URL: https://linuxfr.org/users/patrick_g/journaux/le-courage-ou-le-d%C3%A9clin Title: Le courage ou le déclin Authors: patrick_g Date: 2003年05月26日T11:34:10+02:00 Tags: Score: 0 Parfait et pas un mot à rajouter......à part que je ne savais pas que la réforme actuelle ne couvre qu'un tiers des besoins de financement : si même ce tiers de réforme ne passe pas on est vraiment foutu ! Edito du Figaro : Le courage ou le déclin Alexis Brézet [26 mai 2003] Trois cent mille, quatre cent mille ou six cent mille manifestants à Paris ? Le défilé d'hier ne fut sans doute pas le triomphe espéré, pour les syndicats, mais il serait vain de nier que la réforme des retraites entre dans des eaux agitées. La France des fonctionnaires – car c'est bien elle qui, pour l'essentiel, était dans la rue – fera tout pour l'empêcher. Le pouvoir, entend-on, a trop chargé la barque. Il ne se serait pas suffisamment expliqué. On a envie de se pincer : ce qui frappe au contraire l'observateur de bonne foi, c'est l'extrême modération du projet de réforme (qui, rappelons-le, ne comble qu'un gros tiers des besoins de financement en 2020) et l'extraordinaire luxe de précautions qui a entouré son élaboration. Pendant des mois, le gouvernement a plaidé, expliqué, communiqué, négocié, jusqu'à obtenir l'accord de la CFDT. Que voulait-on qu'il fît ? A moins de ménager un tête-à-tête entre chaque Français et François Fillon, on pouvait difficilement aller plus loin dans la pédagogie. La vérité est à la fois plus simple et plus décourageante. Les fonctionnaires, qui sont mieux rémunérés que les salariés du privé, qui travaillent moins longtemps, cotisent moins et bénéficient de meilleures retraites, ne veulent pas que l'on touche si peu que ce soit à leurs “avantages acquis”. Inutile d'espérer qu'à l'instar de la noblesse d'Ancien Régime ils consentent à l'abolition de leurs privilèges. L'erreur du gouvernement, s'il en faut une, aura peut-être été de miser sur l'esprit de responsabilité de syndicats qui en sont dramatiquement dépourvus. Voilà pourquoi l'appel à la négociation lancé par la CGT est un faux-semblant. Les syndicats n'ont en réalité qu'un objectif : le retrait pur et simple du projet. La majorité légitime, qui, aux législatives, a en toute clarté reçu mandat de mener à bien cette réforme capitale, est sommée de renoncer, sous peine de paralysie du pays. Courageusement, le gouvernement affiche sa volonté de tenir. Il doit continuer. Contre vents et marées. Contre la conjuration des égoïsmes syndicaux. Contre la démagogie des socialistes. Contre une certaine lâcheté de l'opinion, flageolante aujourd'hui si l'on en croit les sondages, mais qui demain lui sera reconnaissante d'avoir gardé le cap. Tenir, parce que, comme le dit fort justement Jean-Pierre Raffarin, en démocratie, “ce n'est pas la rue qui gouverne”, mais le peuple qui exprime sa souveraineté dans les urnes. Reculer ? Ce serait un naufrage pour le premier ministre, qui n'y survivrait pas. Un désastre pour la droite, qui, après ses deux échecs face à la rue de 1986 et 1995, perdrait définitivement tout crédit. Un drame pour la France, surtout, condamnée par l'arrêt des réformes à s'enfoncer dans les déficits, le fiscalisme, la sous-compétitivité, le chômage de masse et la fuite des cerveaux. Grèves, manifestations, blocages en tout genre : la bataille des prochaines semaines sera rude. Elle concerne le gouvernement, mais aussi tous les citoyens soucieux de l'avenir de leur pays. Pour la France, c'est le moment de choisir entre le courage et le déclin.

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