URL: https://linuxfr.org/users/patrick_g/journaux/watson-jeopardy-et-le-test-de-turing Title: Watson, Jeopardy et le test de Turing Authors: patrick_g Date: 2011年01月17日T18:00:15+01:00 Tags: intelligence_artificielle, datamining, taln et turing Score: 35 Vous connaissez tous le jeu [Jeopardy](http://fr.wikipedia.org/wiki/Jeopardy!) qui passe sur les télévisions de plusieurs pays. En gros les candidats gagnent de l'argent en répondant à des questions. Mouaif pas très nouveau tout ça. Le seul truc un peu original c'est qu'en fait l'interrogateur donne la réponse et que c'est au candidat de reconstituer la question. Exemple: Si l'interrogateur vous dit "LinuxFR" vous devez répondre "Quel est le site francophone qui rassemble le plus de trolleurs"....ou un truc de ce style. C'est un jeu télévisé très populaire aux USA ou il est diffusé depuis des décennies. C'est sans doute cette popularité qui a décidé IBM a tenter un gros coup technologique et publicitaire. Il y a 15 ans IBM avait déjà défié et vaincu le champion du monde d'échecs avec son calculateur [Deep Blue](http://fr.wikipedia.org/wiki/Deep_Blue). Cette fois c'est au Jeopardy que s'attaque la firme américaine avec son programme d'intelligence artificielle [Watson](http://fr.wikipedia.org/wiki/Watson_%28intelligence_artificielle%29). Ce programme tourne sur une bonne machine: 10 racks de serveurs Power 750 ce qui représente 360 processeurs Power7 pour un total de 2 880 coeurs de calcul (80 teraflops). On ajoute à ça une tonne de RAM (15 Teraoctets) pour stocker la base de connaissances et la bête est maintenant prête à défier ces chétifs humains. Bien entendu, comme l'immense majorité des supercalculateurs, Watson fonctionne sous Linux et utilise plusieurs logiciels libres ([Eclipse](http://en.wikipedia.org/wiki/Eclipse_%28software%29), [Hadoop](http://en.wikipedia.org/wiki/Hadoop), [UIMA](http://en.wikipedia.org/wiki/UIMA), etc). Si on y réfléchit on se rend compte que le Jeopardy, bien que moins prestigieux intellectuellement que le jeu d'échecs, est sans doute bien plus difficile à aborder pour un ordinateur. Aux échecs tout est mathématisable et la difficulté réside presque uniquement dans la profondeur de calcul que la machine peut atteindre. Avec le Jeopardy on rentre dans la zone floue du "[langage naturel](http://fr.wikipedia.org/wiki/Langage_Naturel)" et la programmation d'une machine devient d'un seul coup plus ardue. Pour vraiment prétendre être un maître de ce jeu il faudrait _comprendre réellement_ les questions ce qui impliquerait d'être capable de passer le fameux [test de Turing](http://fr.wikipedia.org/wiki/Test_de_turing). IBM n'a pas (encore) cette prétention mais il semble que Watson se défende déjà plus que correctement. La confrontation télévisée est prévue pour le mois de février (un million pour le gagnant !) mais [une répétition à déjà eu lieu](http://www.linuxfordevices.com/c/a/News/IBMs-Watson-wins-Jeopardy-practice-round/?kc=rss) le 13 janvier entre deux champions humains (Ken Jennings et Brad Rutter) et le calculateur d'IBM. En dépit du fait que Jennings et Rutter sont des super spécialistes (74 victoires d'affilée pour l'un et 3.25 millions de dollars de gain pour l'autre) c'est la machine qui a remporté la manche lors de cette répétition. Les gains s'établissent à 4 400$ pour Watson, 3 400$ Jennings et 1 200$ pour Rutter. Évidemment pour arriver à ce résultat la base de connaissance est cruciale. IBM annonce que Watson a été "nourri" avec 200 millions de pages de texte et plus d'un million de livres divers et variés (encyclopédies, scénarios de films, journaux, magazines, livres pour enfants, etc). A partir de cette énorme base les algorithmes moulinent toute l'information et établissent des corrélations entre les données pour pouvoir reconstituer les questions du Jeopardy. Pour bien jouer il faut pouvoir prendre en compte l'ironie, l'argot, les jeux de mots, la subtilité de certaines questions. Comme les questions du jeu valent de plus en plus cher il faut aussi un petit peu de sens stratégique pour savoir quand répondre (si la probabilité de succès est forte) et quand passer la main (au cas ou la machine n'est pas sûre de sa réponse et risque de tout perdre). IBM affirme que ce programme de développement (nommé _DeepQA research project_) pourra avoir des applications dans divers domaines. La vice-présidente d'IBM Research, Katharine Frase, évoque une assistance aux médecins sous la forme d'un programme d'intelligence artificielle capable d'interpréter les réponses des malades: "_Les patients n'emploient pas les termes que les médecins ont appris à la faculté pour décrire leurs maux. Ils emploient simplement les termes qu'ils ont appris auprès de leurs parents en grandissant_". Selon elle un programme du type de Watson pourrait interpréter ces déclarations floues et établir des corrélations avec les informations médicales pertinentes disponibles dans les journaux spécialisés. On évoque aussi une assistance juridique pour les avocats ou même, pourquoi pas, une intégration dans les moteurs de recherche que nous utilisons tous. Bien entendu ces perspectives ne sont pas pour tout de suite. Pour l'instant il n'y a eu qu'une répétition et le vrai test contre les humains n'aura lieu que le mois prochain. Il n'empêche qu'au tout début du programme _DeepQA research project_ les représentants d'IBM avaient déclarés que: "_Si le programme parvient à battre les humains alors le domaine de l'intelligence artificielle aura fait un bond en avant_". Nous y sommes !