Deir el-Roumi
| Divinité | |
|---|---|
| Époque | |
| Constructeur | |
| Ville | |
| Coordonnées |
modifier - modifier le code - modifier Wikidata Documentation du modèle
Deir el-Roumi (en arabe : دير الرومي / monastère des Romains) est un temple de l'Égypte antique construit au IIe siècle par l'empereur romain Antonin le Pieux dans la vallée des Reines, dans la région de Louxor. Après l’avènement du christianisme, le temple fut reconverti en monastère copte.
Description
[modifier | modifier le code ]Le temple de Deir el-Roumi est situé dans la vallée des Reines de la nécropole thébaine, sur la rive ouest du Nil, en face de la ville de Louxor (l’ancienne Thèbes)[1] . Deir el-Roumi a été construit au niveau du lieu appelé Bab el-Hagi-Hamid[2] ,[3] , soit à l'intersection de la vallée principale de la vallée des Reines et des vallées secondaires : la vallée de la Corde et la vallée des Trois Puits [1] . Ce site était déjà utilisé par la tombe plus ancienne QV95 [4] .
Le bâtiment est situé à mi-pente entre la paroi rocheuse de la montagne thébaine et un éperon détaché de la montagne, formant un promontoire offrant un point de vue privilégié sur Médinet Habou et la vallée du Nil en contrebas[4] ,[3] . Le flanc de la montagne entre la paroi (au nord) et l'éperon (au sud) a été nivelé pour permettre la construction[4] .
Temple pharaonique
[modifier | modifier le code ]La construction du temple a eu lieu en deux phases. D'abord, le sanctuaire principal du temple est construit à partir de la tombe QV95 transformée en spéos [4] ,[5] . Ce sanctuaire s'organise en une longue salle rectangulaire entourée de quatre petites niches creusées dans les parois latérales. L'entrée, située au sud, se compose d'une porte monumentale en grès. Devant le sanctuaire (au sud), est construit l'élément le plus original du temple : une structure circulaire de 4,5 mètres de diamètre sur 1,5 mètre de haut en blocs de grès arrondis liés par un mortier de gypse. Cette structure a été identifiée comme une butte sacrée et devait contenir de la terre et des végétaux. Ce genre de structure était connu par diverses représentations graphiques mais c'est le seul que dont on ait retrouvé une trace archéologique. L'entrée principale du temple est située au sud de la butte sacrée. Dans un second temps, une « cour des offrandes » a été rajoutée dans l'espace entre le sanctuaire et la butte[4] .
Divers éléments décoratifs comme des colonnes et des sphinx décorent le temple. Les murs et les portes sont décorées et d'inscription et de représentations divines. Les portes sont d'ailleurs enduites, peintes et dorées à la feuille d'or [4] .
Monastère chrétien
[modifier | modifier le code ]La construction du monastère a débuté par la transformation de l'ancienne « cour des offrandes » en église. Une brèche est ouverte dans un des murs pour former une abside en cul-de-four flanquée de part et d’autre de colonnes en grès. L'accès vers l'ancien sanctuaire et à la tombe QV95 est muré[3] . Des pierres provenant de l'ancienne butte sacrée mais aussi d'autres sites comme Deir el-Bahari et Deir el-Médineh sont utilisées dans la construction de l’église. Celle-ci est surmontée d'un dôme [5] .
Par la suite, plusieurs pièces sont construites en briques cuites au sud de l'église, sur l'espace occupée auparavant par la butte sacrée, notamment un vestibule et un baptistère. Cette pièce contient une grande cuve en terre cuite chemisée par une maçonnerie en briques, le tout recouvert d'un mortier hydraulique et décoré d'une croix modelée en relief dans le revêtement. Dans un dernier temps, l'espace inutilisé entre le bâtiment et l'éperon rocheux au sud est comblé par la construction de nouvelles pièces en brique crue. Un nouveau vestibule devient la plus grande salle de l'édifice. Il est connecté à l'ancien vestibule au nord tout en donnant accès à plusieurs pièces de vie, espaces de service et salles annexes à l'ouest et au sud[3] .
Histoire
[modifier | modifier le code ]Temple romain
[modifier | modifier le code ]Le temple de Deir el-Roumi a été édifié au IIe siècle par l'empereur romain, et de facto pharaon d'Égypte, Antonin le Pieux pour son père Montou-Rê, seigneur d'Héliopolis du Sud (Thèbes). Ce temple a été de toute évidence imaginé comme une extension du temple d'Amon de Médinet Habou. Sa butte sacrée en pierre serait une réplique de la butte de Djêmé à Médinet Habou, matérialisée dans le domaine des morts (dans la vallée des Reines). La butte de Deir el-Roumi serait le lieu de repos et de régénérescence des dieux primordiaux Noun/Nounet, Kekou/Kekout, Heh/Hehet, Amon/Amemet, leur permettant ainsi de réapparaître à Médinet Habou sous la forme des quatre Montou [4] .
Les archéologues ont retrouvé sur le site un autel en grès avec une dédicace en grec datant du règne de Sévère Alexandre (IIIe siècle). Cette dédicace réalisée par un neocore, un héraut sacré d'Apollon, est la première mention de ce type de personnel liturgique en Égypte. Celui-ci devait réciter des prières lors de libations et sacrifices[6] ,[4] . La présence de ce neocore officiant dans le temple confirme l'assimilation de Montou à Apollon dans la région thébaine[6] ,[7] .
Monastère
[modifier | modifier le code ]La chronologie exacte de la reconversion du temple n'est pas connue mais elle s'est à priori déroulée en deux phases. D'abord, le temple a été intentionnellement brûlé et détruit, probablement à la fin du IVe siècle, lors de l'arrivée du christianisme à Thèbes. Dans un second temps, probablement au Ve siècle, le monastère copte est édifié sur les ruines du temple[3] ,[5] . On ne connaît pas le nom du monastère, c'est pourquoi la désignation Deir el-Roumi s'est imposée[3] ,[8] .
Deir el-Roumi devient vraisemblablement l'élément central d'un laure dont les activités s'étendaient sur la vallée des Reines et toutes les vallées avoisinantes (vallée du Prince Ahmosé, vallée de la Corde et vallée des Trois Puits). Ce laure devait être lui même rattaché à une plus grande institution, possiblement le monastère de Phoibammon à Deir el-Bahari qui semblait rayonner sur toute la partie sud de Thèbes-Ouest[3] .
Le monastère a ensuite été abandonné entre le VIIe siècle[5] et le VIIIe siècle[8] .
Fouilles
[modifier | modifier le code ]Le plus ancien signalement de l'existence de Deir el-Roumi depuis son abandon date de la visite de Joseph Bonomi en 1830[2] ,[5] . La zone était alors connue comme Bab el-Hagi-Hamid[2] ,[3] car on prétendait qu'un saint homme, el-Hag Hamid, avait vécu dans les ruines[3] .
Le site a été fouillé par la première fois dans les années 1900 dans le cadre de l'exploration de la vallée des Reines par la mission archéologique italienne menée par Ernesto Schiaparelli. En raison de la tâche immense à effectuer dans la vallée des Reines, la fouille du monastère est assez succincte et à peine évoquée dans le rapport de fouilles[3] ,[5] .
- Photos des ruines réalisées durant l’expédition de Schiaparelli (1903-1906)
Deir el-Roumi est fouillé plus en détail depuis les années 1980 par une équipe d'archéologues français[4] ,[5] . Malgré l'usure du temps du temps, les destructions causées par les premiers chrétiens et la reconversion du bâtiment, un certain nombre d'inscriptions et d'illustrations datant de l'époque romaine ont été retrouvées sur les murs, sur des stèles et sur les portes. L'analyse de ces éléments a permis d'identifier le commanditaire du temple originel et de comprendre le rôle religieux du site[4] . La mission française s'est aussi intéressée aux vestiges chrétiens, permettant de déterminer la chronologie générale de l'occupation du site[3] . Contrairement à l'occupation romaine[4] , l'occupation chrétienne a laissé un certains nombre de pièces archéologiques, notamment de la céramique, mais aussi de la vaisselle, du matériel d'artisanat et un four qui témoignent de l'activité du monastère[3] . La mission archéologique française a également entrepris des travaux de restauration des ruines, endommagées par l'exposition aux éléments, notamment les chutes de pierres et le ruissellement d'eau depuis les hauteurs de la montage voisine[5] . Le site a été notamment endommagé lors d'un événement de pluie intense en 1997[3] . Les lieux ont aussi fait l'objet de vandalisme. Dans les années 2000, la cuve du baptistère a été détruite par des vandales[3] ,[5] .
Des dizaine d'ostraca ont été retrouvés sur le site mais ils apportent peu d'information sur la vie du monastère. L'ensemble le plus complet est une collection ayant appartenu à un certain Andreas. Ces ostraca de nature administrative nous renseignent sur cet individu. Étrangement, celui-ci ne porte aucun titre religieux et aucun écrit ne mentionne le monastère. Il a ainsi été suggéré que Deir el-Roumi ait pu servir de centre administratif. Une autre explication est que cet Andreas ait pû emmener avec lui ces témoignages de sa vie passée lors de son entrée au monastère[8] .
Notes et références
[modifier | modifier le code ]- ↑ a et b (en) « Valley of the Queens » [PDF], sur Theban Mapping Project
- ↑ a b et c Bonomi 1906, p. 82.
- ↑ a b c d e f g h i j k l m et n Lecuyot 2016.
- ↑ a b c d e f g h i j et k Lecuyot 1999.
- ↑ a b c d e f g h et i Demas et Agnew 2012, p. 317-332.
- ↑ a et b Wagner et Lecuyot 1994.
- ↑ Delattre et al. 2019.
- ↑ a b et c Müller 2020.
Bibliographie
[modifier | modifier le code ]- (en) Joseph Bonomi, « Topographical Notes on Western Thebes Collected in 1830 », dans Annales du Service des antiquités de l’Égypte, vol. VII, Le Caire, Institut français d'archéologie orientale, (lire en ligne), p. 78-86
- Guy Wagner et Guy Lecuyot, « Une dédicace d’un néocore, héraut sacré d’Apollon », Bulletin de l'Institut français d'archéologie orientale , vol. 93, , p. 413-418 (lire en ligne)
- Guy Lecuyot, « Une nécropole de Thèbes-Ouest à l’époque romaine et copte : la vallée des Reines », Kyphi, vol. 2, , p. 33-61 (lire en ligne)
- (en) Martha Demas et Neville Agnew, Valley of the Queens Assessment Report, vol. I : Conservation and Management Planning, Los Angeles, Getty Conservation Institute, (lire en ligne)
- Guy Lecuyot, « Le Deir el-Roumi, le « topos » chrétien », Memnonia, vol. XXVII, , p. 91-97 (lire en ligne)
- Guy Lecuyot et Alain Delattre, « À qui et à quoi servaient les « ermitages » des vallées sud-ouest de la montagne thébaine ? », dans Coptic Society, Literature and Religion from Late Antiquity to Modern Times, Leuven, Paris & Bristol, Peeters Publishers, (ISBN 9789042932739, lire en ligne), p. 709-718
- Alain Delattre, Cassandre Hartenstein, Paul Heilporn et Guy Lecuyot, « Une dédicace d’association au Deir el-Roumi », Memnonia, vol. XXX, , p. 154-159 (lire en ligne)
- (en) Matthias Müller, « Andreas, Son of Petros, and the Monastery of Dayr al-Rūmī: A Usurious Monk? or a Monastic Record Vault? », dans Living the End of Antiquity: Individual Histories from Byzantine to Islamic Egypt, Berlin & Boston, De Gruyter, (DOI 10.1515/9783110683554-019 ), p. 223-236
Liens externes
[modifier | modifier le code ]- (en) « Coptic monastery of Deir Rumi », sur Museo egizio