Convergence inconditionnelle
En mathématiques, une série converge inconditionnellement si la série converge, quel que soit l'ordre des éléments. Par exemple, la série {\displaystyle \sum {\frac {1}{2^{n}}}}converge inconditionnellement car {\displaystyle 1+1/2+1/4+1/8+\dots } mais aussi n'importe quel autre ordre, comme {\displaystyle 1/4+1/64+1+1/128+\dots }converge.
Définition
[modifier | modifier le code ]Soient X un groupe topologique abélien — par exemple un espace vectoriel normé — et (xn)n∈N une suite d'éléments de X. On dit que la série ∑ xn converge inconditionnellement ou qu'elle est commutativement convergente[1] si, pour toute permutation σ : N → N, la série {\displaystyle \sum _{n=0}^{\infty }x_{\sigma (n)}} converge dans X.
Toute série absolument convergente dans un espace de Banach X est inconditionnellement convergente. La réciproque est vraie si et seulement si X est de dimension finie [2] .
Une base de Schauder de X est dite inconditionnelle si pour tout x ∈ X, la série représentant x converge inconditionnellement.
Lien avec les familles sommables
[modifier | modifier le code ]Théorème[1] —Une série de terme général xn est commutativement convergente si et seulement si la suite (xn)n∈N est une famille sommable, et toutes les sommes {\displaystyle \sum _{n=0}^{\infty }x_{\sigma (n)}} sont alors égales à ∑n∈N xn.
Si la suite est sommable, il est immédiat que toutes les séries permutées convergent (vers sa somme). La réciproque — si toutes les séries permutées convergent, alors la suite est sommable, sans supposer a priori que les sommes des séries sont égales — repose sur deux lemmes[3] :
Lemme 1—Si toutes les séries {\displaystyle \sum _{n=0}^{\infty }x_{\sigma (n)}} vérifient le critère de Cauchy pour les séries, alors la suite (xn)n∈N vérifie le critère de Cauchy pour les familles:
Par contraposée, supposons que le critère de Cauchy pour les familles n'est pas vérifié, c'est-à-dire qu'il existe un voisinage V de l'élément neutre 0 du groupe X tel que:
En posant J0 = ∅ et, pour tout entier naturel n, Jn+1 = Jn ∪ K(Jn), on obtient une partition de N par les K(Jn). Il existe une permutation de N dans laquelle les éléments de chaque K(Jn) deviennent consécutifs. La série correspondante ne vérifie pas le critère de Cauchy.
Lemme 2—Si (xn)n∈N vérifie le critère de Cauchy pour les familles et si l'une des séries {\displaystyle \sum _{n=0}^{\infty }x_{\sigma (n)}} converge, alors (xn)n∈N est une famille sommable.
Supposons que (xn)n∈N vérifie le critère de Cauchy pour les familles et — sans perte de généralité — que la série {\displaystyle \sum _{n=0}^{\infty }x_{n}} soit convergente, de somme S, c'est-à-dire:
Soient JV un ensemble associé à V dans le critère de Cauchy pour les familles, J un ensemble fini d'entiers naturels contenant JV, et n un entier majorant à la fois J et NV. L'ensemble {0, ... , n}\J est alors disjoint de JV, d'où
On en déduit que
ce qui prouve que la suite est sommable, de somme S.
Autres caractérisations
[modifier | modifier le code ]Théorème—Une série de terme général xn est commutativement convergente si et seulement si pour toute suite (εn)n∈N avec εn = ±1, la série {\displaystyle \sum _{n=0}^{\infty }\varepsilon _{n}x_{n}} converge, ou encore si toute sous-série {\displaystyle \Sigma _{m=0}^{\infty }x_{n_{m}}} (n0 < n1 < n2 < ...) converge.
Ce théorème se déduit du lemme 2 ci-dessus et du lemme suivant, qui se démontre[4] comme le lemme 1 :
Lemme 3—Si toutes les sous-séries vérifient le critère de Cauchy pour les séries, alors la suite vérifie le critère de Cauchy pour les familles.
Notes et références
[modifier | modifier le code ]- 1 2 Bourbaki, TG, III.44.
- ↑ Cf. théorème de Dvoretzky-Rogers.
- ↑ Gustave Choquet, Cours d'analyse, tome II : Topologie, p. 228-229.
- ↑ (en) Christopher Heil, A Basis Theory Primer : Expanded Edition, Springer, , 534 p. (ISBN 978-0-8176-4686-8, lire en ligne), p. 97.
Voir aussi
[modifier | modifier le code ]Articles connexes
[modifier | modifier le code ]Bibliographie
[modifier | modifier le code ](en) Marián Fabian, Petr Habala, Petr Hájek, Vicente Montesinos Santalucía, Jan Pelant et Václav Zizler, Functional Analysis and Infinite-Dimensional Geometry, 2000 (ISBN 978-0-387-95219-2)