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Enrico Leone

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Enrico Leone, né le à Pietramelara et mort le à Naples, est un journaliste économiste, homme politique socialiste italien et théoricien du syndicalisme révolutionnaire.

Biographie

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Jeunesse et formation intellectuelle

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Enrico Leone, issu de la petite bourgeoisie (son père tenait un café avec commerce de charbon), milite dans un groupuscule anarchiste qui fusionne en 1896 avec la Fédération locale du Parti socialiste italien (PSI). Leone est alors étudiant à l'université de Naples. Diplômé en 1900 de la faculté de droit, il s'est spécialisé dans les études d'économie politique.

Marxiste, mais influencé à ses débuts par Achille Loria - un économiste classique marqué par le positivisme -, il adhère au mouvement de révision du marxisme (1899) et tente une conciliation du marxisme avec les préceptes de l'économie néo-classique (ladite économie pure, ou encore marginalisme). Parmi les économistes qu'il apprécie particulièrement, il faut citer les Britanniques Jevons, Edgeworth et les Lausannois Léon Walras et Vilfredo Pareto. C'est sur le plan de la politique municipale qu'au tournant du siècle, il essaie d'appliquer théoriquement les principes d'utilité auxquels il donne une assiette sociale. En 1910, il publie un ouvrage d'économie dans lequel il propose une intéressante juxtaposition de la valeur-travail et de l'utilité qui règle la mesure de l'échange.

Militantisme socialiste, question méridionale et syndicalisme

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À Naples, il milite avec ses amis socialistes contre la corruption et la camorra locales (il est élu conseiller municipal, puis conseiller provincial). Sur le plan national, il se rapproche du courant intransigeant socialiste d'Enrico Ferri (centre gauche du parti), alors que ses autres camarades napolitains et en particulier Arturo Labriola constituent l'aile révolutionnaire du PSI. Leone se déplace à Rome en 1903 parce que nommé rédacteur en chef du quotidien officiel du Psi, l'Avanti! , que dirige Ferri. Il mène campagne pour le développement du Midi en défendant l'idée que le libre-échange est une condition nécessaire pour sortir le Sud du marasme économique. À la suite de la première grève nationale italienne de , Leone se rapproche de ses anciens amis révolutionnaires, rompt avec Ferri en 1905, et commence à théoriser le syndicalisme révolutionnaire dont il devient sans conteste le penseur le plus organique.

Il s'emploie à définir ce que doit être la "politique prolétarienne", qui n'est ni un économisme refusant le politique ni une stratégie fondée sur la conquête du pouvoir politique soit-il par la voie parlementaire ou révolutionnaire. Le prolétariat, argumente-t-il, doit mener de façon autonome sa politique qui consiste à organiser ses propres forces sur le terrain de la lutte économique pour ensuite investir, fort de sa capacité technique et morale, tous les domaines du vivre-ensemble, y compris donc la sphère de la politique. Il prône la résorption par les syndicats de toutes les fonctions jusque-là réservées aux partis.

Il publie des ouvrages de divulgation à succès, une revue bimensuelle de réflexion théorique, Il Divenire sociale , qui durant son existence entre 1905 et 1910 contribue à faire connaître de manière décisive la pensée de Georges Sorel à travers la publication de nombreux articles originaux que le Français réserve à l'Italie, pays qu'il affectionne. La première version des célèbres Réflexions sur la violence y est publiée en 1905 et 1906. Une édition en volume sort en 1906 en Italie, préfacée par Leone qui discute avec esprit critique les positions de Sorel en matière de violence, de grève générale et de mythe.

Après que les syndicalistes révolutionnaires aient quitté le PSI, en 1907, pour se vouer au travail d'organisation syndicale, l'influence de Leone sur le mouvement s'atténue, mais il demeure une référence intellectuelle respectée.

Activité après la guerre

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Après la Première Guerre mondiale, qu'il a en horreur, il se rapproche des maximalistes du PSI, milite pour l'établissement en Italie des soviets et salue avec beaucoup d'enthousiasme la révolution d'Octobre russe qu'il interprète comme un désaveu en acte du marxisme vulgaire fondé sur l'étapisme et le déterminisme.

Il déchante en 1921 lorsque le communisme de guerre est abandonné et sont réintroduits dans les usines les anciens dirigeants. Il préconise, avec les anarchistes, une troisième révolution et finit par s'opposer, en 1922, à l'adhésion des syndicalistes révolutionnaires, organisés dans l'Unione Sindacale Italiana (USI), à l'Internationale rouge de Moscou. En ces années, il écrit deux livres pour critiquer l'intuitionnisme de Sorel et Bergson.

Leone face au fascisme

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À partir de 1924, il commença à publier dans la Rassegna sindacale, revue éphémère créée par l'USI dirigée par Alibrandro Giovannetti, une série de textes issus de sa correspondance. Ces lettres adressées à Giovannetti marquèrent une nouvelle étape dans la rapide évolution de l'attitude de Leone face au fascisme, attitude mêlée alors d’attentisme et de « possibilisme » à l’égard du nouveau régime[1] . Bien qu’il écrivît que, « pour des raisons de principe liées au désintérêt du syndicalisme pour les formes institutionnelles », il n’avait pu approuver ni la « marche sur Rome », ni « toute cette mascarade à laquelle se sont prêtés les fascistes jusqu’à la dissolution des Ligues », se plaçant dans le présent en opposition au régime[1] .

Cependant, il plaçait dans le fascisme l’espoir qu’un pouvoir fort puisse s’opposer à une démocratie qu'il jugeait stérile. Selon lui, si le fascisme « prenait conscience de lui-même, il pourrait conduire le capitalisme à cet état de perfection et de nette différenciation des classes qui permettrait l’émergence d’un syndicalisme ouvrier devenu institutionnel »[1] . L'historien Willy Gianinazzi explique en effet que :

« C’était là, en effet, l’idée centrale de Leone. Pour défendre les intérêts d’un prolétariat impuissant et inerte, il faisait désormais reposer ses espoirs sur les prérogatives juridiques d’un État auquel reviendrait la tâche de régler avec équité et dans l’ordre la lutte des classes. »[1]

Bien qu'exprimant des réserves vis-à-vis du fascisme, Leone revendiquait la reconnaissance juridico-institutionnelle des syndicats et, toujours selon Gianinazzi :

« venait rejoindre cette vaste cohorte d’hommes liés autrefois au mouvement ouvrier, désormais déçus par les échecs de celui-ci et désormais disposés à regarder avec bienveillance une expérience fasciste qu’ils interprétaient, de manière confuse, comme un phénomène social dynamique de renouvellement des élites par de nouvelles forces d’avant-garde. »[1]

Ces conceptions furent réaffirmées dans une autre de ses lettres à Giovannetti dans laquelle, après avoir exprimé sa réticence face au fascisme, il « disait dépasser grâce à un jugement objectif et pondéré, et après avoir fait remarquer que, si Bordiga avait triomphé à la place de Mussolini, il y avait fort à parier que « nos têtes seraient aujourd’hui encore mieux attachées à nos épaules qu’elles ne le sont maintenant » »[1] . Leone précisait clairement que :

« L’État fort et loyal voulu par le fascisme, nous le préférons à l’État corrupteur d’une bourgeoisie décadente qui cherchait son salut dans les idéologies du compromis. »[1]

Désormais, selon Leone, le processus d’affrontement violent étant terminé, « le résultat final » du fascisme se résumait ainsi :

« Il s’agit de la circulation de la classe dirigeante, qui renouvelle et rajeunit l’Italie en mettant la composition de l’État en accord avec les véritables éléments aristocratiques que la guerre a révélés dignes de représenter la sélection de ses propres valeurs nationales et militaires. »[1]

Dernières publications, internement et mort

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Toujours considéré comme un subversif, Leone ne cessa pas d’être surveillé par la police qui le fichait alors comme « anarchiste ». Vivant dans une extrême pauvreté, avec sa mère âgée de 70 ans et son fils adolescent, il put obtenir un poste d’enseignant dans une école de commerce de Naples [1] . Mais quelques mois plus tard, le 14 juillet 1925, il manifesta de nouveau des signes d’aliénation mentale, plus graves que jamais, qui entraînèrent un long internement, bien qu’en 1925 déjà intermittent, à l’asile provincial de Naples. Il y demeura cinq ans, jusqu’à son transfert, le 17 mars 1930, à la clinique Fleurent, située à la Calata di Capodichino[1] .

Après avoir fait publier en 1931, avec le soutien financier de l’État et la préface de son ancien camarade syndicaliste Paolo Orano, un volumineux manuscrit de mille pages, intitulé Teoria della politica, qui ambitionnait de refonder une science de la politique, Leone fut définitivement interné jusqu'en juin 1940, date de son décès[1] .

Publications

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  • Il sindacalismo, 1906.
  • La revisione del marxismo, 1909.
  • L'economia edonistica, 1910.
  • Flavio Venanzi, Scritti politici e letterarii, raccolti ed ordinati da Giovanni Di Gregorio, elogio di Enrico Leone, introduzione di Arturo Giovannitti, disegno della copertina di Onorio Ruotolo, New York, Venanzi Memorial commitee, 1921, xxiii, 305 p.
  • Teoria della politica, 1931, 2 vol.

Des articles de circonstance de Leone ont été traduits en français dans la revue syndicaliste révolutionnaire Le Mouvement socialiste.

Notes et références

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  1. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 Willy Gianinazzi, L'itinerario di Enrico Leone. Liberismo e sindacalismo nel movimento operaio italiano, Franco Angeli, (lire en ligne)

Bibliographie

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  • Willy Gianinazzi et (sous la direction de Madeleine Rebérioux), Enrico Leone, socialiste, révisionniste et syndicaliste révolutionnaire italien au tournant du siècle (1894-1907), thèse, Université de Paris VIII, , 490p.

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