URL: https://linuxfr.org/users/patrick_g/journaux/greg-egan-oc%C3%A9anique Title: Greg Egan: Océanique Authors: patrick_g Date: 2009年12月06日T11:42:41+01:00 Tags: livre_sf, littérature, science-fiction, greg_egan et feynman Score: 9 Après un [journal en 2004](https://linuxfr.org//~patrick_g/9259.html) puis une [suite promotionnelle en 2007](https://linuxfr.org//~patrick_g/23431.html) je continue ma campagne acharnée de lobbying en faveur de l'auteur de science-fiction [Greg Egan](http://fr.wikipedia.org/wiki/Greg_Egan). Cette fois c'est à l'occasion de la sortie du recueil de nouvelles intitulé "[Océanique](http://www.belial.fr/catalogue/greg-egan/oceanique)" (édition Le Bélial). C'est le troisième recueil de nouvelles (après "Axiomatique" et "Radieux") et on ne remerciera jamais assez le Bélial de s'être lancé dans cette aventure éditoriale qu'est la publication d'une intégrale raisonnée des nouvelles d'Egan. C'est de la SF exigeante, de la pure SF d'idées sans quincaillerie de pistolasers et de vaisseaux spatiaux faisant des dogfights dans l'espace avec des réacteurs hurlants. Je n'ai rien contre la SF d'aventure, que je consomme comme tout un chacun, mais si c'est ce que vous attendez en lisant Greg Egan alors vous allez être déçus. Bien entendu ça sonne insupportablement élististe et pédant de dire ça mais c'est un fait. Pour apprécier Greg Egan il faut connaître un peu de science et être capable de s'émerveiller des perspectives vertigineuses qu'ouvre cette connaissance même parcellaire. Cela peut sembler bizarre d'apprécier une oeuvre littéraire parce qu'elle fait appel à la science mais, si on y réfléchit bien, est-ce que vous ne trouvez pas que le monde réel qui nous entoure est suffisamment beau et fascinant pour qu'il fasse partie de nos récits ? "_La vérité d'aujourd'hui est plus merveilleuse encore que la fiction de jadis. Pourquoi les poètes d'aujourd'hui n'en parlent-ils pas ? Qui sont ces poètes qui peuvent parler de Jupiter s'il ressemble à un homme, mais qui se taisent si c'est une gigantesque sphère tournoyante de méthane et d'ammoniaque ?_" - Richard Feynman C'est vrai que le recueil "Océanique" n'a pas choisi la facilité en ouvrant sur la nouvelle "Gardes-frontières": Difficile de s'identifier avec des immortels jouant une partie acharnée de football quantique dans un habitat topologiquement distinct du nôtre. Mais non d'un chien qu'est-ce que c'est désorientant et éblouissant à la fois ! Je crois que c'est ça le vrai obstacle à l'appréciation des oeuvres de Greg Egan (et de la SF d'idées en général). Il faut accepter d'être désorienté, de ne pas comprendre le début d'un récit, d'être paumé. Il faut faire l'effort de coller les morceaux, les fragments d'informations, pour reconstituer le cadre de la nouvelle et le statut des personnages. Si l'auteur commençait par un chapitre explicatif ce serait insupportablement didactique alors c'est au lecteur de faire le travail. Imaginez un lecteur de la Renaissance lisant une nouvelle contemporaine. Il verrait que les personnages utilisent des objets mystérieux nommés "portables" et qui leur permettent apparemment de communiquer instantanément avec les autres ou qu'ils se trouvent. La nouvelle contemporaine ne prendrait pas la peine d'expliquer ce qu'est un "portable" ou un "ordinateur" ou même un "interrupteur", ce serait absurde et lourd...alors c'est le lecteur qui doit faire un effort. Sa récompense est un effet **d'immersion renforcé** dans le monde qui est décrit. C'est très excitant d'être plongé ainsi dans un monde étrange dont on ne possède pas les clés et qui se dévoile peu à peu si on fait attention. Certaines personnes _détestent_ ça (coucou Julie !) et veulent lire des choses compréhensibles dès le début. D'autres sont allergiques aux sciences et ne savent pas du tout, même très vaguement, ce qu'est un trou noir, une machine de Turing ou même une IA. Si la nouvelle repose sur la désorientation du personnage principal après une copie numérique de son cerveau physique et son "réveil" au sein d'un univers virtuel aux possibilités illimitées...alors évidemment le lecteur scientophobe en retirera moins de plaisir intellectuel qu'au récit des aventures de Yan Solo chez Jabba le Hutt. Je ne dit pas moins de plaisir, je dis moins de plaisir _intellectuel_. Star Wars c'est très amusant mais c'est dommage que ce soit classé sous même terme "science-fiction" que Greg Egan parce que ça n'a rien à voir. Bon après ce pas de valse qui pourra être vu comme une oscillation entre le troll et le désamorçage de troll je ne peux que terminer en vous conseillant vraiment de lire "Océanique". Comme le dit [la critique du site du Cafard Cosmique](http://www.cafardcosmique.com/Oceanique-de-Greg-Egan) c'est une vraie claque. PS destiné aux décideurs du Bélial: Par pitié proposez nous une traduction de "Diaspora" et je promet de me prosterner à vos pieds en laissant couler des larmes de reconnaissance émue !