URL: https://linuxfr.org/users/titoxx69/journaux/pour-que-vive-lib%C3%A9ration Title: Pour que vive Libération Authors: François Obada Date: 2006年06月30日T14:15:42+02:00 Tags: Score: 0 Bonjour à tous. Je prends le risque d'écrire un journal public pour le bien d'un autre journal public, _Libération_, qui traverse une période difficile. Ceci est un appel à tous les citoyens, de tous bords politiques, pour soutenir _Libération_ et tous les journaux en général, pour soutenir la liberté de et la vitalité la presse, symbole d'une démocratie vivante. **La petite histoire de _Libération_** _Libération_ [1] est né en 1973 de l'initiative de Jean-Paul Sartre et de Serge July entre autres. Quotidien fait de bric et de broc, à la ligne politique bien à gauche, _Libération_ a eu le mérite de susciter le débat sur certaines questions taboues ou méconnues, notamment l'IVG, le clonage thérapeutique, le combat des sans-papiers à l'époque des lois Debré, l'expulsion des enfants scolarisés et de leurs parents. Il a également soutenu le combat des féministes, l'association SOS-Racisme, en leur faisant bénéficier d'un traîtement de faveur malgré son indépendance. En 1983, _Libération_ cesse de paraître puis revient dans les kiosques avec l'aide d'actionnaires extérieurs au journal. _Libération_ s'essaie à la télévision, à la radio, à un deuxième quotidien, avant d'y renoncer, rattrapé par la réalité financière. Les crises au sein de la rédaction se sont succédées : l'entrées de nouveaux actionnaires dans le capital, les premiers plans de restructuration et de licenciements, l'enlèvement de Florence Aubenas, les prises de positions de Serge July en faveur de la constitution européenne, les grèves. Pourtant, _Libération_ survit et ressort renforcé des crises, renforcé par une identité que renient certains ultra, mais dans laquelle se reconnaissent des lecteurs de toutes tendances politiques. **La situation actuelle** Serge July, co-fondateur et président du journal, a su faire évoluer _Libération_ à travers les époques, les modes et les crises, tout en étant le garant de son indépendance. Mais hier, July a démissionné à la demande de l'actionnaire de référence, Édouard de Rotschild. Les pertes de _Libération_ au premier trimestre 2006 ont été presque cinq fois plus importantes que prévues, et le quotidien est menacé de faillite. Rotschild a conditionné une recapitalisation du journal à la démission de July et de Louis Dreyfus, directeur général, avec lesquels il était en désaccord sur la manière de faire évoluer _Libération_. Dans sa lettre de démission [2], parue dans l'édition d'aujourd'hui, Serge July rappelle que _Libération_ a été le premier quotidien français à paraître en intégralité sur Internet, que Libération reste le deuxième site d'information le plus visité du Web francophone avec 200 000 visites quotidiennes. Mais malgré son million de lecteurs, _Libération_ dépend à 90% des ventes de l'édition papier, qui stagnent à 140 000 exemplaires. Certains problèmes de _Libération_ sont communs à l'ensemble de la presse et des médias, qui doivent faire face à la transformation des habitudes de leurs lecteurs et auditeurs. Internet leur est à la fois bénéficiaire et préjudiciable. **À titre personnel** Je me souviens de la première fois où j'ai acheté _Libération_, à 16 ans. C'était un 12 septembre 2001, le lendemain des attentats. Je passais alors devant le kiosque à journaux des Cordeliers, et je n'arrivais pas à réaliser ce qui s'était passé la veille. J'ai voulu acheter un journal pour essayer de comprendre, de percevoir la dimention de l'évènement : _Libération_ s'imposait à mon regard parmi d'autres titres qui m'étaient alors inconnus. En cinq ans, j'ai appris à connaître _Libé_, sa maquette, ses journalistes, son style. C'est avec ce journal que j'ai appris à aimer la liberté de la presse, à apprécier le travail des journalistes qu'on accuse bien souvent de tous les maux, mais dont on ne saurais envier les conditions dans lesquelles certains exercent leurs métiers. Depuis cinq ans maintenant, je me rends chaque matin au marchand de journaux pour acheter le _Libé_ du jour, gentilment mis de côté. C'est devenu un rituel : la petite surprise du titre du jour, le regard qui se pose sur la dernière page à la recherche du portrait, le dessin de Willem, la chronique judiciaire du lundi, les critiques rocks du vendredi, les tribunes, etc. Je n'ai pas été toujours d'accord avec les prises de position du journal, je n'ai d'ailleurs pas renoncé à exercer mon sens critique, mais je me suis attaché à ce journal pour ses valeurs, dans lesquelles moi et bien d'autres personnes nous reconnaissons, malgré nos opinions politiques. C'est en lisant _Libé_ que j'ai été tantôt dégoûté de la politique, tantôt passionné. Et il en va de la politique comme de bien d'autres sujets. Acheter _Libé_ tous les jours me coûte presque 30¤/mois, une somme pas si négligeable dans un budget d'étudiant. Et pourtant, je ne renoncerais jamais à lire _mon_ journal avec le café du matin ou dans les transports. **Les raisons de ce journal public** J'écris ce journal pour vous informer sur la situation d'un quotidien indépendant en danger. À l'inverse d'autres titres de la presse, _Libération_ n'a pas de marchand de canons comme bailleur de fond. Ses actionnaires successifs n'ont jamais visé ni la rentabilité immédiate, ni l'autopromotion et l'autocensure. Jusqu'à aujourd'hui, July a imposé le respect de l'indépendance éditoriale aux actionnaires extérieurs qui venaient recapitaliser le quotidien mal en point. Certains l'accusent d'avoir trahi ses idéaux d'antan, d'autres (dont j'en suis) lui sont reconnaissant d'avoir ouvert le journal à toutes les sensibilités de gauche, du communisme à la social-démocratie, et même au-delà. _Libération_ ne disparaîtra pas, mais _Libération_ a besoin de votre soutien. Soutien symbolique ou financier, l'un est aussi important que l'autre. Certains d'entre vous abhorrent ce « torchon pseudo-intellectuel de gauchiste », et je ne souhaite pas vous faire changer d'avis. Mais la diversité et la liberté de la presse dépend de la survie de titres indépendants et de tous bords. Si jamais _le Figaro_ ou _la Croix_ devaient disparaître, je les soutiendrais, non pour eux-mêmes, mais pour la pluralité, la différence. _Libération_ a été souvent cité dans des journaux sur _LinuxFR_. On peut en déduire qu'un certain nombre d'entre vous consultent son site Internet, d'autres peut être le lisent sur papier. _Libération_ s'est régulièrement fait l'écho du logiciel libre et de l'informatique libre en général, grâce à ses journalistes engagés et passionnés : citons notamment Florent Latrive, auteur de l'essai « Du bon usage de la piraterie », ou Christophe Alix, qui ont souvent consacré leurs colonnes à GNU/Linux, Wikipédia, etc. Libre à vous d'apprécier. C'est pour toutes les raisons précédemment citées, que je vous invite à apporter vos commentaires sur ce journal, son évolution, ce que vous en pensez. Une pétition de soutien est d'ailleurs disponible sur Internet [3]. Si l'on devait résumer Libération, ce serait une question : _pourquoi pas ?_ [1] Libération : [http://www.liberation.fr/](http://www.liberation.fr/) [2] « Je m'adresse à vous pour la dernière fois » : [http://www.liberation.fr/page.php?Article=394257](http://www.liberation.fr/page.php?Article=394257) [3] Pétition de soutien : [http://www.leslecteursdeliberation.com/](http://www.leslecteursdeliberation.com/)

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