9 mai 2026
Le terme « cinéma asiatique » n’est qu’une commodité géographique. Derrière, des continents de styles, de tonalités, de ruptures. Il serait réducteur de le penser comme un bloc : il y a le lyrisme japonais, la nervosité coréenne, l’onirisme hongkongais, la spiritualité indienne, la radicalité taïwanaise...
Difficile de contourner l’ombre immense d’Akira Kurosawa.
Ozu, c’est l’art du silence habité. L’image semble à hauteur de tatami, la durée s’étire, l’émotion affleure.
Depuis le XXIe siècle, la Corée du Sud dynamite tous les genres – drame social, thriller, horreur, comédie – souvent dans le même film. Pourtant, un parfum de tragédie persiste, hérité d’une histoire secouée par la guerre et l’autoritarisme.
Trois films pour accompagner Apu de l’enfance à l’âge adulte, peindre la pauvreté mais aussi la grâce. 40 prix internationaux, dont l’Ours d’Argent à Berlin et le Lion d’Or à Venise.
| Pays | Film | Réalisateur | Année |
|---|---|---|---|
| Japon | Onibaba | Kaneto Shindô | 1964 |
| Chine | Adieu ma concubine | Chen Kaige | 1993 |
| Corée du Sud | Burning | Lee Chang-dong | 2018 |
| Inde | Pather Panchali | Satyajit Ray | 1955 |
| Vietnam | L’Odeur de la papaye verte | Tran Anh Hung | 1993 |
Regarder un classique asiatique, c’est parfois accepter un déplacement. Les récits ne s’enroulent pas toujours autour du héros ni sur les mêmes noces de cause à effet que ceux du panthéon hollywoodien. Chez Ozu ou Hou, il est d’usage de s’arrêter pour montrer la pluie qui tombe, l’attente, le vide aussi. L’émotion vient du surgissement, du détail — dans « In the Mood for Love », Maggie Cheung ajuste la manche de sa robe : tout est là, dans ce geste minuscule, où le désir se dit plus fort que les mots.
En France, le succès du cinéma asiatique s’est amorcé dans les festivals (Cannes, Berlin, Venise) puis dans les vidéoclubs et à travers la cinéphilie universitaire (CNC, CNC Culture). Depuis les années 2000, les plateformes relaient cette dynamique : Netflix a diffusé « Okja » (Bong Joon-ho) en 2017, et MUBI offre souvent de véritables rétrospectives.
Il y aurait cent autres titres à ajouter, tant le cinéma asiatique se renouvelle et se déploie. Mais ces classiques ont pour dénominateur commun la puissance du geste : invention d’un regard, choc d’une narration, capacité à retenir l’instant ou à le faire exploser. Ils sont une invitation à sortir du confort, à éprouver d’autres climats, d’autres rythmes, à se laisser submerger par ce qui fait la beauté radicale d’un art toujours en mouvement.
Pour prolonger l’expérience, on peut fouiller du côté de la Cinémathèque Française (cycles réguliers), plonger dans les bonus édités par Wild Side ou Carlotta Films, ou encore se perdre dans les analyses de Tony Rayns (historien et critique de référence sur la question).
Explorer les classiques du cinéma asiatique, c’est donc accepter d’être déplacé, bousculé — et, souvent, touché d’une façon nouvelle. Car il n’existe aucune frontière qui tienne face à la puissance d’une image juste, d’un plan qui palpite. Voilà bien toute la promesse de la Vidéosphère.