URL: https://linuxfr.org/users/zylabon/journaux/pourquoi-je-suis-libriste-integriste Title: Pourquoi je suis libriste intégriste. Authors: Zylabon Date: 2012年09月01日T00:59:13+02:00 License: CC By-SA Tags: prosélytisme, religion et éthique Score: 82 Bonjour à tous, Un petit billet d'humeur, sur le logiciel libre en général. Il est souvent difficile de garder la tête froide, pour une raison étrange, même lors des débats sur les sujets les plus techniques qui soient, on trouve toujours une majorité d'arguments d'ordre affectifs. C'est humain. Et j'ai ressenti le besoin d'exposer une prise de recul par rapport à ce débat. J'ai du mal à rester droit comme un I et à toujours garder les fondamentaux en permanence au premier plan quand je pense à des truc. Bref, _dignitas et gravitas_. # Pourquoi j'en utilise personnellement # Il y a deux raisons : * La première est sécuritaire, personne ne peut avoir confiance en un logiciel privateur plus qu'en un logiciel libre. Exécuter du code sur sa machine est acte de confiance, c'est comme prêter votre ordinateur à quelqu'un, sur votre session, voire carrément lui filer un accès root. Comme pratiquement toute l'activité économique de notre temps est mue par la cupidité, les entreprises ne servent pas leur clients, elles ne servent qu'elles mêmes, au dépend de leurs clients, s'il le faut. * La seconde est économique. J'aime considérer toute activité humaine à travers ce qu'elle apporte à l'humanité. Oui, je suis de gauche ! Le constat est simple. Le travail fourni pour produire une ligne de code d'un logiciel privateur est un travail qui ne pourra profiter qu'à ceux qui utiliseront ce logiciel privateur, ceux qui en auront droit, des privilégiés au sens premier du terme. Une ligne de code libre peut profiter à n'importe qui, le gain pour l'humanité est quasi nul dans un cas, et optimal dans l'autre. Les considérations financières (du style les développeurs doivent acheter à manger) ne sont pas pertinentes dans la mesure où notre système économique a un rendement absolument minable. L'écrasante majorité des travailleurs est pauvre, l'écrasante majorité des riches ne travaille pas (acheter et vendre du vent, ce n'est pas un travail). Il faut être fou pour se soucier de la température de l'eau du thé quand on est sur un bateau en train de couler. Intégriste... Non je ne pense pas l'être, le titre était provocateur. Il y a un cas où je peux en avoir l'air, c'est quand les choix de mes contemporains se heurtent aux miens ; c'est le cas si l'on m'envoie un fichier dans un format fermé, par exemple. Plus compliqué, c'est aussi le cas lorsque c'est la masse qui, plébiscitant une technologie liberticide, instaure un environnement hostile, le cas de Facebook, par exemple. Je n'ai aucun problème avec le fait que des gens aient envie de faire partie d'une communauté construite autour d'une entreprise, ça les regarde. Mais lorsque cette entreprise devient si grande qu'elle a un pied sur toutes les pages web, et que les gens se mettent à abandonner des réseaux de communication ouverts. C'est la différence qu'il y a entre une petite secte et une religion prosélyte. Les comportements individuels sont les mêmes, mais l'effet de masse change le résultat radicalement. Je ne sais pas comment me placer par rapport à ça. Par ailleurs, je pense qu'il est dommage de présenter le logiciel libre comme un concurrent au logiciel privateur, et de n'avoir que des considérations techniques et pratiques lors des comparaisons. Le problème est complexe et dépasse très largement le cadre de l'informatique, mais les principes, l'éthique, la morale, ça compte ! Nous, occidentaux, avons tous nos besoins physiologiques satisfaits pratiquement de fait ; nous avons la sûreté, la longévité, la santé, nous n'avons plus à nous soucier que de ça, de ces considérations idéologiques, et pourtant nous risquons de compromettre ces acquis, faute de le faire ! # Mauvaises raisons de ne pas en utiliser # * Le relativisme est dangereux. Par exemple, présenter le logiciel privateur simplement comme « une autre manière de voir les choses » et que donc toutes les choses sont égales en valeur (pour ensuite se déchirer à propos de futilités du genre _est-ce qu'il est plus lisible d'écrire ma_variable ou maVariable ?_). Si vous considérez que céder le contrôle d'une partie de votre ordinateur à une entreprise est équivalent à ne pas le faire, l'ordre des choses que l'on peut faire ou pas s'effondre, les mutilations génitales des nouveaux nés deviennent de simples traditions, le droit à la vie aussi, tout. J'avoue que j'ai des scrupules à écrire de telles choses en parlant de logiciels libres, mais le combat du logiciel libre est un petit cas particulier d'une tendance très générale. * Le désir de servilité et de soumission. Pour une raison que j'ignore (et que je perçois régulièrement en moi), les gens ont envie - voire besoin - d'avoir des maîtres. Entre deux choses parfaitement équivalentes, l'une laissant la liberté, l'autre la prenant, il y a des gens qui choisissent sciemment la seconde option, sans rien en retirer en retour. Et ces gens justifient leur choix avec des arguments de toutes sortes, d'une futilité outrageante devant les inconvénients du dit choix, mais ils sont là et zélés. # Il faut rendre le monde meilleur # Il fut un temps où le choix était un truc de riches. Les pauvres devaient survivre, les riches pouvaient s'amuser avec des coquetteries intellectuelles, comme respecter et défendre la liberté pour tous. Aujourd'hui on le peut tous (en occident au moins). Nous pouvons tous faire des choix relativement radicaux sans qu'ils remettent en cause ni notre survie, ni même notre sûreté. L'informatique est un domaine génial. Des machines mécaniques imbéciles font ce qu'on leur dit de faire, à une allure phénoménale ; elles peuvent traiter plus de données que le pourrait l'humanité entière en une fraction de seconde, et c'est à nous d'inventer ce qu'elles feront. Quand un objectif photographique de courte focale distord une image, on peut la détordre ! Vous vous rendez compte ? Les règles de l'optique disent qu'avec un capteur plat, les lignes droites sont tordues, rien à foutre, on les remet droites ! Nous ne savons pas faire de machines qui savent lire un brin d'ADN entier, pas grave, on en met 150 dans un mixeur, on lit chaque confetti et on reconstitue. Le jeu de l'informatique consiste souvent à hacker la réalité et, pour ce faire, il me semble indispensable de prendre beaucoup de recul. Il est bon d'être fou, de mépriser cette réalité artificielle qui finalement ne sert pas à grand chose. Comme tout un chacun, je peux faire tout un tas de choses modestement pour contribuer au bien-être général. Ça passe par la préférence de logiciels libres, et le fait de dire cette préférence à chaque fois que l'occasion se présente. Quand je vois quelqu'un invoquer de supposés défauts ergonomique de Gnome pour expliquer pourquoi il utilise Windows, je trouve ça absolument incroyable ! Je manque de mots ! Lorsque l'on a affaire à une entreprise dont la malhonnêteté et la nuisance est avérée, qu'est-ce qu'on en a à branler que le raccourci par défaut pour supprimer un fichier soit DEL ou C-DEL ? Je pense que le monde peut être un endroit chouette, et pour tout le monde. Je suis pleinement conscient que l'informatique libre ne permet de lutter que contre un petit symptôme d'un problème beaucoup plus fondamental, mais il se trouve que j'aime particulièrement l'informatique et que c'est de ça qu'on parle ici. Si mon dada était le droit constitutionnel, je serais probablement moins ridicule à écrire des choses dans cet esprit. Encore que, vu l'importance de l'informatique dans nos vies... le symptôme n'est probablement pas si anecdotique que ça.

AltStyle によって変換されたページ (->オリジナル) /