URL: https://linuxfr.org/users/raphj/journaux/le-drm-widevine-l3-cracke Title: Le DRM Widevine L3 cracké Authors: raphj Date: 2019年01月20日T11:55:12+01:00 License: CC By-SA Tags: drm, google, netflix, widevine, spotify, deezer et tidal Score: 43 Je n’ai pas encore vu de journal ou de dépêche à ce sujet, alors je me lance. C’est un peu décousu, je rapporte ça pèle-mêle. Widevine est un DRM (_Digital Rights Management_, ou moins officiel mais plus exact _Digital Restriction Management_) assez répandu, géré par Google, une grosse multinationale qui touche pas mal de domaines dans les nouvelles technologies et au‐delà. Le but d’un tel composant est de limiter le « piratage », en restreignant les personnes utilisant légalement le service d’un service fournissant du contenu sur la manière dont elles lisent et stockent le contenu. L’utilisateur probablement le plus connu de ce DRM est Netflix (un gros service de diffusion de vidéos à la demande dont le modèle économique est basé sur un abonnement mensuel ; avant ils envoyaient des DVD par la poste). L’efficacité et le principe des DRM sont contestés (« De toute façon, tout ce qui est sur Netflix est accessible très rapidement illégalement et gratuitement ailleurs »). Côté éthique, les DRM sont qualifiés de [défectueux par conception](https://www.defectivebydesign.org/what_is_drm_digital_restrictions_management). Les raisons principales sont : ils nécessitent l’utilisation côté client d’un code non libre et/ou d’un circuit matériel dont la conception est secrète, et en tout cas sont conçus pour limiter la liberté des utilisateurs, _a priori_ incompatible avec le logiciel libre. Les problèmes soulevés par l’utilisation d’un binaire non libre et dont les sources ne sont pas disponibles sont toujours les mêmes : on ne peut pas être sûr de ce qu’il fait derrière notre dos ou de sa qualité côté sécurité et confidentialité, il ne fonctionnera pas sur une nouvelle architecture matérielle sans l’implication des développeurs... Bref, la personne utilisant le service n’a pas le contrôle de ce qui tourne sur sa machine. Souvent sans le savoir ; pour citer Peter Lee de chez Disney : > « _If consumers even know there’s a DRM, what it is, and how it works, we’ve already failed._ » Traduction libre et gratuite : > « Si tout simplement les consommateurs savent qu’il y a un DRM, ce que c’est et comment ça marche, nous avons déjà échoué. » D’ailleurs, même [Apple ne veut pas de Widevine sur son navigateur Safari](https://www.engadget.com/2017/09/09/spotify-drops-safari-streaming-support/), considérant le binaire comme trop peu sûr. Et puis de toute façon, Apple a sa propre solution DRM, donc bon, le DRM Google on peut facilement imaginer qu’ils n’en veulent pas... Widevine vient avec plusieurs niveaux de « sécurité », grosso modo L1 et L3 : - le niveau L3 ne dépend que d’un composant logiciel « obfusqué » pour le décodage, c’est un niveau de sécurité considéré comme limité ; - le niveau L1 dépend également d’un composant matériel « de confiance » certifié, on va le retrouver notamment dans certains téléphones Android. Widevine L3 est fourni « de base comme extension » avec Chrome / Chromium et Firefox notamment. Le bazar est téléchargé par le navigateur à un certain moment avant la lecture du contenu « protégé ». D’après ce qu’on peut lire par‐ci par‐là, Netflix limite la qualité des flux pouvant être lus avec ce niveau L3. Les flux dans les plus hautes définitions nécessitent le niveau L1. David Buchanan affirme avoir cassé le niveau L3 en quelques après‐midis (on se détend comme on peut, n’est‐ce pas), et il n’y a pas de solution pour réparer la faille : Widevine L3 est cassé par conception. Il n’a à ma connaissance pas diffusé son _exploit_. Je suppose que c’est pour faire gagner un peu de temps aux utilisateurs de ce DRM... Certaines personnes s’inquiètent pour Netflix : « Mais c’est la panique, on va retrouver tous les contenus de Netflix dans la nature ! ». D’autres répondent : « Mais on s’en fout, ça ne concerne que les flux basse définition, personne ne veut regarder les trucs dans cette qualité. » Et encore d’autres de rajouter que de toute façon tout Netflix est déjà sur les torrents. Mais moi, ce qui m’intéresse aussi et dont personne n’a l’air de trop parler, c’est : _quid_ de Spotify, Deezer, Tidal et autres plates‐formes musicales utilisant actuellement Winevine niveau L3 pour restreindre l’accès à leurs flux ? Si je pouvais me prendre un abonnement à ces plates‐formes et accéder au contenu avec du code libre, ça résoudrait imparfaitement mon problème, qui est : je veux pouvoir écouter de la musique hors ligne en bonne qualité tout en rémunérant les artistes, sans m’embêter avec le niveau de qualité inégal disponible sur YouTube, avec le logiciel et le matériel de mon choix. À ce qu’il paraît, l’Apple Store fournit ses musiques sans DRM. Mais, bon, il faut utiliser iTunes pour y accéder et, en plus, aucun effort n’est fait pour prendre en charge mon système d’exploitation (pourquoi ne fournissent‐ils pas simplement une interface Web ?). Et puis « Meh, GAFAM ». On peut acheter des MP3 à l’unité autour d’1 € sur Amazon. Mais, là encore, « Meh, GAFAM », et puis, je ne peux pas avoir la qualité CD pour choisir mon format préféré plutôt qu’un format avec perte particulièrement peu efficace par rapport à ses concurrents (bonjour Opus – et de toute façon, dans vingt ans, il y aura probablement encore mieux) ?

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