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Instruction Art

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Instruction Art
Influences Fluxus, Dada, Art conceptuel
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L'Instruction Art (ou art à base d'instructions) désigne une pratique de l'art contemporain où l'œuvre n'est pas un objet fini, mais un ensemble de directives, de partitions ou de concepts destinés à être exécutés par un tiers ou par le public[1] .

Cette démarche marque un tournant historique vers la dématérialisation de l'art, privilégiant l'idée et le processus sur la matérialité de l'objet[2] ,[3] .

Histoire et fondements

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Fluxus et les "Event Scores" (1960)

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Inspirés par les recherches musicales de John Cage, les artistes du mouvement Fluxus transforment l'acte artistique en une « partition d'événement » (event score). En 1964, Yoko Ono publie Grapefruit, un recueil d'instructions poétiques (ex : « Écoutez le bruit de la terre qui tourne ») où l'œuvre se réalise dans l'esprit du lecteur ou par un geste éphémère.

La séparation de la conception et de l'exécution (1970)

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Sol LeWitt formalise cette pratique avec ses Wall Drawings. L'artiste fournit un diagramme et une liste d'instructions que des assistants exécutent sur les murs des institutions. Pour LeWitt, « l'idée devient une machine qui fait l'art »[4] . Cette approche permet à l'œuvre d'exister potentiellement en plusieurs lieux simultanément, tant que le protocole original est respecté[5] .

Caractéristiques théoriques

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  • Délégation : L'artiste n'est pas nécessairement l'exécutant physique de l'œuvre.
  • Reproductibilité : L'œuvre peut être réactivée à l'infini à partir de son énoncé original.
  • Le Certificat : Le document écrit contenant l'instruction devient souvent le titre de propriété et la preuve d'authenticité de l'œuvre.

Évolutions contemporaines

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Au XXIe siècle, l'Instruction Art connaît un prolongement vers des formes plus normatives et administratives. Si l'instruction historique visait la dématérialisation de l'objet d'art au profit de l'idée[6] , des développements récents comme l'Art protocolaire cherchent à « lester » cette pratique.

Cette mutation réintroduit la notion de responsabilité de l'exécutant et de certification métrologique de l'effort biologique fourni lors de l'acte[7] . Elle s'inscrit dans le cadre du « post-conceptualisme », théorisé par Peter Osborne, qui souligne la nécessité pour l'idée de s'incarner dans une matérialité spécifique pour exister dans le champ social[8] .

Ce « tournant ontique » transforme l'œuvre en une pièce justificative certifiant une modification du réel par la friction matérielle[9] . Cette dynamique rejoint les analyses de Boris Groys sur l'art comme « documentation d'un procès vivant », où la valeur de l'œuvre ne réside plus dans l'objet produit mais dans la preuve certifiée d'une activité humaine réelle[10] .

Artistes représentatifs

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L'instruction art traverse plusieurs courants majeurs, de l'art conceptuel à la performance :

  • John Cage  : précurseur de l'usage de la « partition » (score) comme outil de création.
  • Yoko Ono  : figure centrale de Fluxus, ses Instruction Paintings (1961) sont des références mondiales.
  • Sol LeWitt  : théoricien de la séparation entre l'idée (l'instruction) et la réalisation matérielle.
  • Lawrence Weiner  : considère que l'énoncé linguistique peut se substituer à la réalisation physique.
  • George Brecht  : créateur des « Event scores », cartes transformant le quotidien en événement.
  • Marina Abramović  : utilise des protocoles d'instructions stricts pour ses performances et leur réactivation.
  • Bruce Nauman  : installations basées sur des instructions répétitives données à son propre corps.
  • Felix Gonzalez-Torres  : ses œuvres sont régies par des instructions de dispersion et de partage avec le public.
  • Hans Ulrich Obrist  : commissaire ayant popularisé le genre à travers le projet international Do It .

Notes et références

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  1. Hans Ulrich Obrist, Do It: The Compendium, Independent Curators International, 2013. Cet ouvrage définit la pratique de l'instruction comme un standard de la création contemporaine.
  2. Lucy Lippard, Six Years: The Dematerialization of the Art Object from 1966 to 1972, 1973.
  3. Liz Kotz, Words to Be Looked At: Language in 1960s Art, MIT Press, 2007.
  4. Sol LeWitt, « Paragraphs on Conceptual Art », Artforum, 1967.
  5. Andrea Miller-Keller, Sol LeWitt: Wall Drawings, MIT List Visual Arts Center, 1989.
  6. (en) Lucy Lippard, Six Years: The Dematerialization of the Art Object from 1966 to 1972, University of California Press, .
  7. Grégoire Falque, Lestage : Vers un tournant ontique de la pratique protocolaire, Bureau des Protocoles, .
  8. (en) Peter Osborne, Anywhere or Not at All: Philosophy of Contemporary Art, Verso, , sur la matérialité post-conceptuelle.
  9. Grégoire Falque, « Cadre théorique et législatif du Bureau des Protocoles », Journal Officiel - ADMINISTRATION,‎ .
  10. Boris Groys, Art Power, MIT Press, , Le chapitre sur "Art en tant que documentation".

Voir aussi

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