URL: https://linuxfr.org/users/steckdenis/journaux/pourquoi-jutilise-et-utiliserai-kde-et-koffice-2 Title: Pourquoi j'utilise et utiliserai KDE et KOffice 2 Authors: steckdenis Date: 2009年10月17日T23:05:40+02:00 Tags: openoffice Score: 50 Bonjour, Sous ce titre particulièrement trollesque, je vais tenter de donner de véritables arguments en faveurs de deux grosses pièces du Logiciel Libre que j'utilise, c'est à dire KDE et KOffice. Oui, le premier comprend le deuxième, mais on va dire que par "KDE", j'entends l'environnement lui-même. KOffice tourne sous Windows, Mac, avec GNOME, Xfce, etc. **Oublier ce qu'on connaît** Qui n'a pas déjà testé un nouveau programme, et n'a pas aimé le fait de devoir perdre ses habitudes ? Avec les deux logiciels que je cite, c'est encore plus fort. Quand j'ai testé KDE pour la première fois, j'ai failli en être dégoûté. Quand j'ai testé KOffice 2 pour la première fois, je l'ai désinstallé. C'est ainsi que fonctionne l'être humain : il s'adapte à quelque-chose, et ne veut plus en changer. Ce phénomène est encore accentué dans l'informatique car les notions sont bien plus complexes. Passer d'un stylo à un bic est embêtant, mais on s'y fait vite. Passer de Windows à Linux prend des mois. **Tout refaire, tout repenser** Ce que j'admire dans le projet KDE est de se baser sur rien du tout (contrairement au troll velu disant que KDE copie Windows). Quand les développeurs ont conçu KDE 4, ils ne se sont pas dit «Comment ils font ?», mais bien «Comment ça devrait être fait». C'est d'ailleurs un mouvement à la mode, GNOME 3 reprenant la même idée. Je vais commencer par KOffice. Alors que OpenOffice.org copie l'interface de MS Office, et que les autres suites de traitement de texte se ressemblent, KOffice est **totalement** différent, vraiment. Dans KOffice, on a de petits fenêtres dockables comme on souhaite, qu'on peut balader n'importe où. La différence «Tâche/Programme» est également floue. J'en reparlerai plus tard. L'environnement de bureau KDE lui-même est assez bien différent aussi. Oui, il y a une barre en bas de l'écran, mais honnêtement, avant KDE 4 (ou 3.5, ça dépend d'où on commence), vous imaginiez mettre le menu K sur le bureau et supprimer le dock ? Ça vous disait quelque-chose d'avoir un client IRC sur votre écran de veille ? Oui, peut-être qu'un gestionnaire de fenêtre ou environnement quelconque faisait ça, mais ici, c'est du grand publique. **L'intégration est primordiale** C'est un fait reconnu, KDE aime intégrer. D'une part l'utilisateur aime bien (et j'expliquerai pourquoi), mais d'une autre part ça permet au programmeur de moins travailler. KDevelop par exemple réutilise Kate pour afficher du texte, et propose une Konsole pour lancer des commandes. Konqueror peut afficher un aperçu de textes dans Kate, Kate peut contenir une Konsole, etc. Ainsi, où qu'il soit, l'utilisateur pourra voir un fichier de texte, ou lancer des commandes. Il aime. Le développeur, quant à lui, n'a pas besoin de recoder un éditeur de texte ou un émulateur de terminal. Imaginez que vous vous baladez dans un dossier, on va dire ~/Documents. Soudain, vous voyez un magnifique fichier .odt. Vous souhaitez l'ouvrir pour vite changer quelque-chose dedans, et vous utilisez Konqueror. Clic droit»Aperçu avec...»Composant KWord. Voilà, vous avez une fenêtre KWord intégrée dans Konqueror, partageant ses barres d'outils. Vous pouvez faire avec ce fichier tout ce que vous faites avec KWord, vous pouvez également utiliser Konqueror comme avant. Vous pouvez par exemple bookmarker votre fichier ! Cette intégration dans KDE est formidable et permet vraiment de travailler très vite. Mon exemple est tordu, mais imaginez qu'une moule sur Linuxfr vous donne un lien vers un fichier .odt. Vous n'avez pas envie de le télécharger, de trouver où le mettre, d'ouvrir votre gestionnaire de fichiers, de cliquer dessus, de charger un programme. Non, là aussi, Clic droit»Aperçu avec le composant KWord vous l'affiche dans Konqueror. Si vous faites un clic-droit»Ouvrir dans un nouvel onglet, le composant KWord sera automatiquement utilisé. Pas besoin d'ouvrir des fenêtres, c'est rapide et efficace. Du côté de KOffice maintenant, où on remarque encore une fois cette magnifique signature du projet KDE. Je démarre Krita, l'éditeur d'images. Je dessine tranquillement, puis veut intégrer un texte. Je clique sur le bouton qui va bien, et tape mon texte ... dans KWord ! Non, une fenêtre ne s'est pas réouverte. Simplement, quand j'édite ma zone de texte, les barres d'outils et les fenêtres dockables changeant et s'adaptent au mode d'édition de texte. Je peux mettre des styles, de la mise en forme, insérer des graphiques, et tout ce que je fais avec un traitement de texte ... dans une image. Prenons KWord, et insérons-y une image. Si je clique dessus, opération inverse, je me retrouve avec une interface «Kritarienne». Si j'avais insérer une feuille de calcul, j'aurais également pu la modifier, la scripter, etc. KDE a la réputation d'usine à gaz ne respectant pas la philosophie UNIX, mais en fait si, il la respecte et est même l'exemple. Aucune application graphique ne la respecte mieux. L'éditeur de texte est un éditeur, il ne fait que ça, mais il le fait bien. Konqueror est un shell, qui peut «lancer» (c'est à dire incorporer) l'éditeur de texte, comme il peut incorporer KWord, Okular et tout un tas de programmes. Donc non, Konqueror n'est pas un couteau suisse lourdinge, c'est un puissant shell graphique permettant d'assembler des composants entre eux. L'atout d'UNIX était le pipe, permettant de relier des commandes («cat fichier | grep truc | wc -l»). Konqueror permet également de lier les composants entre eux (aller sur un site, ouvrir un lien vers un .odt dans un nouvel onglet, afficher le fichier .pdf qu'il contient dans Okular, enregistrer une page comme image, la traiter dans Krita, y incorporer du texte et des graphiques, et mettre le tout dans une feuille de calcul, imprimée par la suite). **Pourquoi j'aime l'environnement (Plasma, etc)** Il existe plusieurs types d'utilisateurs. La «Madame Michu» et le geek, ainsi que tous ceux entre ces deux extrêmes. Madame Michu n'aime pas configurer, veut que ça «juste-marche». Le geek par contre veut que tout se comporte exactement comme il veut. Quand on démarre KDE pour la première fois, l'environnement fonctionne et est prêt à être utilisé. Tous les mécanismes d'intégration marchent. C'est valable également pour la version SVN, donc c'est indépendant de la distribution. La Madame Michu est comblée, elle peut directement lancer son traitement de texte, son navigateur web, etc. Plasma entre ensuite en jeu. Si le geek aime l'interface de GNOME, pas de problèmes. On met un deuxième dock en haut, on les rétrécis, on déplace/ajoute/supprime des widgets à tout vas, et on arrive à avoir un truc qui ressemble et se comporte comme GNOME. Si le geek n'aime pas le menu K, il peut le changer. Le menu classique est très clair et très efficace. Il existe aussi le méconnu Lancelot, un peu difficile à appréhender (il faut dire qu'il est plus que complet), mais dont on ne sait plus se passer. Ensuite, on peut peupler le bureau, y placer des widgets, y afficher la météo, une page web, des fichiers, etc. On peut le faire se comporter comme un fond d'écran, un diaporama, une fenêtre sur l'extérieur (en fonction de la météo, il affiche des photos différentes), un script, des fractals, un globe terrestre, et, depuis KDE 4.4, un magnifique shell affichant, à la place des icônes, les catégories disponibles. Quand on clique par exemple sur «Internet», ça affiche le contenu de cette catégorie. Ça mérite [un screenshot tellement c'est bien pensé](http://logram-project.org/sites/default/files/PlasmaSearch.png). Bref, plasma est très souple et permet de faire tout ce qu'on veut de lui. Il propose plein de fonctionnalité dont on ne sait plus se passer ensuite (rien que par exemple Alt+F2 qui permet de faire des calculs, ou alors Lancelot qui m'affiche mes mails non-lu (intégration KDE inside)). Petit exemple au passage : quand je tape un texte, j'appuie souvent sur Control+S pour l'enregistrer. Il m'est arrivé plusieurs fois d'appuyer sans le vouloir sur Control+Q, et d'avoir une boîte de dialogue qui gêne mon travail. Dans le menu configuration, on peut changer les raccourcis clavier. J'ai supprimé Control+Q, je suis tranquille. Ça existe dans toutes les applications KDE ! **Pourquoi j'aime KOffice** Du côté de KOffice, c'est clairement l'intégration que je préfère. Lancer une des applications de KOffice est en fait spécifier quel type principal de document on va gérer. Si je veux taper du texte, contenant des images, j'utiliserai KWord. Si je veux créer une image, contenant du texte, c'est Krita que je vais utiliser. Si je veux que le tout soit dans une feuille de calcul, je peux lancer KSpread. La paresse des développeurs est également excellente, comme dit plus haut. Chaque application peut gérer les fichiers de tous les autres, et l'interface est ingénieuse. Un truc que j'ai bien aimé, dans Krita, est l'outil de peinture. On sélectionne et configure son outil (par exemple un spray, un pinceau, etc), puis on l'utilise avec ce qu'on veut. Je peux tracer des cercles, rectangles, courbes, des lignes à la main, avec cet outil, sans devoir le reconfigurer à chaque fois. Mon premier titre est «Oublier ce qu'on connaît», et c'est typiquement dans KOffice que ça s'applique. Si vous lancez KOffice en voulant l'utiliser comme MS Office ou OpenOffice.org, vous n'allez pas aimer. Non, il faut faire le vide dans sa tête. Ensuite, pour chaque tâche, se dire «Comment je ferais ça si je ne connaissais rien à la bureautique». Les éléments se suivent et se trouvent là où on les attends, tout est particulièrement ergonomique. Par exemple, j'ai tapé une ligne de texte dans KWord. Je veux que ce soit un titre. Non ! Pas penser «Mettre en gras, 32px, souligné». On va simplement dans la fenêtre dockable «style», on sélectionne «titre de document», on clique sur le bouton plus. Pourquoi devoir cliquer sur ce plus ? C'est inergonomique ! Et bien non, c'est tout à fait logique. Un élément peut avoir plusieurs styles. Il peut par exemple être «mis en avant» et «titre», ou «titre de niveau 2» et «premier titre de la page» ou «titre d'un élément que les connaisseurs peuvent sauter». C'est comme en CSS, les styles s'appliquent les uns après les autres au texte. Passer un document d'un style à un autre devient enfantin. Si on veut que tous les titres soient affichés en bleu, on change un paramètre. Les 1000 pages de document s'adapteront. Si on veut que les titres «peu importants» soient italiques et légèrement plus clairs, on change les options. Ils seront bleus, comme tous les titres, mais seront également en italique et légèrement plus clairs. De même pour les autres programmes. Dans une feuille de calcul, je veux créer un graphique. Habitude de MS Office : chercher le bouton dans la barre d'outils. Méthode KOffice : glisser-déposer un élément de type «Graphique» depuis la fenêtre dockable «Éléments». Ensuite, cliquer dessus, et le modifier comme on veut (en y ajoutant des colonnes, en l'adaptant, etc). **Le tout est avancé technologiquement et beau** Avertissement : on entre dans le subjectif et le trollesque. Sortez le trollomètre ! En plus d'une belle intégration entre les composants, ces composants eux-même sont complets et très avancés technologiquements. N'oubliez pas une dépêche récente annonçant la sortie de «simon», un logiciel de reconnaissance vocale pour KDE qui permet de contrôler son bureau à la voix. KTTS permet l'inverse : lire l'interface. Outre ces «gadgets de l'an 3000», il y a aussi des fonctions dont on oublie qu'elles sont avancées, comme par exemple le globe terrestre en fond d'écran (qu'on peut au passage bouger et zoomer avec la souris, oui oui, un papier peint interactif !). Les KIO, qui permettent à toute application KDE d'ouvrir tout fichier, sont très utiles. Pas plus tard que ce matin, j'ai du récupérer le logo de Initng. Facile, je vais sur son site, clique droit sur la bannière, copie le lien, ouvre Krita, clique sur l'onglet «Ouvrir un document», et colle mon lien. Oui, c'était du http, distant, sur un serveur inconnu. Néanmoins, Krita m'as ouvert l'image, que j'ai pu modifier. À l'enregistrement, il m'a gentiment proposé de l'enregistrer dans mon dossier d'images, ce que j'ai fait. J'ai ainsi pu récupérer en toute facilité une icône de 32x32 représentant le i dans un rond d'allumage, le logo de Init-ng. J'ai un serveur dédié, sur lequel se trouvent pas mal de fichiers, dont des scripts PHP. J'ai un jour du en modifier rapidement un. J'ouvre mon fidèle Konqueror (ça marche aussi avec Dolphin), entre l'url «fish://steckdenis@logram-project.org/», tape mon mot de passe, et accède à mon dossier personnel. J'édite le fichier dans Kate (en cliquant dessus, comme si j'étais en local), clique sur le familier bouton «Enregistrer», et voilà. Je réactualise ma page, je vois que le changement est appliqué. Retournons à Plasma. Une des nouveautés de la version 4.4 sera les widgets distants. Cela permettra de partager sur un réseau ses widgets. Je n'ai pas encore beaucoup d'informations là-dessus (je n'ai pas deux ordinateurs faisant tourner KDE 4.3.50 pour tester), mais il me semble que ça permettra d'afficher sur mon ordinateur un widget de notes, ainsi que sur celui de ma mère. Quand elle aura une question à poser, elle n'aura qu'à écrire dedans, moi à lui répondre. Oui, c'est comme un chat, mais ça s'applique à tous les widgets. Imaginez partager avec vos amis la chanson que vous écoutez, c'est possible, en passant par internet, avec ces widgets distants. Un journal est passé aux alentours du début du mois avec comme sujet une nouvelle passée sur le dot de KDE montrant la liste des projets du Google Summer of Code et leur état. Une trentaine de projets ont été présentés, dont pas mal d'intéressants. Celui qui m'a le plus supris est un système de filtres pour Akonadi, donc KMail. Il permet d'exécuter plein d'actions en fonction d'un mail, comme par exemple «Si ce mail vient de mon patron, l'enregistrer dans le dossier "travail" et jouer un son. Afficher également une notification». Ça existe peut-être dans d'autres clients mails, mais avec Akonadi, ce qui est excellent, c'est que ça marchera même si le client mail est éteint. En effet, Akonadi est une de ces technologies que j'aime : totalement différente et nouvelle, particulièrement utile. C'est un serveur d'informations personnelles. Il est lancé en même temps que KDE, et s'occupe de relever le courrier, de surveiller vos contacts Jabber, de récupérer vos flux RSS, etc. Il existe ensuite des applications client, accédant à ses informations. N'importe quelle application (dont le menu Lancelot) peut demander la liste des mails qui sont arrivés, afficher les contacts en ligne, lister des contacts, etc. De plus, la synchronisation est assurée. Si je modifie un contact dans KMail, il sera mis à jour instantanément dans KAddressBook. **Conclusion** Ce journal n'a pas pour but de lancer un troll, c'est juste un énorme retour d'expérience d'un utilisateur heureux de KDE 4, depuis plus d'un an. Je l'ai vu évoluer, et l'apprécie de plus en plus. C'est vraiment un environnement de bureau d'exception, étendard du Libre, permettant, si correctement présenté, de faire venir beaucoup de monde sous Linux (car sous Windows, KDE n'est plus vraiment KDE). C'est également un plaisir d'avoir son ordinateur sous ses ordres, au lieu d'être sous les ordres de son ordinateur. KDE est également un solide rock qui permettra, si trop de gens hurlent que Windows 7 déchire tout, de leur dire «Oui, mais regardez comme ceci est largement mieux». Ils ne vont peut-être pas venir, mais ils vont au moins se calmer. Sinon, KDE s'utilise rapidement, et est très efficace. Il faut juste prendre le temps de le découvrir, lui laisser sa chance. Ce n'est pas parce qu'un bouton n'est pas là où il devrait que KDE est nul. Un exemple personnel : je voulais changer la couleur des décorations de fenêtres, parce que j'en avais marre du blanc. J'ai cherché, mais pas trouvé. Je me rappelais alors combien c'était simple sous Vista (Apparence»Fenêtres, c'est à peu près le seul truc qu'on peut changer). Un jour, j'ai réessayé, en me disant «Si j'étais logique, où j'aurais mis ça». Je vais dans Apparence, puis dans Couleurs, changer les couleurs, je sélectionne «Couleur des décorations de fenêtres», change, ça marche. Brillant exemple qu'il faut vraiment se fier à l'ergonomie du machin, pas à ce qu'on sait déjà. Voilà, vous avez mon avis. Vivement KDE 4.4 qu'on puisse bien tester tout ça, mais la version 4.3 est déjà largement plus qu'utilisable (je l'utilise). Je vous encourage en particulier à prendre une trentaine de minutes pour tester KOffice, ça vaut vraiment le détour de voir ce qui se fait ailleurs. Ça vous fera comme la première fois où vous avez testé Linux, en ayant connu Windows ou Mac OS.