URL: https://linuxfr.org/users/small_duck/journaux/ubuntu-touch-sur-bq-aquarius-revue-de-detail Title: Ubuntu Touch sur BQ Aquarius - Revue de détail Authors: small_duck Date: 2015年06月10日T00:10:13+02:00 License: CC By-SA Tags: ubuntu, smartphone, ordiphone, firefox et postgresql Score: 36 Ayant enfin décidé de sauter le pas et de me mettre aux smartphones, je me suis décidé pour un BQ Aquarius Ubuntu Edition. Je voulais un système supporté par le constructeur et qui vienne pré-installé, afin d'avoir quelque chose d'immédiatement utilisable, quitte à bidouiller après. # La bête # C'est un beau téléphone, suffisamment fin, pas trop grand (4.5 pouces), et plutôt élégant, avec juste deux boutons sur le côté pour l'allumer et pour régler le volume. Il est doté de deux emplacements mini-SIM et d'un emplacement pour carte microSD. À l'allumage, l'on découvre le logo Ubuntu, puis un tutoriel explique rapidement les gestes: pas de boutons physiques comme l'iphone, ni de boutons virtuels comme Android, l'on peut tirer du bord droit de l'écran pour faire apparaître toutes les applications ouvertes sous forme de tuiles, du bord gauche pour faire revenir le menu principal, et du haut pour la barre d'état. Il semble également standard pour les applications de fournir un menu contextuel qui se tire depuis le bord du bas, pour par exemple commencer à écrire un nouvel e-mail. En tirant un petit peu de la gauche, c'est la barre des tâches Unity qui apparaît. C'est fluide, joli, et plutôt bien pensé. En revanche, j'imagine que cela limite l'utilisation de ces gestes dans les applications elles-mêmes. # Bah alors, bouge toi un peu! # C'est la première surprise lorsque l'on commence à démarrer les applications: ça prend du temps. Compter 3 à 4 secondes en moyenne, même pour téléphoner. J'ai mis un Nexus 4 avec Android à côté pour comparer, et il n'y a pas photo. Dans les faits, il faut surtout ne pas fermer ses applications, pour qu'elles soient disponibles rapidement. # Les apps # C'est là que le bât blesse. L'Ubuntu Store est vraiment tout petit. Si petit que l'on peut probablement feuilleter toutes les applications en une petite heure. Cannonical s'est dépêché d'empaqueter Twitter, Facebook et Gmail dans des conteneurs Web, mais c'est un peu léger. Mention spéciale cependant à ZeptoLab qui fournit une version encore incomplète de Cut The Rope, mais qui a le mérite d'exister. Mention spéciale également à ces apps encore jeunes mais pleines de promesses, et qui rendent le téléphone utilisable: le client de courriel "Dekko", l’agrégateur de flux RSS "Shorts", le visualiseur de cartes Open Street Map "OSMTouch". L'on notera que ces applications sont libres, généralement GLP3. L'Ubuntu Store se indique clairement la licence. Quelque part, l'on retrouve l'atmosphère des premiers jours Linux, sans idéaliser non plus: beaucoup d'enthousiasme, des applications un peu bancales et un peu plantogènes mais férocement libres et très ouvertes sur la communauté, développées par des passionnés. Je me suis mis à l'Ubunutu Phone en connaissance de cause, parce que je savais que je ne serais pas un grand utilisateur d'apps. Mes regrets, cependant: - Pas de Firefox. Il faut utiliser le navigateur développé par Cannonical, qui n'est pas (encore?) à la hauteur - Pas de BBC Weather - Les applications de base, SMS, musique et vidéo sont limitées (pas de brouillon pour les SMS, par exemple). # Les scopes - Mais qu'est-ce qui leur a pris? # Canonical promet que le manque criant d'apps est résolu par les scopes: les scopes, ce sont des espèces de mini-applications Web qui remplissent une fonction simple avec interactivité limitée: affichage de la météo, affichage des vidéos disponibles sur le téléphone, affichage de votre statut sur divers réseaux sociaux... Personnellement, je n'en vois pas l'utilité. Pire, les scopes donnent l'impression que Canonical peut se permettre de bâcler les applications natives: ainsi, il n'est pas possible d'ouvrir une vidéo depuis l'application vidéo. Il faut d'abord ouvrir le scope vidéo, puis choisir ce que l'on veut visionner, ce qui démarrera l'app. Quelle horreur... # Le terminal # Là où l'Ubuntu Phone se rattrape, du moins pour le geek qui m'habite, c'est par l'ouverture. L'application Terminal permet de retrouver un environnement GNU/Linux habituel, l'on pourra faire tourner "top", "df" ou encore "free" sur son téléphone pour garder un oeil sur les performances, ou un petit "vim.tiny" pour bidouiller les fichiers de config de Dekko pour faire fonctionner l'IMAP avec OVH. Un "apt search" plus tard, et l'on se rendra compte qu'il est possible d'installer pléthore d'applications depuis les stores Ubuntu (modulo l'environnement graphique, bien sûr, qui n'est pas compatible). L'installation d'applications directement via apt n'est pas supporté, ce qui n'empêche pas d'essayer. Je me tâte pour installer un serveur Postgresql sur son téléphone, juste pour le principe. Une proportion non-négligeable d'applications sont libres. En particulier, Canonical organise la communauté autour du développement des "Core Apps", qui sont les applications qui sont ou seront livrées par défaut avec le téléphone. Les données sont elles-mêmes facilement disponibles. Ainsi, les SMS sont enregistrés dans une base de données Sqlite, et j'ai bon espoir d'arriver à ré-importer mes anciens SMS. Taper sur son clavier virtuel devient rapidement fatiguant. Heureusement, quelques commandes simples suffisent à mettre en place un serveur SSH, ce qui me permet de me connecter à mon téléphone depuis mon bureau. # Demain # Pour la plupart des utilisateurs de smartphones, Ubuntu Touch n'est absolument pas prêt. Il manque nombre d'apps fondamentales, et les apps disponibles sont souvent incomplètes et nécessitent de bidouiller, sans compter les crashs intempestifs, et les scopes semblent être plus un gadget qu'autre chose. Ceci dit, la base est saine, et tous ces défauts pourraient être résolus avec une batterie d'applications de qualité. Cependant, j'ai du mal à imaginer que les développeurs d'applications vont se jeter sur Ubuntu Touch. le système arrive probablement trop tard. Après Apple, il y avait clairement la place pour un second acteur, et Android s'y est établi grace à la puissance de feu de Google. Mais Ubuntu? Est-ce que la convergence promise sera suffisante? Est-ce que Canonical réussira à faire son beurre avec une communauté qui développe des applications souvent libres, gratuites et sans pub? Récupérer 30% de rien, ce n'est pas franchement viable sur le long terme. Je vois Ubuntu Touch comme Linux sur le desktop: une niche, qui n'arrive pas à s'imposer face aux ténors du marché, ce qui n'empêche pas une petite communauté de s'éclater. Je ne comprends pas la stratégie de Canonical, mais j'espère qu'ils auront les reins assez solides pour continuer à porter le projet sur le long terme.