March. Il devient largement inactif fin 2019[1] ,[7] et ferme en 2020[8] .

En , la base de données complète d'Iron March est divulguée sur Internet Archive par un compte antifasciste anonyme, révélant à la fois les messages publics et privés ainsi que les informations d'inscription des utilisateurs[1] ,[3] ,[6] . À la suite de cette fuite, trois militaires des forces armées américaines et un capitaine pénitentiaire américain sont identifiés[9] ,[10] . Deux militaires des Forces armées canadiennes sont également identifiés, dont l'un était modérateur et organisait des ventes d'armes illégales en Europe de l'Est[11] ,[12] .

Le « réseau Iron March »

[modifier | modifier le code ]

Selon la chercheuse H.E. Upchurch, en tant qu'espace social fermé, le forum permet à de jeunes néofascistes, notamment ceux ne trouvant pas leur place dans les organisations traditionnelles, de développer une identité collective en ligne[3] . Cette dynamique communautaire sert d'incubateur pour l'émergence d'un réseau transnational de groupes néonazis accélérationnistes violents, les membres passant progressivement des échanges en ligne à la formation de groupes locaux interconnectés[3] ,[8] ,[7] . Le réseau est parfois qualifié de « réseau Iron March »[8] ,[13] .

Logotype de la Division Atomwaffen.

Le premier groupe issu de ce forum est National Action au Royaume-Uni, fondé en 2013. Suivant le succès de l'organisation, les administrateurs d'Iron March élaborent des manuels de militantisme pour faciliter la création d'autres cellules locales. Le forum contribue ainsi directement à la formation de la Division Atomwaffen et de Vanguard America aux États-Unis en 2015, d'Antipodean Resistance en Australie en 2016, de Skydas en Lituanie[3] ,[14] et de Misanthropic Division [15] . À partir de 2015, l'Ordre des neuf angles (O9A) commence à influencer ce réseau d'organisations issues d'Iron March via Ryan Fleming, un adhérent de longue date de l'O9A connu sur le forum sous le pseudonyme « Atlas »[3] .

Iron March est également lié à plusieurs autres groupes néonazis et néofascistes à travers le monde, dont Aube dorée, le bataillon Azov, le Mouvement de résistance nordique, CasaPound et Blood and Honour [1] ,[3] ,[8] .

Selon le Southern Poverty Law Center, Iron March est lié à une centaine de crimes de haine[6] . En 2015, une membre d'Iron March est arrêtée alors qu'elle projette une tuerie de masse dans un centre commercial à Halifax (en) [3] ,[16] . En , le cofondateur de la Division Atomwaffen tue ses colocataires lors d'une dispute liée à sa conversion à l'islam salafiste à Tampa, en Floride [3] .

Des utilisateurs actifs du forum jouent également un rôle décisif dans la planification de la manifestation « Unite the Right » à Charlottesville en . Parmi les 25 individus et organisations visés par une plainte civile déposée en concernant le rassemblement, au moins cinq possédaient des comptes actifs sur Iron March[16] . À l'automne 2017, Jack Renshaw (en), membre de National Action, est arrêté pour avoir projeté l'assassinat de la députée Rosie Cooper en raison de ses positions pro-immigration[3] .

Après sa disparition, le réseau associé à Iron March se déplace sur des applications cryptées comme Telegram et Wire et donne naissance à de nouvelles organisations terroristes comme La Base, Feuerkrieg Division, Sonnenkrieg Division et le National Socialist Order[3] ,[8] .

Démographie

[modifier | modifier le code ]

À sa fermeture, le forum comptabilise 1 207 utilisateurs inscrits, dont 875 ont publié au moins un message et 659 ont participé à des conversations[6] . Bien que souvent associé aux groupes suprémacistes blancs américains et majoritairement anglophone, moins de la moitié des utilisateurs du forum est basée aux États-Unis selon leurs adresses IP. Le forum attire notamment des utilisateurs du Royaume-Uni, du Canada, d'Australie, des Pays-Bas, d'Allemagne, de Suède et du Brésil [3] ,[6] ,[16] .

Les membres, dont la moyenne d'âge est de 28 ans[16] , sont généralement familiers des réseaux sociaux et des forums en ligne, interagissent également via des plateformes privées comme Skype et d'autres messageries, où ils développent des relations plus étroites à travers des discussions politiques et des activités communes[3] .

Position idéologique

[modifier | modifier le code ]

Le site promeut des textes néonazis comme Siege de James Mason et Les Carnets de Turner de William Pierce [1] . Il a pour slogan « Gazez les Juifs ! Guerre raciale maintenant ! »[17] . D'après la chercheuse H.E. Upchurch, ses membres sont partisans du fascisme traditionaliste et se concentrent davantage sur l'organisation politique d'un futur État fasciste que sur les questions raciales[3] . Ses membres se démarquent explicitement de l'alt-right qu'ils jugent trop modérée[16] .

Références

[modifier | modifier le code ]
  1. a b c d e et f (en) Florence Keen, « From Iron March to Fascist Forge » Accès libre, sur Global Network on Extremism and Technology, (consulté le )
  2. a b c et d (en) « Far-Right Forum Network and LDA analysis », 6th International Conference on Computational Social Science (IC2S2),‎ (lire en ligne Accès libre)
  3. a b c d e f g h i j k l m n o et p (en) H.E. Upchurch, « The Iron March Forum and the Evolution of the "Skull Mask" Neo-Fascist Network », CTC Sentinel, vol. 14, no 10,‎ , p. 27-37 (lire en ligne Accès libre)
  4. a et b « Des membres belges du forum néonazi Iron March démasqués » Accès libre, sur 7sur7, (consulté le )
  5. (ru) Andreï Sochnikov, « "Наполовину русский": история москвича Алишера Мухитдинова и его глобальной фашистской сети » Accès libre, sur BBC News Russian ,‎ (consulté le )
  6. a b c d et e (en) Brendan Reilly et April Edwards, « Preliminary Analysis on the Recruitment Process for Domestic Violent Extremist Groups », dans Intelligent Human Systems Integration 2021, vol. 1322, Springer International Publishing, , 350–356 p. (ISBN 978-3-030-68016-9, DOI 10.1007/978-3-030-68017-6_52 , lire en ligne)
  7. a et b (en) Benjamin Lee et Kim Knott, « Fascist aspirants: Fascist Forge and ideological learning in the extreme-right online milieu », Behavioral Sciences of Terrorism and Political Aggression, vol. 14, no 3,‎ , p. 216–240 (ISSN 1943-4472 et 1943-4480 , DOI 10.1080/19434472.2020.1850842 , lire en ligne Accès libre, consulté le )
  8. a b c d et e (en) Alex Newhouse, « The Threat Is the Network: The Multi-Node Structure of Neo-Fascist Accelerationism », CTC Sentinel, vol. 14, no 5,‎ , p. 17-25 (lire en ligne Accès libre)
  9. (en) Tess Owen et Tim Hume, « EXCLUSIVE: A U.S. Marine Used the Neo-Nazi Site Iron March to Recruit for a ‘Racial Holy War' » Accès libre, sur Vice , (consulté le )
  10. Maureen Songne, « Le capitaine d’un centre de détention pour migrants lié à des néonazis » Accès libre, sur 20 Minutes , (consulté le )
  11. (en) Chris Schiano, « Canadian Navy Sailor Advertised Arms Deals on Neo-Nazi Forum » Accès libre, sur Unicorn Riot, (consulté le )
  12. (en) Steven Zhou, « Canadian Military Investigating Soldier After Posts on Neo-Nazi Forum » Accès libre, sur Vice , (consulté le )
  13. « Réseau Iron March » Accès libre, sur Hatepedia (consulté le )
  14. (en) David Neiwert, The Age of Insurrection: The Radical Right's Assault on American Democracy, Melville House, (ISBN 978-1-68589-037-7), chap. 6 (« White Fright »)
  15. (en) Spencer Sunshine, « Nazis of Color » Accès libre, sur Unicorn Riot, (consulté le )
  16. a b c d et e (en) Jacques Singer-Emery et Rex Bray, « The Iron March Data Dump Provides a Window Into How White Supremacists Communicate and Recruit », Lawfare,‎ (lire en ligne Accès libre, consulté le )
  17. (nl) Cyril Rosman, « Nederlanders actief op gehackt forum voor neonazi’s » Accès libre, sur Het Parool , (consulté le )

AltStyle によって変換されたページ (->オリジナル) /