Affaire Jubillar
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| Affaire Jubillar | |
| Fait reproché | Meurtre |
|---|---|
| Chefs d'accusation | Homicide volontaire sur conjointe |
| Auteurs | Cédric Jubillar |
| Pays | Drapeau de la France France |
| Ville | Cagnac-les-Mines (Tarn, France) |
| Date | ou |
| Nombre de victimes | 1 (Delphine Aussaguel) |
| Jugement | |
| Statut | Affaire jugée en première instance: condamnation à 30 ans de réclusion criminelle |
| Tribunal | Cour d'assises du Tarn |
| Date du jugement | 17 octobre 2025 |
| Recours | Appel en cours |
| modifier | |
L'affaire Jubillar est une affaire criminelle de féminicide concernant la disparition dans la nuit du au de Delphine Aussaguel, habitant Cagnac-les-Mines ; son mari Cédric Jubillar a été condamné pour son meurtre en première instance avant d'avouer être responsable de sa mort.
D'après les explications initiales de son époux, Cédric Jubillar, elle aurait quitté le domicile familial dans la nuit, n'emportant que son téléphone portable. Le corps de Delphine Aussaguel n'est à l'époque pas retrouvé.
Après l'examen de multiples pistes, les enquêteurs soupçonnent Cédric Jubillar, suite à un faisceau d'indices tel que des mensonges, des déclarations contradictoires, son comportement et différents témoignages sur d'anciennes disputes et la nuit du drame. Le couple était en instance de divorce. Mis en garde à vue en , il est mis en examen pour meurtre sur conjoint et placé en détention provisoire. Après une instruction qui s'achève en , le mari, qui a toujours nié les faits reprochés, est condamné à 30 ans de réclusion criminelle le après un procès très médiatisé.
Il fait appel de ce verdict, mais avoue en avoir tué sa femme dans une lettre adressée à son avocat. Le , des ossements identifiés comme ceux de Delphine Aussaguel sont retrouvés dans un champ à Mailhoc, sur indication de Cédric Jubillar.
Biographie
| Naissance | |
|---|---|
| Décès |
(à 33 ans) Cagnac-les-Mines |
| Nom de naissance |
Delphine Aussaguel |
| Nationalité | |
| Activité | |
| Conjoint |
Cédric Jubillar |
| Enfants |
Louis et Elyah |
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Delphine Jubillar, née Aussaguel[1] , épouse Jubillar, est infirmière. Elle travaille de nuit dans une clinique d'Albi [2] . Née le dans le Tarn, elle est âgée de 33 ans en et est mariée depuis [3] à Cédric Jubillar, auto-entrepreneur exerçant le métier de peintre-plaquiste. Le couple a deux enfants, âgés de 6 ans et 18 mois au moment de la disparition de leur mère. Ils habitent Cagnac-les-Mines dans une maison inachevée construite par le mari[4] .
À l'été , Delphine Aussaguel fait part de son désir de divorcer. D'après son avocate, ce divorce paraissait s'effectuer d'un commun accord[5] .
Faits et enquête
Le , vers quatre heures du matin, Cédric Jubillar appelle la gendarmerie pour signaler la disparition de sa femme. Auparavant, il avait envoyé à une proche de Delphine un message : «Dis à Delphine de rentrer». Son interlocutrice lui avait répondu : «Non, Delphine n'est pas avec moi»[6] . Les premières recherches des gendarmes mobilisent de nombreux moyens (chiens, drone, hélicoptères) et effectifs (40 gendarmes réservistes)[7] .
Le , près d'un millier de personnes, dont Cédric Jubillar, ratissent le terrain accidenté de la commune afin de retrouver Delphine Aussaguel[8] . Quelques objets (téléphone, couteau, vêtements) sont découverts[8] . Le même jour, une information judiciaire est ouverte pour enlèvement et séquestration et le dossier est confié à deux juges d'instruction du tribunal de Toulouse [9] .
Le lendemain, la maison du couple est fouillée par les enquêteurs[10] . Elle l'est à nouveau, plus longuement, le , notamment par des spécialistes de l'institut de recherche criminelle de la Gendarmerie nationale [11] .
Téléphone et Facebook
Le téléphone de Delphine Aussaguel disparaît avec elle. Il cesse d'émettre le matin du dans un rayon de deux kilomètres autour du domicile. Son téléphone sonne pour la dernière fois à 22h55 (puis passera sur messagerie à 7h48) ; il déclenche alors un relais proche du domicile mais qui n'est pas le relais auquel il borne habituellement lorsque Delphine est chez elle. Pourtant, le , un message vide est posté depuis son compte Facebook (dont elle est a priori la seule à détenir les codes)[12] . Trois hypothèses sont avancées : celui d'un bug de l'application, un piratage ou encore un dysfonctionnement résultant des investigations des enquêteurs sur le matériel informatique de la disparue[13] . L'hypothèse du piratage aurait été privilégiée par les gendarmes[14] .
Le , le téléphone semble se réactiver[14] (plus précisément l'application Messenger [15] ) sans qu'une explication unique puisse être avancée.
Le , le procureur précise que ces réactivations seraient une conséquence technique des recherches informatiques des enquêteurs, ce qui leur a été confirmé par Samsung.
Le , les gendarmes chargés de l'enquête disposent désormais d'une grande partie de l'historique des géolocalisations du téléphone de son mari grâce à une réquisition auprès de Google [16] .
Les différentes pistes
Delphine Aussaguel correspondait sur les réseaux sociaux avec un homme[17] . Entendu par les gendarmes, il est mis hors de cause, son ex-compagne confirmant qu'il était bien à son domicile près de Montauban la nuit de la disparition de Delphine Aussaguel[18] . Cet homme, surnommé dans la presse le «confident» ou «l'amant de Montauban» affirme en que Delphine Aussaguel et lui projetaient de s'installer ensemble et que la nuit de sa disparition peu avant 23 heures, elle lui avait envoyé une photographie d'elle «en tenue de nuit, douchée et prête à aller se coucher»[19] , tenue qui sera retrouvée lors de la première perquisition dans le bac à linge sale. Des bouts de papier écrits par Delphine confirment qu'elle souhaitait quitter le domicile conjugal et qu'elle préparait activement son départ. Delphine avait prévu de s'installer à Albi avec son amant[20] ,[21] ,[22] .
Un autre homme, dont le comportement envers Delphine Aussaguel est qualifié de «pressant» ou d'«insistant» par un témoin (ce que ne corroborent pas les dires d'un autre témoin), est entendu par les enquêteurs. Il avait déjà été condamné le dans une affaire liée (accidentellement) à la voiture du couple Jubillar[23] . Il nie toute implication et les gendarmes ne semblent pas disposer d'éléments le reliant à l'affaire[24] .
Les voisins signalent la présence d'un camping-car garé à proximité du domicile de Delphine Aussaguel dans les jours précédant sa disparition. Retrouvé et entendu par les enquêteurs, le propriétaire du véhicule est mis hors de cause[18] .
Le , des gendarmes spécialistes en spéléologie interviennent à Cagnac-Les-Mines afin de poursuivre les recherches[25] . Les amies de la disparue continuent elles-mêmes à organiser des battues à la recherche d'indices. Ces recherches sont rendues difficiles par la topographie vallonnée et le passé minier de la région. Cependant, selon des habitants, la plupart des puits auraient été recensés et rebouchés depuis longtemps[26] .
En , les enquêteurs explorent une nouvelle piste : Cathy (nom d'emprunt), épouse de l'amant de Delphine Aussaguel (le «confident de Montauban», qui utilise également le nom d'emprunt «Jean» dans la presse), a intercepté un SMS de son mari envoyé à Delphine Aussaguel quelques jours avant sa disparition. Ayant demandé des comptes à son époux, elle la contacte et converse avec elle. D'après Cathy, les deux femmes concluent un pacte : Delphine attendra la séparation de Cathy et de son mari au mois de pour poursuivre sa liaison avec son amant. Le soir du , Delphine Aussaguel aurait brisé le pacte, envoyant une photo d'elle en combishort. Et la veille de la disparition, Cathy aurait passé 145 appels à un numéro inconnu[27] . Jean et Cathy sont ultérieurement mis hors de cause par l'enquête[28] . Le nombre de 145 correspondrait en fait aux consommations de données Internet répertoriées[29] .
Le , des fouilles sont entreprises dans une ferme, incendiée en , située dans le lieu-dit Drignac de Cagnac-les-Mines. En effet, selon un codétenu de Cédric Jubillar, ce dernier lui a affirmé avoir tué son épouse avec un couteau[30] et enterré son corps à cet endroit. Le codétenu affirme également que Cédric Jubillar a informé sa nouvelle compagne du meurtre[31] ,[32] .
Dans l'émission L'Heure du crime du , le témoignage d'une voisine indique que Cédric Jubillar aurait été aperçu «en direction du terrain de boules, et aurait baissé la tête en l'apercevant» le soir de la disparition de sa conjointe[33] .
Le , une reconstitution est organisée à Cagnac-les-Mines pour tenter de résoudre les zones d'ombre qui persistent dans cette enquête[34] .
Volet judiciaire
Au moins trois demandes de parties civiles sont déposées dans cette affaire : celle de Cédric Jubillar, celle des frères et de la sœur de Delphine et celle d'amies proches et cousines de la disparue. La justice rejette cette dernière demande, ce dont leur avocat fait appel[35] . Le , la chambre d'instruction accepte la constitution de partie civile de la cousine de Delphine mais rejette celle de ses amies[36] .
Mise en cause de Cédric Jubillar
Le , Cédric Jubillar, l'époux de Delphine Aussaguel, sa mère ainsi que son beau-père sont placés en garde à vue par les gendarmes[37] . Le , Cédric Jubillar est mis en examen pour meurtre aggravé, les juges d'instruction ayant conclu que trop d'éléments pesaient contre lui. Selon le procureur de la République de Toulouse :
- Disparition en pleine nuit de décembre d'une mère de famille, «avec un téléphone sans chargeur, sans sac à main ni effets personnels et sans ses lunettes, dont elle a besoin».
- Couple en procédure de divorce, Delphine Aussaguel «avait un nouveau projet de vie qui lui tenait à cœur» et voulait quitter définitivement le domicile conjugal.
- Mensonges de Cédric Jubillar qui prétendait que la séparation était non conflictuelle et qu'il ignorait qu'elle le quittait pour un autre homme.
- Comportement de Cédric Jubillar qui «pouvait se montrer brutal, grossier et agressif, y compris envers les enfants» et instaure un «climat de surveillance» en essayant de la géolocaliser et surveillant son compte bancaire.
- Cédric Jubillar met 16 minutes à contacter la gendarmerie quand il constate la disparition mais ne contacte pas de proches alors que Delphine Aussaguel allait parfois dormir chez une amie et qu'il n'avait jamais contacté les forces de l'ordre auparavant.
- Cédric Jubillar n'aurait marché que 40 pas avant d'appeler les gendarmes et aurait mis la couette de Delphine à la machine à leur arrivée, faits démentis ultérieurement.
- La voiture de Delphine a été déplacée dans la nuit, puisque garée à l'inverse du sens dans lequel Delphine Aussaguel la garait habituellement, et il y avait également de la condensation à l'intérieur du véhicule ce qui, selon un expert, indique une présence humaine récente. Cédric Jubillar n'a pas de permis de conduire.
- Alors que Cédric Jubillar affirme qu'il n'y a pas eu de dispute ce soir là, l'aîné de la famille, âgé de 6 ans, évoque une violente dispute entre ses parents après 23 heures.
- À 23h7, les cris d'une femme venant de la direction du domicile des Jubillar ont été entendus par deux voisines du couple[38] .
Cédric Jubillar est placé sous mandat de dépôt. Son avocat est alors Jean-Baptiste Alary. Celui-ci sera bientôt rejoint par deux autres avocats, Alexandre Martin et Emmanuelle Franck [39] alors que Jean-Baptiste Alary finira par se retirer.
Les gendarmes s'interrogent également à propos du comportement adopté par Cédric Jubillar quelques minutes après la découverte de la disparition. Une première analyse du podomètre de son téléphone indique qu'il n'effectue qu'une quarantaine de pas entre le moment où il dit s'être aperçu de l'absence de Delphine et l'arrivée des gendarmes. Lors d'une rapide recherche dans et autour de la maison avec les gendarmes, il en effectue alors 380 ; il expliquera qu'il n'a pas voulu la chercher à l'extérieur pour ne pas déranger les voisins. Une analyse ultérieure plus détaillée du podomètre révèle qu'il a en réalité effectué plus qu'une quarantaine de pas (au moins 300) avant l'arrivée des gendarmes. Il en effectue 46 de 3h53 (horaire où il rallume son téléphone) à 4 heures et 255 pas de 4 heures à 5 heures du matin (appel des gendarmes à 4h9 et arrivée des gendarmes à 4h50)[40] .
D'après le procureur de la République, lorsque les gendarmes arrivent à 4h50 du matin, le lave-linge est en fonctionnement : il contient la couette avec laquelle dormait la disparue, alors que l'état de l'habitation est négligé[41] . Cette déclaration du procureur est par la suite infirmée par une photographie versée au dossier : elle a été prise l'après-midi du par les gendarmes[42] et montre la couette sur le canapé-lit où dormait Delphine Aussaguel[31] . Par ailleurs, l'analyse de l'eau de la machine à laver ne révèle pas de trace de sang[43] .
Les enquêteurs s'interrogent sur l'empressement de Cédric Jubillar à contacter la gendarmerie seulement une quinzaine de minutes après son réveil. Il tente de joindre sa conjointe 180 fois jusqu'à 10 heures le matin de sa disparition, puis deux fois le lendemain matin (), puis plus aucun appel ne sera effectué.
Par ailleurs, les enquêteurs sont surpris de la rapidité avec laquelle Cédric Jubillar fait le deuil de son épouse, ce qui laisse supposer qu'il sait exactement ce qui lui est arrivé. Les propos incohérents et changeants de Cédric Jubillar conduisent les enquêteurs à s'interroger sur la fiabilité de ses explications sur le déroulement de la soirée, qui semble contredite par les éléments en leur possession.
Les enfants du couple sont placés chez la sœur de Delphine[44] .
Le , soit dix mois après la disparition de Delphine Aussaguel, son conjoint est entendu par les juges d'instruction[45] . L'audition dure quatre heures et d'après ses avocats, Cédric Jubillar y clame son innocence. Les avocats dénoncent la vacuité du dossier et annoncent qu'ils vont déposer une nouvelle demande de mise en liberté[46] .
Le , la cour d'appel de Toulouse refuse la nouvelle demande de remise en liberté de Cédric Jubillar[47] .
Le , un an après les faits, la nouvelle compagne de Cédric Jubillar est placée en garde à vue. Son domicile avait été fouillé par les gendarmes au mois de , sans suite[48] . Elle ressort libre après 35 heures à la gendarmerie et sans qu'aucune charge soit retenue contre elle[49] .
Le , le parquet général annonce que Cédric Jubillar est renvoyé devant la cour d'assises pour le meurtre de son épouse[50] .
Le , une ex-compagne de Cédric Jubillar affirme qu'il lui aurait avoué le meurtre de son épouse, ainsi que la localisation du corps de celle-ci. Elle le cite : «Je l'ai déjà fait une fois (tuer), je peux le faire deux fois. Si tu ne me trompes pas tu n'as rien a craindre[51] .» Le , la présidente de la cour d'assises du Tarn demande à la gendarmerie l'audition de cette femme[52] .
Le , il est révélé que l'accusé avait installé huit applications de rencontre sur son téléphone portable en , huit mois avant la disparition de Delphine Aussaguel[53] . Le même jour, les avocats de Cédric Jubillar mettent en cause l'enquête des gendarmes[54] .
Procès
Le procès démarre le , après quatre ans et demi d'enquête. Cédric Jubillar conteste les faits de meurtre dont il est accusé[55] . Le , l'ex-amant de Delphine Aussaguel, Donat-Jean Maquet, est entendu à la barre et déclare avoir « l'intime conviction » de la culpabilité de Cédric Jubillar[56] . Les débats décrivent un mari qui surveille Delphine Aussaguel, épie ses comptes, et qui aurait dit à sa propre mère un mois avant les faits : «J'en ai marre, je vais la tuer, je vais l'enterrer, personne ne la retrouvera.» Quelques heures avant de disparaître, Delphine Aussaguel allait à sa banque pour changer son code confidentiel, parce que son mari l'utilisait à son insu[57] . Les enfants représentés par une administratrice demandent à leur père de dire si leur mère est vivante ou non et son fils est «convaincu que son père est responsable» de la disparition de sa mère[58] .
Le , après 4 semaines de procès et un délibéré de près de 6 heures, la cour d'assises du Tarn déclare Cédric Jubillar coupable du meurtre de son épouse et le condamne à 30 ans de réclusion criminelle. Dans sa décision de douze pages, la cour d'assises du Tarn déclare que «la gravité des faits est réelle et caractérisée par le fait que l'accusé a porté atteinte à l'une des valeurs que la société protège le plus précieusement» et que «Les faits sont aggravés par le lien entre l'auteur et la victime dans un contexte de vie conjugale marquée par les insultes, l'humiliation et le rabaissement de la victime». La cour estime que les faits «ont été facilités par le huis clos familial, les enfants du couple (...) dormant dans le domicile». Pour la cour, de par ses contestations, Cédric Jubillar «établit qu'il n'a pas pris la mesure de la gravité de ses actes, ni encore des raisons de son passage à l'acte» et que Cédric Jubillar «n'a exprimé aucun remords, restant autocentré sans aucune remise en question», notant son absence de réaction «à l'évocation de la souffrance et des questionnements de ses enfants» et précisant qu'il «n'a donné aucune information sur l'endroit où se trouve le corps de son épouse, privant la famille de cette dernière d'un lieu de recueillement»[59] .
Ses avocats annoncent faire appel le même jour. Le procès en appel est initialement prévu en devant la Cour d'assises de la Haute-Garonne. La mère de Cédric Jubillar estime que son fils est coupable et qu'il «n'avouera jamais» le crime[60] ,[61] ,[62] .
En , Cédric Jubillar perd l'autorité parentale sur ses deux enfants, procédure habituelle selon l'article 378 du code civil, quand un parent est condamné pour un crime contre l'autre parent. Il est également condamné à verser 50 000 euros pour chacun des enfants à l'administratrice chargée des intérêts des deux mineurs «à titre de provision concernant leurs différents préjudices». Lors du procès de nombreux témoignages avaient évoqué des violences physiques et psychologiques commises par Cédric Jubillar contre son fils. Les enfants avaient été confiés à leur tante maternelle après la disparition de leur mère[63] .
Aveux et découverte du corps
Cédric Jubillar avoue sa culpabilité dans une lettre à ses avocats en [64] ,[65] et se dit prêt à donner des indications sur l'endroit où il a dissimulé le corps de son épouse[66] .
Lors de la communication des aveux, les avocats de Cédric Jubillar élaborent une stratégie de défense «ultra-offensive contre l'institution judiciaire, contre les enquêteurs, contre les médias et, aussi, contre l'époque et l'évolution du droit» en invoquant le «crime passionnel», une stratégie «choquante» selon L'Indépendant [67] . Pour Le Figaro , c'est «une notion d'un autre temps qui romance le meurtre conjugal et légitime la violence par une prétendue passion»[68] .
Sur les indications de Cédric Jubillar, des ossements humains sont retrouvés dans un champ le à Mailhoc, commune située à une dizaine de kilomètres de Cagnac-les-Mines [69] ,[a] . Les analyses confirment 48 heures après la découverte qu'ils sont ceux de Delphine Aussaguel[71] .
De ce fait, le procès en appel, initialement prévu en , est reporté au premier semestre . Il doit se finir avant le , date d'expiration de la détention provisoire de Cédric Jubillar[72] .
Résonance médiatique et engouement public
Depuis l'ouverture de l'instruction mi-, la résonance de l'affaire Jubillar s'amplifie. À mesure que le mystère s'épaissit, les médias multiplient les publications exposant divers aspects du sujet. Le sensationnalisme le dispute aux enquêtes journalistiques de terrain[73] .
Comme pour les affaires Grégory et Dupont de Ligonnès, l'intérêt pour ce fait divers devient national[73] ,[74] . Sur le web, des internautes, toujours plus nombreux, se mobilisent pour mener l'enquête parallèlement aux journalistes et aux gendarmes[73] ,[74] . Dans plusieurs groupes Facebook, des détectives amateurs (en) cherchent et diffusent des informations, émettent des hypothèses, échafaudent des théories, tentent d'élucider des zones d'ombre qu'ils croient déceler et désignent un coupable. Fin , deux de ces groupes rassemblent respectivement 8 000 et 4 500 membres[73] ,[74] ,[75] .
Comparaisons avec l'affaire Daval
Notamment sur les réseaux sociaux, le cas de Delphine Aussaguel fait l'objet de comparaisons avec l'affaire Daval. Dans cette affaire de meurtre sur conjoint, jugée à la cour d'assises de la Haute-Saône quelques semaines avant la disparition de Delphine Aussaguel, le mari avait signalé la disparition de son épouse et participé aux recherches, avant d'avouer le meurtre.
Ce parallèle est dénoncé par l'avocat de Cédric Jubillar[76] ; le conjoint de la disparue, contrairement à Jonathan Daval, ne fait aucune déclaration aux journalistes.
Analyse et critiques
Selon Michel Mary, journaliste au Nouveau Détective et expert en faits divers, l'engouement médiatique et public s'explique par l'accentuation au fil du temps du caractère énigmatique de l'affaire, les incohérences apparues dans les faits rapportés par les médias, l'identification possible d'une partie du grand public au couple Jubillar et l'attention récente portée par la société française sur les crimes conjugaux [73] .
Des avocats chargés du dossier et des membres de la famille Jubillar déplorent, dans les médias et sur le web, une influence néfaste des enquêteurs amateurs (en) sur le déroulement de l'affaire et les personnes impliquées. Bien que circonspects, les gendarmes qui mènent les investigations surveillent les informations circulant en ligne[74] .
Pour Michel Moatti, sociologue des médias, la médiation numérique ajoute l'interactivité au frisson que procure la lecture des faits divers rapportés par les diffuseurs de contenus d'actualité. Des internautes se prennent pour des contributeurs au développement de l'enquête[77] . Ils s'improvisent experts, journalistes et enquêteurs, et, en promouvant leurs propres analyses des faits, prétendent faire mieux que les professionnels. Mais leur activité numérique relève davantage du jeu. Le sociologue dénonce un « parasitage » de l'expertise journalistique et policière véritable, susceptible de produire des fausses informations et des théories complotistes et de déboucher sur la mise en accusation publique de faux coupables[77] .
Féminicide
En , Arrêt sur image note que pour cette affaire de féminicide, le mot n'est pourtant quasiment jamais employé par certains médias[78] . Pendant le procès en , deux avocats des parties civiles utilisent le terme de féminicide, un troisième parle de «crime passionnel». Pour l'avocate d'une des amies de Delphine Aussaguel, «si cette affaire est devenue l'affaire Jubillar plutôt que le féminicide de Delphine Jubillar, c'est qu'il y a une grande difficulté à accepter qu'on puisse condamner sans corps. Pour nous, il n'y a pas de doute. Un féminicide, c'est toujours l'aboutissement d'un processus qui est apparu pendant l'audience» et rappelle que dans 80 % des cas, un féminicide intervient au moment de la séparation d'un couple[79] . À l'issue du procès, Le Parisien note que «depuis l'énoncé du verdict de la cour d'assises du Tarn ce vendredi, Delphine Jubillar est désormais reconnue comme la 103evictime d'un féminicide» en France en , la qualification de « portée disparue » empêchant jusqu'alors l'emploi du mot[80] , chiffre corroboré par L'Indépendant [67] .
Après les aveux de Cédric Jubillar en , le magazine Elle dénonce l'emploi du terme de «crime passionnel» par ses avocats, le terme n'ayant «aucune qualification juridique». Le magazine déclare : «il faut le dire et le redire: on ne tue jamais par amour, [...] Delphine Aussaguel voulait partir. Elle n'est pas morte d'un excès d'amour. Elle est morte parce qu'un homme n'a pas supporté qu'elle s'en aille. Non. La mort de Delphine Aussaguel n'est pas un crime passionnel. Il s'agit d'un féminicide.» et fait le parallèle avec le traitement des féminicides de Marie Trintignant et d'Alexia Daval, eux aussi euphémisés, rendant les victimes coresponsables de leurs morts[57] .
Notes et références
Notes
- 1 2 Les coordonnées sont 43° 59′ 25′′ N, 2° 03′ 11′′ E [70] .
Références
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- ↑ .
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Voir aussi
Bibliographie
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- Valentine Arama, Delphine Jubillar, une disparition: enquête au cœur d'un fait divers, Monaco, Paris, Éditions du Rocher, , 226p. (ISBN 978-2-268-10810-0) ; éd. mise à jour et augmentée, Éditions du Rocher-Litos, , 251 p. (ISBN 978-2-38506-137-1 et 978-2-38506-160-9, lire en ligne [画像:Accès limité]).
- Ronan Folgoas, Le mystère Jubillar: Enquête au cœur d'une disparition, Paris, Studiofact, , 310p. (ISBN 978-2-9580712-0-2 et 978-2-9580712-1-9, lire en ligne [画像:Accès limité]) ; éd. actualisée Le Livre de poche, (no 36828), , 308 p. (ISBN 978-2-253-94122-4).
- Elina Rostan, L'affaire Jubillar: Un crime parfait?, Paris, Fayard, coll.«Affaires criminelles», , 268p. (ISBN 978-2-213-73382-1 et 978-2-213-73272-5, lire en ligne [画像:Accès limité]).
Émissions radiophoniques
- Fabrice Drouelle, «Delphine Jubillar un féminicide sans corps», Affaires sensibles , sur radiofrance.fr , France Inter, .
- « L'affaire Delphine Jubillar : Rumeurs, soupçons et révélations » diffusé le dans Chroniques criminelles sur TF1.
- Les Voix du crime diffusée sur RTL revient en plusieurs épisodes sur l'affaire.
Articles connexes
Liens externes
- Notices d'autorité (pour Delphine Aussaguel)Voir et modifier les données sur Wikidata :