Aux temps modernes, une pensée de l’ici-bas est venue contester cette vision de là-haut. Les anges de l’apocalypse sont devenus les êtres-anges de l’histoire : étranges, en effet, car ils manifestent, par crises immanentes, la façon dont les temps historiques nous atteignent, nous étreignent directement. En 1939 et 1940, Walter Benjamin, penseur antifasciste alors aux abois, écrivit, quelques mois avant son suicide, un texte capital pour notre pensée contemporaine : ses « thèses » – qui n’en sont pas vraiment – « Sur le concept d’histoire ». Au centre de ce texte se trouve mise en scène la confrontation avec une simple image : la petite aquarelle de Paul Klee intitulée Angelus Novus. C’est l’allégorie d’un nouvel « ange de l’histoire ».
Ce livre – qui prolonge un questionnement ouvert dans Survivance des lucioles – tente d’interroger cet ange au prisme de son caractère enfantin mais aussi dialectique, de son rapport à la tradition – juive, en ce cas – autant qu’à l’imagination d’une philosophie de l’histoire capable de forger les motifs d’une possible espérance politique.