URL: https://linuxfr.org/users/thamieu/journaux/projet-pour-une-presse-libre Title: Projet pour une presse libre Authors: thamieu Date: 2015年01月08日T23:49:54+01:00 License: CC By-SA Tags: le_monde_diplomatique, salaire, économie, libre, hadopi, acta et tafta Score: 16 Projet pour une presse libre ============================ Très cher Nal, Un drame comme celui d'hier serait encore plus tragique s'il n'était point récupéré, aussi quelques opportunistes savent se saisir des atrocités pour nous enfiler un peu plus ; comme pour donner du sens à un évènement qui en était jusque là vide. Par exemple notre brave ministre culture-comm' s'est empressée de promettre de « changer les textes » qui régissent les aides à la presse. Alors que des figures emblématiques du canard comme Charb contraintes de quémender régulièrement dans d'autres médias pour boucler les budgets, c'est au lendemain de leur massacre que notre gouvernement [se pose la question](http://lci.tf1.fr/france/societe/pellerin-veut-debloquer-un-million-d-euros-pour-aider-charlie-8544417.html) « d'assurer la pérennité » (ce sont les mots de mme Pellerin) d'un Charlie Hebdo aux rangs décimés. L'opportuniste sait aussi canaliser les énergies du peuple contre lui-même. Pour cela, sa manière de procéder est fort simple : identifier les victimes à notre brave patrie, identifier les assassins à un groupe, faire porter le chapeau à se groupe, et le jeter à la vindicte populaire. Avec un large relai médiatique, c'est encore plus facile, l'opportuniste entraînant dans son sillage benêts et perroquets au milieu desquels il se dissimulera. En désignant le groupe, l'opportuniste, le benêt et le perroquet (sans que l'on ne soit jamais sûr duquel il s'agit) l'exclu *a priori* de la population des braves gens, et lui tient à peu près ce langage : « toi, groupe, tu dois condamner cet attentat, ou tu es avec les terroristes ». Il en est ainsi de monsieur Philippe Val, qui dans [son délire](https://www.youtube.com/watch?v=TppDteERS6Q) (la douleur, sans doute) « du fond du coeur » appelle les « musulmans de France » qui « ont peur de ce qu'il se passe dans [leur] communauté » d'être « avec nous ». Cette pernicieuse injonction est particulièrement rusée (ou stupide, ou facile à répéter) car si le groupe se positionne dans ce dilemme, l'opportuniste atteint son but. En répondant à cette injonction par une condamnation, il légitime l'injonction et donc sa propre assimilation aux auteurs de l'attentat. Un refus de condamnation sera quant à lui immanquablement interprété comme une adhésion à l'acte et donc, en l'espèce, un aveu. Puissant, hein ? Bref, si je prennais le clavier, Nal, c'était parce que je connais ton intérêt pour les méthodes de financement qui seraient susceptibles de te permettre de sortir de l'impasse économique dans laquelle tu es. On l'avait vu avec les débats mélodieux sur la contribution créative ou le mécénat global, les échanges décomplexés sur le financement participatif ou les crypto-monnaies, ta soif insatiable pour les récits des valeureux entrepreneurs portant sur leurs modèles économiques. Aussi je voulais te parler d'un [projet pour une presse libre](http://www.monde-diplomatique.fr/2014/12/RIMBERT/51030), article du Monde Diplomatique de décembre dernier sur lequel je suis tombé tout à l'heure. Bizarrement, lorsqu'on se pose la question du financement de la presse, les médias télévisés et radios sont prompt à nous chanter les louanges de Mediapart. Ils ne questionnent pas tellement la propriété lucrative de la presse par quelques grands groupes, et le versement de nos impôts pour assurer la rente de ceux qui détiennent le pouvoir médiatique, malgré l'indéniable incompatibilité du travail d'information avec la loi de l'offre et la demande. Hé bien accroche-toi à ton slibard parce que ça envoie du bois ! On ferait bien de s'en inspirer si on veut produire de l'informatique libre (j'entends par là pas seulement développer, mais aussi concevoir, traduire, enseigner... contribuer à des projets de logiciel ou de matériel libre, quoi !) affranchi de la publicité et des aides sociales. Accessoirement, et par une heureuse anticipation, cet article apporte une clé pour comprendre les propos de Fleur Pellerin rapportés plus haut. Alors Nal, toi qui possède ton outil de travail (ton ordinateur, probablement), une bonne capacité à te mobiliser (comme contre la Hadopi, Acta ou Tafta), un nécessaire sens critique et une indispensable aspiration à décider de ton travail, que penses-tu de ce projet de cotisation information ? Oserais-tu la transposer en une cotisation informatique libre ?