URL: https://linuxfr.org/users/pied/journaux/hs-ils-etaient-trois Title: [HS] Ils étaient trois Authors: Pinaraf Date: 2021年06月15日T23:35:07+02:00 License: CC By-SA Tags: accident, aviation_legère, aéronautique, avion, dgac, bea et aérodrome Score: 51 Ce journal est hors sujet et va parler d'aéronautique de loisir, mais bien que je sache à quel point ce sujet peut (et doit) être débattu notamment pour son impact écologique, j'aimerais que cela n'en soit pas la tribune. Merci d'avance pour votre compréhension. Depuis quelques années maintenant, je suis pilote «du dimanche». J'ai ma licence et une inscription à un aéroclub, sur le terrain de Bondues (LFQO − Lille Marcq), qui me permettent d'aller explorer les paysages des environs, occasionnellement de rendre visite à la lointaine belle-famille... C'est ce qu'une famille de Béziers a voulu faire. Ils étaient trois, se sont posés à Bondues avant de rejoindre Anvers, leur destination. Lors du décollage, malheureusement, une panne moteur est semble-t-il survenue. L'avion n'avait pas assez d'altitude pour faire demi tour, et s'est écrasé sur un parking d'une zone d'activité et a pris feu. Ils étaient trois. La couverture médiatique de ce drame m'a surpris (BFM TV, France Info...), mais un axe n'a pas été discuté ou trop peu, et je souhaite donc l'évoquer ici. Le terrain de Bondues est ancien. Ouvert en 1936, il a servi pendant la seconde guerre mondiale avant de devenir terrain de loisir, marqué des stigmates de la guerre. Ces stigmates sont encore visibles du ciel aujourd'hui d'ailleurs, l'image aérienne de Google et de Bing montre encore les traces des bombardements de la RAF contre la Luftwaffe qui avait occupé le terrain. Néanmoins, son âge n'augmente pas pour autant le respect de la part des communes avoisinantes. Dans les années 90 déjà, la commune de Bondues décide de bâtir, à 700 mètres de la piste 35, un quartier résidentiel. Forcément, ses habitants hurlent depuis contre le bruit de l'activité aéronautique, mais fort heureusement le quartier ne couvre pas tout l'espace et il est possible de l'éviter au décollage. En 2007, la commune de Wambrechies, en pleine politique expansionniste, décide d'annexer les champs qui étaient en bout de la piste 25 et d'y installer une zone d'activité. Malin, ce n'est pas résidentiel, donc pas de plaintes pour le bruit... La zone d'activité est à 150 mètres du seuil de la piste 25. Le bureau d'enquêtes et d'analyse n'a pas encore rendu son verdict. L'enquête prendra son temps, et je n'ai nulle prétention de prédire ce qu'il s'est passé ou d'enquêter à leur place. Néanmoins, je me permets, de vous proposer ce scenario, l'ayant imaginé des centaines de fois dans ma formation et mes vols (cela fait partie des pré-requis avant chaque vol). − F-AB, je m'aligne et je décolle piste 25 avion Plein gaz, l'avion accélère. Le badin est actif, le cran de volet est sorti, la vitesse augmente comme prévu. Je tire légèrement sur le manche, les roues quittent le sol. Je maintiens ma direction, je reste bien dans l'axe de la piste. Tiens, j'ai l'impression d'accélérer moins vite que d'ha... Le silence. Le moteur vient de s'arrêter. Vu l'altitude, il me reste 5 secondes pour choisir où poser l'avion. Je parcourrai presque 200 mètres dans ce laps de temps. Je regarde devant, à droite et à gauche (sous 30°, impossible de tourner plus large)... des bâtiments à perte de vue. La voie rapide est trop loin. L'avenue Clément Ader est bien trop étroite et couverte d'arbres. Le cours d'eau est trop loin. Il ne me reste que ce parking qui est bien trop petit et trop loin, mais je n'ai que ça ou des bâtiments. Au club, pour éviter ce scenario, nous n'avons qu'une seule solution : ne pas rester dans l'axe de la piste et dévier immédiatement vers la gauche, ce qui n'est dans aucune consigne officielle, afin d'être au dessus de la voie rapide. C'est la seule solution pour avoir une chance de s'en sortir. Et cette option n'est disponible que pour les avions, les ULMs ont l'obligation de rester droit puis virer vers la droite, ce qui les force à survoler la ville. Une commune a décidé de construire une zone d'activités, au mépris du danger pour les usagers de l'aérodrome. L’appât du gain, de l'artificialisation des sols pour laisser une marque dans l'histoire a été le plus fort. Ils étaient trois. Ils ont affronté le scenario que l'on craint tous. Le parking était trop petit et trop loin. J'ignore quelles conclusions seront tirées, je n'ai pas le don de voyance. Va-t-on décréter la piste 25 dangereuse et la fermer, ce qui sera le premier clou dans le cercueil et un blanc-seing pour de futurs quartiers au pied des pistes afin de forcer sans débat la fermeture du terrain ? La responsabilité de la commune qui a pris ces décisions sera-t-elle évoquée ? Je vous remercie pour votre attention.