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Blue Labour

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Blue Labour est un groupe militant et une faction politique britannique qui visait, dans les années 2010, à promouvoir des valeurs ouvrières et culturellement conservatrices au sein du Parti travailliste britannique notamment sur les questions d'immigration , de criminalité , d'EDI (émancipation, diversité et inclusion) et de solidarité communautaire tout en restant attaché aux droits des travailleurs et aux politiques économiques de gauche [1] ,[2] ,[3] . Ce groupe s'est maintenu, cherchant à représenter ce qu'il juge être une approche plus prolétaire de la politique travailliste. Au Parlement, il est dirigée par le député Dan Carden (qui a fondé un groupe parlementaire baptisé Blue Labour en 2025 avec Jonathan Brash, Jonathan Hinder et David Smith [4] ,[5] ,[6] , avec notamment Connor Naismith, Margaret Mullane et Shabana Mahmood (nommée ministre de l'Intérieur en septembre 2025).

Lancé en 2009 en réaction au New Labour [7] , le Blue Labour a pris de l'importance après la défaite du Labour aux élections générales de 2010 [8] , où, pour la première fois, le parti a obtenu moins de voix de la classe ouvrière que de la classe moyenne [9] . Le mouvement a influencé quelques députés et membres du cabinet fantôme travailliste ; son fondateur, Maurice Glasman, a été un proche allié d'Ed Miliband lors de ses premières années à la tête de l'opposition, avant d'être lui-même nommé « pair à vie » à la Chambre des lords [10] . Le mouvement a connu un regain d'intérêt[11] après la perte de sièges dans les circonscriptions traditionnellement travaillistes lors des élections générales de 2019.

Ce mouvement travailliste bleu affirme que le parti s'est éloigné de sa base en adoptant un discours antipatriotique contre le Brexit [12] , et en sapant la solidarité locale via un collectivisme bureaucratique, des programmes sociaux et une économie néolibérale. Il affirme que si l'ancien Labour d'après-guerre était devenu trop peu critique envers le pouvoir d'État, le nouveau Labour a considérablement aggravé la situation en adoptant également une vision non critique des marchés mondialisés. Ce groupe prône en outre une gestion et une prestation de services locales et démocratiques, plutôt que de s'appuyer sur un État-providence vertical qu'il juge excessivement bureaucratique[13] ,[14] ,[15] . Sur le plan économique, il est décrit comme un « mouvement partisan d'un socialisme corporatif (de guilde) et du corporatisme continental »[16] .

Les positions du Blue Labour ont été exposée dans des ouvrages tels que Tangled Up in Blue (2011) de Rowenna Davis, Blue Labour: Forging a New Politics (2015) d'Ian Geary et Adrian Pabst, et Blue Labour: The Politics of the Common Good (2022) de Glasman lui-même. On trouvera des éclaircissements supplémentaires sur les idées du Blue Labour dans The Purple Book (2011) de Robert Philpot et Despised: Why the Modern Left Loathes the Working Class (2020) de Paul Embery.

Plusieurs commentateurs, dont Adrian Pabst lui-même, ont soutenu que, quand il dirigeait le parti travailliste, Keir Starmer avait adopté des éléments importants de l'analyse et des politiques du Blue Labour[17] .

Maurice Glasman, fondateur du Blue Labour.

Maurice Glasman universitaire à l'université métropolitaine de Londres a lancé ce mouvement en avril 2009, lors d'une réunion à Conway Hall, dans le quartier de Bloomsbury, le définissant comme « un socialisme profondément conservateur qui place la famille, la foi et le travail au cœur d'une nouvelle politique de réciprocité, de mutualité et de solidarité »[18] . Il a plaidé pour une alternative à l'approche centralisatrice du Parti travailliste d'après 1945[18] . Le mouvement été développé lors d'une série de séminaires organisés à l'University College d'Oxford et à la London Metropolitan University à la suite de la défaite du Parti travailliste aux élections générales de 2010 [19] .

L'analyste politique Bob Jessop a décrit le mouvement comme suit[20] :

  • le nom « Blue labour » pourrait être une réaction à un courant communautariste comparable au sein du Parti conservateur, dit « Tory rouge », et il pourrait aussi pour évoquer une certaine tristesse, nostalgie et perte[18] . Le fondement philosophique de ce groupe combine l'aristotélisme (en particulier le concept de vertu) à la critique de la société de marché développée par l’économiste hongrois Karl Polanyi [21] .

Années 2010

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Glasman a été décrit comme le « gourou » de l'ancien chef du Parti travailliste, Ed Miliband, par le commentateur politique Matthew d'Ancona, qui suggérait que, même si le parti n'adoptait pas l'intégralité du programme du Blue Labour (notamment ses critiques du consumérisme et de la mondialisation), ce courant aidait « le chef du Parti travailliste à forger un langage pour exprimer son soutien indéfectible au NHS ». Entre 2010 et 2015, certains commentateurs ont avancé que le Blue Labour pourrait constituer une alternative potentielle à la « Grande Société » de David Cameron, cette « idée maîtresse » susceptible même de « définir le leadership de Miliband »[22] .

Le gouvernement (conservateur) de Boris Johnson a réorienté la politique de réduction des inégalités territoriales et d'amélioration des salaires et des compétences des classes populaires, dont en limitant l'immigration clandestine via le Brexit, et en intégrant des thèmes plus communautaires, s'éloignant ainsi de la vision d'un Brexit minimaliste et libertarien à la Singapourienne. Le Blue Labour a enregistré une hausse de ses adhérents après la victoire de Boris Johnson aux élections générales de 2019 [11] ,[23] .

Années 2020

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Le chef du parti travailliste, Keir Starmer a aussi été décrit comme influencé par Blue Labour et salué comme « un véritable conservateur » par Maurice Glasman dans un article publié sur UnHerd[24] ,[25] . Mais ce dernier a ensuite été plus critique à l'égard du leadership de Starmer, le mettant en garde contre le risque que Reform UK ne détourne des voix du parti travailliste[26] ,[27] .

En juin 2024, Glasman, Jon Cruddas et Jonathan Rutherford ont lancé un projet intitulé « Avenir de la gauche » au sein du think tank conservateur Policy Exchange [28] ,[29] .

Lors d'une conférence sur le post-libéralisme (décembre 2024), Maurice Glasman a célébré la victoire de Donald Trump, la qualifiant d'« historique mondiale » et de « coalition multiraciale, multiethnique, interreligieuse et ouvrière contre les progressistes »[30] , ajoutant que « le seul endroit où construire une maison maintenant, c'est à gauche de la place MAGA »[31] , qu'il interprète comme désignant la faction alors représentée par l'idéologue du libertarianisme de droite Steve Bannon, alors «conseiller stratégique» de Donald Trump[32] , dont on montrera plus tard qu'il est en partie à l'origine du Brexit en ayant co-créé, avec le groupe SCL et un financement de Mercer) les officines Cambridge Analytica et AggregateIQ [note 1] ,[34] ,[35] . Le lanceur d'alerte Christopher Wylie a montré que Leave.EU a contourné son « plafond légal de dépenses » (en dépensant près d'un million de livres pour algorithmiquement cibler des électeurs anglais sur les réseaux sociaux, de manière à de rendre le Brexit désirable à leurs yeux ; «sans AggregateIQ, le camp du 'Leave' n'aurait pas pu gagner le référendum, qui s'est joué à moins de 2% des votes»[36] ,[37] . »

Morgan Jones et David Klemperer, co-rédacteurs de Renewal, commentent l'attrait de GLasman pour le mouvement trumpien Make America Great Again (MAGA) en notant qu'en choisissant de s'aligner Glasman s'est rangé du côté de forces qui menacent la social-démocratie et qui en sont même aujourd'hui les principaux adversaires. Ils ajoutent que les positions actuelles de Glasman «devraient nous inciter à la prudence avant de le considérer comme un interlocuteur constructif au sein du Parti travailliste»[38] .

Groupe parlementaire (caucus)

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En janvier 2025, Dan Carden, député travailliste de Liverpool Walton, crée un groupe parlementaire au sein du Parti travailliste parlementaire[5] (avec trois députés élus en 2024 : Jonathan Brash, Jonathan Hinder et David Smith)[4] . Morgan McSweeney, chef de cabinet de Keir Starmer suit de près leurs travaux[6] . LabourList rapporte que le groupe a atteint une dizaine de membres en février. Et selon Brash, il discute avec d’autres groupes parlementaires partageant globalement ses idées[28] . En mai, la ministre de la Justice, Shabana Mahmood annonce son appartenance au Blue Labour[39] .

Le 2 juin 2025, le Guardian rapporte que le groupe Blue Labour influence la politique gouvernementale face au défi électoral lancé par Reform UK, et recommande au gouvernement de légiférer contre les politiques d'égalité, de diversité et d'inclusion (EDI) en matière d'emploi, de condamnations et dans d'autres domaines du secteur public[1] . Lors du remaniement ministériel de septembre 2025, Mahmood est nommée ministre de l'Intérieur, ce qui est perçu comme annonciateur d'un durcissement de la politique d'immigration du gouvernement de Keir Starmer[40] . Maurice Glasman salue sa nomination, la qualifiant de « fantastique », et ajoutant qu'elle serait « désormais clairement la chef » du Blue Labour[41] .

Adhésion parlementaire

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En février 2025 au Parlement, le parti Blue Labour compterait plus de dix membres, bien que beaucoup aient choisi de rester anonymes[28] . Parmi les députés publiquement identifiés comme membres du parti travailliste bleu, on peut citer[42] :

Brexit et immigration

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Ce parti perçoit l'Union européenne comme une force centralisatrice qui limite la capacité de décision démocratique concernant la vie au Royaume-Uni.

En particulier, l'idée de « marché unique » aurait été poussée à l'extrême : ce qui était au départ une volonté de faciliter les échanges transfrontaliers s'est transformé, au nom de la politique de la concurrence, en une résistance à la capacité des gouvernements de définir leurs propres politiques dans des domaines tels que le logement et les services financiers[47] . Le parti Blue Labour soutient le Lexit, et l'un de ses principaux penseurs, Jonathan Rutherford, écrit que le Brexit « offre l'opportunité d'un renouveau national face aux forces du capitalisme mondial ».

Selon le narratif populiste post-libéral de ce parti, le Brexit devait rétablir la souveraineté économique de l'État-nation anglais face aux institutions capitalistes mondiales[48] .

En juillet 2011, Glasman suggère de renégocier la libre circulation des travailleurs en provenance de l'Union européenne, provoquant une scission au sein du parti[49] ,[50] . Dans d'une réunion en marge du congrès du Parti travailliste de 2011, il a réaffirmé certaines de ses déclarations sur l'immigration, a plaidé pour la conversion de la moitié des universités britanniques en écoles professionnelles et a critiqué le pouvoir des syndicats du secteur public[51] .

En 2025, après que le Premier ministre Keir Starmer ait qualifié de « raciste » le projet Reform UK porté par Nigel Farage d'obliger les migrants bénéficiant d'un statut de résident permanent à renouveler leur demande de visa, les membres influents du parti travailliste bleu, Glasman et Brash, ont déclaré qu'ils n'auraient pas utilisé ce terme[43] ,[52] .

Notes et références

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(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé «Blue Labour» (voir la liste des auteurs).
  1. Bannon a notamment siégé au conseil d'administration de Cambridge Analytica, qui s'est auto-dissoute après les révélations de plusieurs lanceurs d'alerte, qui ont conduit au scandale Facebook-Cambridge Analytica [33]

Références

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  1. 1 2 (en-GB) Chris Osuh, « Blue Labour group urges ministers to ‘root out DEI’ to win over Reform voters », The Guardian, (ISSN 0261-3077 , lire en ligne, consulté le )
  2. (en) « David Goodhart: Labour can have its own coalition too », sur The Independent, (consulté le )
  3. (en-GB) « Labour’s lost heartlands. Can it win them back? » [archive du ], sur ft.com (consulté le ) : « Cruddas was a key figure in the "Blue Labour" movement which [...] urged the party's leadership to listen more closely to blue-collar concerns about immigration, crime and the EU. »
  4. 1 2 3 Sienna Rodgers, Tom, « Blue Labour v Reform: The Pro-Worker, Anti-Woke Plan To Beat Farage », PoliticsHome, (lire en ligne, consulté le )
  5. 1 2 Jason Cowley, « I'm the MP Elon Musk praised for 'integrity' over the grooming gangs », The Daily Telegraph, (lire en ligne, consulté le )
  6. 1 2 (en) Patrick Maguire, « To take on the right, will Labour go blue? », thetimes.com, (consulté le )
  7. Stephen Moss, « Lord Glasman: 'I'm a radical traditionalist' », The Guardian , (lire en ligne)
  8. (en-GB) Patrick Wintour et political editor, « Miliband speech to engage with Blue Labour ideals », The Guardian, (ISSN 0261-3077 , lire en ligne, consulté le )
  9. (en) Peter Kellner Labour is not just the party of the working class (rapport), YouGov, (lire en ligne)
  10. (en-GB) Patrick Wintour et political editor, « Ed Miliband's leadership attacked by Lord Glasman », The Guardian, (ISSN 0261-3077 , lire en ligne, consulté le )
  11. 1 2 (en-US) Chloe Chaplain, « 'Culturally conservative' Blue Labour reports rise in followers since election », sur The i Paper, (consulté le )
  12. (en-GB) Theo Freedman, « The Labour left can no longer afford to ignore Blue Labour », sur LabourList, (consulté le )
  13. (en-GB) Helen Grady, « Blue Labour: Party's radical answer to the Big Society? », bbc.co.uk, (lire en ligne, consulté le )
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  15. (en) « Review: Blue Labour » [archive du ] (consulté le )
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  17. (en-US) David Goodhart, « Has Keir Starmer found the sweet spot in British politics? », sur The Spectator, (consulté le )
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  21. (en) Alan Finlayson, « Should the left go Blue? Making sense of Maurice Glasman », sur openDemocracy, (consulté le )
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Voir aussi

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Bibliographie

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  • Rowenna Davis, Tangled Up in Blue, Ruskin Publishing, 2011.
  • Ian Geary et Adrian Pabst, Blue Labour : Forging a New Politics, IB Tauris, 2015.
  • Maurice Glasman, Jonathan Rutherford, Marc Stears et Stuart White, La tradition travailliste et la politique du paradoxe, Lawrence & Wishart, 2011.
  • Maurice Glasman, Blue Labour (Glasman book)|Blue Labour : La politique du bien commun, Polity, 2022.
  • Robert Philpot, Le Livre violet : un avenir progressiste pour le travail, Biteback Publishing, 2011.

Articles connexes

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Liens externes

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