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Jeune Homme et Entremetteuse

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Jeune Homme et Entremetteuse
Artiste
Date
1658-1659
Type
Huile sur métal (cuivre)
Technique
Dimensions(H ×ばつ L ×ばつ l)
19 ×ばつ 29 ×ばつ 3 cmVoir et modifier les données sur Wikidata
Propriétaire
No d’inventaire
RF 1967 11
Localisation

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Jeune Homme et Entremetteuse est une peinture à l'huile sur cuivre réalisée vers 1658-1659 par le peintre flamand Michael Sweerts (1618-1664).

Description

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Cette petite peinture sur métal (cuivre), Jeune Homme et Entremetteuse, est l'une des œuvres les plus raffinées de la période tardive de Michael Sweerts. Datée généralement de 1658-1659, elle appartient à ces scènes de genre d'une grande subtilité psychologique, où l'artiste délaisse les compositions animées de sa période romaine pour des figures rapprochées, presque monumentales malgré leur petit format[1] .

L'œuvre montre deux personnages représentés à mi-corps, détachés sur un fond entièrement noir. À gauche, une vieille femme est vue de profil. Son visage, fortement marqué par l'âge, est traité avec un réalisme presque impitoyable : le nez aquilin, le menton proéminent, les rides profondes et la peau tendue soulignent les effets du temps. Elle porte une coiffe blanche soigneusement nouée et un fichu également blanc qui éclaire la partie gauche du tableau. Sa main droite repose familièrement sur l'épaule du jeune homme, geste qui suggère une certaine emprise.

Face à elle se tient un jeune homme élégamment vêtu, dont la jeunesse contraste vivement avec la vieillesse de sa compagne. Ses longs cheveux bruns tombent en boucles sur ses épaules. Son pourpoint brun doré est rehaussé d'un large col blanc rayé, noué par un ruban rouge discret. Son visage est éclairé par une lumière douce qui fait ressortir la finesse du modelé et la délicatesse de son teint. Le jeune homme ne regarde pas la vieille femme : son regard se porte vers la droite, hors du champ de la composition, comme s'il hésitait ou observait quelqu'un que le spectateur ne voit pas. Cette dissociation des regards crée une tension psychologique silencieuse.

Une scène pleine d'ambiguïté

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Le titre traditionnel identifie la vieille femme comme une entremetteuse, personnage fréquent dans la peinture hollandaise et flamande du XVIIe siècle. Elle servirait d'intermédiaire dans une transaction amoureuse ou galante, souvent contre rémunération. Le geste posé sur l'épaule du jeune homme pourrait être interprété comme une invitation, une persuasion ou même une forme de contrôle.

Cependant, Sweerts évite tout élément narratif explicite : aucune pièce de monnaie ; aucun geste équivoque et aucun personnage féminin convoité. L'action demeure suspendue. Cette retenue est caractéristique de l'art de Sweerts, qui préfère suggérer plutôt qu'expliquer.

Une remarquable étude psychologique

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Ce qui frappe avant tout est la qualité de l'observation humaine. La vieille femme n'est pas caricaturale. Malgré son physique accentué, elle conserve une présence digne, presque affectueuse. Son expression semble mêler la persuasion, l'expérience et peut-être une certaine bienveillance. Pour l'historienne de l'art Sabine Melchior-Bonnet si l'entremetteuse est passeuse de désir, elle ne l'incarne plus, mais en connaît le prix[2] . Pour Philippe Ménard, ce tableau de Sweerts donne une image saisissante de la « dame d'intrigue » des temps anciens[3] .

Le jeune homme, lui, paraît absorbé par ses pensées. Son visage exprime davantage l'hésitation que le désir. Cette intériorité rappelle plusieurs portraits peints par Sweerts dans les dernières années de sa carrière.

La lumière

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Comme souvent chez Sweerts, la lumière est discrète mais extrêmement maîtrisée. Elle vient de la gauche et modèle progressivement les volumes : les plis de la coiffe ; les rides du visage ; la main posée sur l'épaule ; les boucles des cheveux et le visage du jeune homme.

Le fond noir supprime toute distraction et concentre entièrement l'attention sur le dialogue silencieux entre les deux figures.

Une œuvre proche de Ter Borch

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Cette peinture fut autrefois attribuée à Gerard ter Borch, tant la finesse de l'exécution rappelle les maîtres hollandais. Pourtant, on retrouve ici plusieurs caractéristiques propres à Sweerts : une palette sobre et harmonieuse ; un clair-obscur doux, sans effets dramatiques ; une atmosphère méditative et une profonde humanité des personnages.

Loin des scènes moralisatrices souvent associées au thème de l'entremetteuse, Sweerts transforme ici un sujet traditionnel en une méditation sur l'âge, la jeunesse et les relations humaines.

L'ambiguïté confère toute la richesse au tableau. Rien n'y est démonstratif, ni anecdotique, tout reflète un instant suspendu, où les regards, les silences et un simple contact de la main racontent davantage que ne le ferait une scène plus narrative. Cette économie de moyens annonce, par certains aspects, la peinture intimiste hollandaise de la seconde moitié du XVIIe siècle.

Parcours du tableau

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Le parcours du tableau est relativement bien documenté à partir du début du XXe siècle, mais son histoire antérieure demeure inconnue. C'est d'ailleurs le cas de nombreuses œuvres de Michael Sweerts.

En 1910, l'œuvre entre dans la collection du marchand florentin Elia Volpi (1858-1938). Le tableau est vendu lors de la 3e vente Volpi, au Villino Volpi à Florence, le , sous le lot no 217. Il est alors attribué à Gerard ter Borch. Au plus tard 1952, il appartient au marchand parisien Charles Benedict (1899-1972). Une photographie conservée dans les archives de l'historien de l'art Hermann Voss montre que le tableau était déjà reconnu comme une œuvre de Sweerts. Dans les années 1950, il passe chez le marchand Joseph-Oscar Leegenhoek, également à Paris. Vers 1956-1958, il entre dans la collection du parisien Léon Salavin (1886-1976). En 1956, il est encore parfois présenté comme un Ter Borch, mais en 1958 il est déjà publié sous le nom de Michael Sweerts. En 1967, le musée du Louvre achète l'œuvre directement à Léon Salavin. Elle reçoit le numéro d'inventaire RF 1967-11[1] .

Lors de la vente Volpi en 1910, le tableau était considéré comme une œuvre de Gerard ter Borch, ce qui est compréhensible : la finesse du modelé, la sobriété chromatique et la délicatesse psychologique évoquent certains tableaux du maître hollandais. Elia Volpi ne se contentait pas de vendre des œuvres provenant de collections italiennes : il alimentait également ses ventes grâce à des achats effectués en Europe du Nord et auprès de collections anglaises. Il est donc tout à fait possible que ce petit cuivre n'ait jamais appartenu à une ancienne collection italienne et qu'il soit simplement passé entre les mains de Volpi avant sa vente de 1910.

Ce n'est qu'au milieu du XXe siècle, notamment grâce aux travaux de l'historien de l'art Karl-Ludwig Kultzen, grand spécialiste de Sweerts, que l'attribution à Michael Sweerts, s'est imposée. Cette réattribution a contribué à redécouvrir une partie de son œuvre, longtemps dispersée sous d'autres noms. Ce silence documentaire est assez fréquent chez Sweerts, dont beaucoup d'œuvres ne réapparaissent qu'au XIXe ou au début du XXe siècle.

Notes et références

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Références

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  1. 1 2 « Jeune Homme et entremetteuse », sur collections.louvre.fr, (consulté le ).
  2. Sabine Melchior-Bonnet, La Vie devant elle : Histoire de la femme de 50 ans, Paris, La Martinière, , 264 p. (ISBN 9782732473147, lire en ligne), p. 26-27.
  3. Philippe Ménard, Le rire et le sourire dans le roman courtois en France au moyen âge, 1150-1250, Paris, Librairie Droz, , 808 p. (ISBN 9782732473147, lire en ligne), p. 213.

Voir aussi

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Articles connexes

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Bibliographie

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  • Vitale Bloch, Michael Sweerts, La Haye, LJC Boucher, , 112p.

Liens externes

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