Guillaume Hyacinthe Bougeant
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Guillaume Hyacinthe Bougeant, né le à Quimper et mort le à Paris, est un écrivain et dramaturge français,
Jésuite, il a été très engagé dans les polémiques avec les jansénistes.
Biographie
[modifier | modifier le code ]Entré à l’âge de seize ans chez les jésuites, Bougeant a enseigné successivement les classes de seconde et de première dans leurs collèges à Caen, Nevers, puis au collège Louis-le-Grand. Peu fait pour une vie retirée, il profite de la première opportunité pour venir habiter Paris, où il publie, en 1739, un petit livre in-12 intitulé : Amusement philosophique sur le langage des bêtes, développant la thèse selon laquelle les démons animent les brutes[a] , qui sera traduit en allemand, en anglais et en italien.
L’Amusement philosophique, qui n’était, malgré sa forme badine, que l’exposition d’une fable indienne, a scandalisé quelques esprits, dont Louis Bottu [b] , et lui a valu d’être momentanément exilé par ses supérieurs à La Flèche. Afin de calmer les plaintes soulevées par cet écrit, il a publié une sorte de rétractation, dans une lettre adressée, le , à l’abbé Jacques Savalette (d), conseiller au Grand Conseil. En 1783, l’éditeur Née de La Rochelle, en a donné une nouvelle édition, accompagné de la critique et de la rétractation, enrichie d’une notice sur la vie et l’œuvre de l’auteur.
Il a également fait œuvre d’historien avec son Histoire du traité de Westphalie, ou des négociations qui se firent à Munster et à Osnabrug, Paris, 1714, 2 vol. in-4o, ou 4 vol. in-12, qu’il a rédigée sur les mémoires du comte d’Avaux, l’un des plénipotentiaires français. On a également beaucoup estimé son Histoire des guerres et des négociations précédant ce célèbre traité, paru à Paris en 1727 (en in-4o ou en 2 vol. in-12). L’ouvrage a été réimprimé conjointement avec le premier sous le titre d’Histoire des guerres et des négociations qui précédèrent le traité de Westphalie, sous le règne de Louis XIV et le ministère des cardinaux de Richelieu et Mazarin, Paris 1751, 2 vol. in-12, et 1767, 3 vol. in-4o ». Ces deux ouvrages, sans doute les meilleures œuvres historiques issues de l’ordre des jésuites, ne sont néanmoins pas exempts de critiques. L’auteur peine parfois à maitriser son sujet, se perdant parfois dans le détail fastidieux des intrigues politiques, rendant le récit obscur et lourd. En revanche, celle-ci reste claire et vivante dès qu’il relate les événements militaires.
Bougeant est l’auteur de plusieurs ouvrages de controverse. Il a attaqué notamment les travaux de Pierre-Jean Burette sur la musique antique, puis ceux de l’Oratorien Pierre Le Brun, qui avait publié, en 1727, une Explication des prières et des cérémonies de la Messe. En 1729, deux ans après ce dernier différend, il a publié un Traité théologique sur la consécration de l’eucharistie (Paris, 1729, 2 vol. in-12). Il a également été très impliqué dans les conflits opposant le clergé et le cardinal de Fleury au Parlement de Paris, en 1730, au sujet de l’enregistrement de la bulle Unigenitus, qui condamnait le jansénisme.
Bougeant a consacré une part de ses écrits à satiriser les jansénistes, déclenchant en retour de fréquentes représailles, jésuites et jansénistes se livrant alors à une guerre de plume, cherchant à qui produirait la satire la plus mordante. Les jésuites allaient jusqu’à faire jouer à leurs élèves des comédies, souvent plus profanes que plaisantes, caricaturant les opposants à la bulle Unigenitus . Parmi celles-ci, en a écrit trois en prose : la Femme docteur, ou la Théologie en quenouille, le Saint déniché, ou la Banqueroute des marchands de miracles, et les Quakers français, ou les Nouveaux Trembleurs. Parmi ces textes se distinguant par leur entrain, leurs scènes comiques et leur intention dramatique, la première, qui a connu avec vingt-cinq éditions rapides, reste la plus aboutie.
Bougeant a procédé à l’édition scientifique des Mémoires du marquis de Montglat, Amsterdam, (Paris), 1727, 4 vol. in-12. Il a fourni un grand nombre d’articles au Journal de Trévoux . On lui a également attribué, en collaboration avec le P. Pierre Brumoy, la préface du Nouveau Cuisinier français, ou les Dons de Comus, Paris, 1759, 5 vol. in-12, mais cette attribution est erronée. La paternité de ce texte revient en réalité à Querlon.
Dans le deuxième volume de ses Souvenirs, Thiébault affirme que Bougeant est le véritable auteur des Lettres philosophiques sur les physionomies, généralement attribuées à l’abbé Jacques Pernetti (Lyon, 1748, in-12, 1760, in-8o)[1] . Selon lui, Bougeant aurait confié son manuscrit à Pernetti par crainte d’un second exil à La Flèche. Cependant, cette anecdote ne repose que sur le témoignage de l’abbé Matte, un ancien jésuite ayant côtoyé Bougeant au collège Louis-le-Grand.
Les œuvres historiques et les petites comédies de cet auteur témoignent d’un réel talent d’écriture et d’une profonde connaissance du cœur humain. Il aurait sans doute connu encore plus de succès dans ces deux genres si ses supérieurs et son statut de religieux n’avaient pas dressé des obstacles insurmontables sur sa route. Certains affirment même que les tracas et le chagrin causés par les polémiques autour de son Amusement philosophique auraient hâté sa fin.
Publications
[modifier | modifier le code ]- Théâtre
- La Femme docteur, ou la Théologie tombée en quenouille, Liège [Lyon], Veuve Procureur 1730, in-12.
- Le Saint déniché, ou la Banqueroute des marchands de miracles, la Haye, 1732, in-12. — Souvent réimprimé.
- Les Quakers français, ou les Nouveaux Trembleurs, Utrecht, 1752, in-12.
- Prose
- Voyage merveilleux du prince Fan-Férédin dans la Romancie de 1735. — Une analyse de cet ouvrage se trouve dans l’article « Réflexions sur le roman au XVIIIesiècle ».
- Histoire
- Histoire du traité de Westphalie , 1744 et 1751.
- Voyage merveilleux du prince Fanférédin dans la Romanie, Paris, 1735, in-12. — Critique du livre de l’Usage des romans, par Lenglet Du Fresnoy : elle a été réimprimée dans les Voyages imaginaires.
- Exposition de la doctrine chrétienne, par demandes et par réponses, divisée en trois catéchismes, l’historique, le dogmatique, et le pratique, Paris, 1741, in-4o, ou 1746, 4 vol. in-12. — Ce catéchisme, dont on a prétendu que les supérieurs du P. Bougeant lui avaient donné ce à faire pour pénitence durant son exil, fut estimé, mais ne fit pas oublier le Catéchisme de Montpellier, auquel les jésuites voulaient l’opposer. Il a été traduit en allemand en 1780.
- Anacréon et Sapho, dialogues en vers grecs, Caen, 1712, in-8o.
- Observations curieuses sur toutes les parties de la physique, tirées des meilleurs écrivains, Paris, 1719, in-12. — L’Oratorien Nicolas Grozelier , a publié, en 1726 et 1730, les tomes 2 et 5 de cette compilation, qui était bonne pour le temps. Elle est principalement extraite des Philosophical Transactions. Cet ouvrage a reparu, avec un nouveau titre, Paris, Jombert, 1771; on y avait ajouté un 4e volume et elle a été traduite en allemand à Leipzig et à Copenhague, 1755-95, 5 vol. in-8o.
Notes et références
[modifier | modifier le code ]Notes
[modifier | modifier le code ]Références
[modifier | modifier le code ]- ↑ Dieudonné Thiébault, Mes souvenirs de vingt ans de séjour à Berlin : ou Frédéric le Grand, sa famille, sa cour, son gouvernement, son académie, ses écoles et ses amis littérateurs et philosophes. Frédéric, son Académie, ses écoles, et ses amis littérateurs et philosophes, Paris, F. Buisson, , 426 p., 5 vol. ; in-16 (OCLC 6990947 , lire en ligne sur Gallica ), p. 87.
Sources
[modifier | modifier le code ]- François-Xavier de Feller, Biographie universelle, Besançon, Onthenin-Chalandre, 1838, p. 575.
- Jean-Baptiste Glaire, Encyclopédie catholique : répertoire universel et raisonné des sciences, des lettres, des arts et des métiers, formant une bibliothèque universelle, Paris, Parent-Desbarres, 1842, p. 161.
- Louis-Gabriel Michaud, Biographie universelle ancienne et moderne : ou histoire, par ordre alphabétique, de la vie publique et privée de tous les hommes qui se sont fait remarquer par leurs écrits, leurs talents, leurs vertus ou leurs crimes, t.5, Paris, Desplaces, 1854, p. 205.
Liens externes
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