URL: https://linuxfr.org/users/pulkomandy/journaux/deverrouillage-d-un-chromebook Title: Déverrouillage d'un Chromebook Authors: pulkomandy Date: 2025年10月13日T11:26:30+02:00 License: CC By-SA Tags: bricolage, chromebook, obsolescence_programmée, flashrom, électronique et bios Score: 53 Salut! Aujourd'hui on continue la lutte contre l'obsolescence programmée. La victime du jour est un Chromebook HP 11 G8 ee, qui est fourni par le centre de formation d'une chaîne de supermarchés. Les alternants utilisent cette machine pour accéder aux supports de cours hébergés par Google (Drive, Workplace, ...). Analyse de la situation ======================= Comme je ne suis pas alternant dans un supermarché, j'aimerais bien faire autre chose de cette machine. Seulement, elle est complètement verrouillée. On ne peut même pas ouvrir une session dessus, dès le démarrage un message s'affiche indiquant de renvoyer la machine au centre de formation. C'est d'ailleurs pour ça qu'elle a fini par arriver chez moi. Les astuces habituelles (apparament, je découvre) consistent à utiliser quelques raccourcis clavier pour activer un mode "développeur" permettant de déverrouiller la machine, mais ce n'est pas le cas sur celle-ci, ce mode étant également désactivé et déclenche immédiatement une réinitialisation. On démonte tout ça ================== La seule solution qui semble pouvoir fonctionner est de reflasher le BIOS de la machine. Si on avait accès au mode développeur, cela pourrait se faire presque entièrement en logiciel (si j'ai bien compris il faut quand même ouvrir la machine et débrancher la batterie pour désactiver la protection en écriture du BIOS). Mais, bien sûr, tout cela est verrouillé, sans même l'accès à une session normale, il semble difficile d'employer une attaque logicielle (et puis je suis plus à l'aise avec un fer à souder et un tournevis, parfois). Le démontage se fait sans trop de difficultés: quelques vis sous la machine à retirer, puis on peut déclipser le clavier. Celui-ci est conçu avec des nappes juste assez longues pour pouvoir le retourner sans débrancher, et accéder facilement aux connecteurs. Dans notre cas, on ne s'arrête pas là, il faut débrancher tous les connecteurs tout autour de la carte mère (batterie, écran, carte wifi, ports USB, ...) et enfin dévisser la carte mère elle-même. En effet, la puce BIOS qui nous intéresse se trouve de l'autre côté. Pendant que je démontais tout ça j'ai également fait l'acquisition d'un programmeur d'EEPROM à base de microcontrôleur CH374a. J'aurais probablement pu en bricoler un avec des pièces détachées trouvables chez moi, mais j'avais pas le temps et il aurait fallu acheter un certains nombre d'adaptateurs qui m'aurqient coûté plus cher si je les avais trouvés séparément. Une fois le programmeur reçu et la carte mère sortie du boîtier, on localise la puce BIOS, reconnaissable à ses 8 pattes et à son numéro de série commençant par 25 (pour lire ce dernier, c'est difficile à l'oeil nu, j'ai utilisé un microscope USB pour m'assurer que j'étais au bon endroit). Et on reflashe le tout ====================== Le programmeur est fourni avec une pince qui se clipse sur le composant. Grâce à ça, on peut lire le contenu de l'EEPROM. Le programmeur fonctionne avec l'outil Flashrom sous Linux sans aucun problème. Ensuite il faut décider ce qu'on veut faire, il y a deux options. Si on veut simplement déverrouiller la machine et l'utiliser comme un Chromebook normal, il y a juste deux paramètres à remettre à 0. Mais dans mon cas, je préfèrerais lancer un vrai OS dessus. Dans ce deuxième cas, il faut se diriger vers le site de Mr. Chromebox qui fournit un BIOS UEFI pour de nombreux Chromebooks. La procédure nécessite quelques manipulations: - Lecture du contenu de la puce existante - Extraction de données spécifiques à la machine (numéro de série, adresse MAC) - Patch de l'image UEFI pour injecter ces valeurs dedans Ensuite, on reprogramme le tout dans la puce, et le tour est joué? C'est le moment de brancher le fer à souder =========================================== Alors, en principe, oui, c'est tout simple. Mais ça ne semble pas possible d'écrire dans la mémoire de cette façon. Il semble y avoir au moins trois problèmes: - La puce est protégée matériellement en écriture (une de ses "pattes" permet de le faire). Ça devrait ne pas être le cas quand la batterie est débranchée, mais dans mon cas, Flashrom se plaint que il n'arrive pas à la déverrouiller - Lorsqu'on alimente la puce directement sur la carte mère, cela peut alimenter d'autres choses aussi. Dont certains composants qui vont peut-être essayer d'utiliser le bus SPI utilisé pour communiquer avec la puce, ce qui, bien sûr, perturberait l'écriture - Enfin, la pince livrée avec mon programmeur semble avoir un câble trop long, ce qui perturbe l'écriture. Une future version de flashrom permettrait (mais je n'ai pas vérifier) de ralentir la vitesse du bus SPI pour limiter ce problème). Bref, pas moyen de flasher cette puce alors qu'elle est soudée sur la carte mère. Il faut donc la déssouder, pour cela le mieux est d'utiliser une station à air chaud qui, comme son nom l'indique, souffle de l'air à 400 degrés environ sur le composant. Il faut être patient, laisser monter la température doucement et ne pas forcer pour ne pas endommager le circuit imprimé. Et laisser refroidir la puce quelques secondes une fois déssoudée avant de la toucher. La carte mère est recouverte d'une couche de plastique transparent qui est collée dessus. Vous pouvez le décoller avant de commencer à chauffer, ou bien vous pouvez le laisser en place. Dans mon cas il a légèrement fondu à proximité de la puce que j'ai déssoudé mais rien de grave. Et puis ça protège les autres composants autour. Une fois la puce déssoudée, j'ai essayé de la flasher en l'insérant directement dans la pince prévue à cet effet. Cette fois-ci, le déverrouillage en écriture fonctionne, mais la communication entre le programmeur et la puce semble très instable. Je l'ai finalement soudée sur une plaquette adaptatrice pour pouvoir la reprogrammer. Puis à nouveau déssoudée pour la remettre sur la carte mère originale (vous avez bien sûr pris note de quel côté se trouve la patte numéro 1 pour remettre la puce dans le même sens). Il ne reste plus qu'à réinstaller la carte mère, rebrancher tous les câbles, et vérifier que tout fonctionne bien. La machine démarre maintenant avec un UEFI tout à fait classique comme n'importe quel PC et j'ai pu démarrer Haiku depuis une clé USB. Conclusion ========== Franchement, pourquoi avoir autant verrouillé ces machines? Le flashage du BIOS m'a coûté une vingtaine d'euros de matériel et environ deux heures. Ça ne va donc pas servir à arrêter les gens qui sont un petit peu motivés, et ça semble être surtout pour limiter les "opportunistes". Et encore, je pense que n'importe quelle boutique de réparation de téléphones un peu compétentes doit être en mesure de réaliser ce genre de manipulation. Laisser le mode développeur déverrouillé aurait donc été tout aussi simple. Dans les conditions d'utilisation, ce n'est pas clair si les alternants doivent la restituer à la fin de la formation, je suppose que non, puisque celle-ci est arrivée chez moi. Dans ce cas, c'est de la génération de déchets électroniques à grande échelle et sans raison valable. La machine est un Celeron N4120 avec 8Go de RAM. Elle semble être de conception assez standard pour un PC à part l'utilisation d'une puce eMMC pour le stockage interne (et encore, ça devient commun sur les machines d'entrée de gamme). J'ai quelques drivers à écrire, mais Haiku a démarré dès la première tentative depuis une clé USB.