URL: https://linuxfr.org/users/nicolasg/journaux/typographie-logiciels Title: Typographie & logiciels Authors: NicolasG Date: 2015年08月28日T15:47:10+02:00 License: CC By-SA Tags: libreoffice, scribus, police_de_caractères, firefox, latex et typographie Score: 30 Au départ ce devait être un journal. Mais je me suis dit « dommage de faire un truc sur la typo. sans la pratiquer », alors c’est devenu [un PDF avec hyperliens](http://dl.free.fr/jxm5mMK5f). Il n’est pas finalisé, mais est déjà très correct. Me connaissant j’en ai pour des mois pour lui apporter les perfectionnements nécessaires, alors je préfère en parler maintenant. Je mets ici une version légèrement remaniée de la partie finale du dossier, la plus susceptible d’intéresser le lectorat Linuxfr (le reste est une synthèse documentaire). # Tour d’horizon des logiciels # On pourrait penser qu’avec l’ordinateur, les possibilités illimités offertes et l’ancienneté des logiciels bureautiques, la typographie devrait être correctement traitée. Pourtant il n’en est rien, et il faut donc être attentif aux fonctionnalités disponibles. Il s’agira toujours de détails, mais c’est précisément ce genre de détails qui ruinent l’aspect professionnel d’un document; il ne sert à rien de prendre soin de la mise en page, si on ne dispose pas d’une minimum en typographie. Le test est simple, il faut reproduire la phrase «Quel Test final?» afin de valider un ensemble de fonctionnalités. Les alternatives contextuelles servent à modifier le dessin d’un caractère en fonction de son environnement immédiat; ici la barre du Q doit passer sous le u. Le kerning est l’espacement entre caractères, ajusté non pas sur la base du caractère isolé, mais d’un couple; ainsi le e qui suit le T doit être légèrement déplacé à gauche afin de remplir l’espace laissé vacant en-dessous de la barre horizontale du T. Et enfin la présence de ligatures doit être assurée, les standards sont le minimum syndical, les plus rares permettront de rendre un texte à l’allure très soignée. ## La Garamond, une police qui a du caractère ## À l’heure actuelle, on utilise surtout deux formats: TrueType Font, dépassé, et OpenType Font. On attend d’une police: - outre l’esthétique du dessin des glyphes, l’homogénéité du style et le choix de la fonte en rapport avec le message écrit; - un kerning, ou crénage, correctement spécifié par le concepteur; - des ligatures, standards à minima; - des alternatives contextuelles; - au moins deux graisses (normal–regular et gras–bold) et une vraie italique, pas le résultat d’un déformation automatisée; - des petites capitales, car si on se contente de réduire les grandes capitales, on modifie la graisse de la fonte, donc le gris typographique; mais des graisses intermédiaires peuvent sauver la mise; - pour la même raison, les exposants et les indices devraient avoir leur propre dessin, plutôt qu’être le résultat d’un opération automatisée; - disposer de différentes fontes, applicables en fonction de la taille des caractères, car il faut affiner les traits des glyphes au fur et à mesure que leur taille augmente (optical size chez Adobe ou display, subhead, caption, etc.); - il faut savoir qu’il existe une version minuscule (utilisée ici), avec ses jambages, des chiffres arabes usuels, très utile dans un texte de fond. La _Garamond Premier_ est une excellente police, avec une famille de fontes étendue et disposant de toutes les qualités. C’est une référence française, un temps éclipsée par des polices plus modernes, elle sort de l’ordinaire tout en restant traditionnelle, voir connote un certain luxe si toutes les ligatures et les alternatives sont en place (cf. collection la Pléiade). À contrario, je lui trouve un certain caractère, accusé par son âge, car elle me semble plus humaine que les didones, parce que moins raffinée en un sens. C’est cette tension entre deux aspects contradictoires qui me plaît. ## InDesign, support complet ## Je me devais d’en parler étant donné que les outils Adobe, souvent associés aux Mac, sont très populaires parmi les graphistes et autres "créatifs". Je me fie à la documentation... & on comprend mieux le succès d’Adobe, qui est aussi une fonderie numérique reconnue: support complet dès le début des années 2ooo; c’est durant cette période que la fonderie sort ses polices en version OpenType. ## Microsoft Office, version récente indispensable ## Microsoft traîne quelques boulets avec la typographie; la fumeuse *Comic Sans* est une véritable catastrophe ambulante, l’*Arial* une vague copie de l’*Helvetica*. Il ne faut pas trop attendre d’une boite qui aura imposé sans effort un logiciel de traitement de texte d’une qualité pourtant médiocre. Même les dernières *Calibri* et *Cambria* ne me semblent pas très réussies: elles ont été manifestement et avant tout conçues pour l’informatique, pour mettre en avant la lisibilité sur écran avec le système ClearType; dans le détail, je les trouve très grossières. La _Garamond_ livrée avec la suite de Microsoft ne déroge pas à la règle; elle ne supporte pas la comparaison avec la _Premier_; en fait, même la police libre [_EB Garamond_](http://www.georgduffner.at/ebgaramond/fr/index.html), en cours de conception, me semble être de meilleure qualité. ### Word 2oo7 ### Il y a une case à cocher, intitulée crénage. Elle est désactivée par défaut; je suppose qu’il fallait assurer la compatibilité avec l’existant, car le crénage change la [chasse](https://fr.wikipedia.org/wiki/Chasse_%28typographie%29) et donc la mise en page d’un document. Il faut donc penser à bien l’activer. Il n’y a aucune ligature; c’est impardonnable, rédhibitoire. ### Word 2o1o ### Ici on trouve un formulaire complet là où il n’y avait que le crénage: choix des ligatures, choix des variantes contextuelles, de la forme des chiffres, etc. ainsi que les variantes stylistiques (une fonctionnalité OpenType). Microsoft aura tardé l’implémentation des fonctionnalités typographiques de base d’un traitement de texte. & comme beaucoup de version 2oo7 courront encore dans les rue pendant un bout de temps, il ne faudra pas s’attendre à un résultat correct dans un proche avenir. Un comble alors que l’OpenType a été initié par eux. Enfin, avec l’éternelle promesse faite aux utilisateurs de simplicité et pour ne pas le brusquer, nul doute que peu prendront la peine de respecter les règles les plus élémentaires de typographie en faisant la démarche de s’y initier et d’activer les options nécessaires à un rendu de qualité minimale.  *La Garamond premier et la Garamond made in Microsoft respectivement. Avec le formulaire de typographie avancée.* ## LibreOffice, la bonne surprise ## Mon test utilise une version à jour, 4.4.4.3. La police est traitée de manière correcte et tout est automatique. Manque la ligature rare, à ajouter à la main. Pour ne pas commettre les mêmes erreurs que Microsoft, il faudrait en plus de ce résultat, permettre à l’utilisateur de s’initier à la typographie, par exemple en lui laissant le choix d’un style "lecture sur écran" avec la police DejaVu, et un autre pour l’impression avec une police plus adaptée. Le support a toujours structuré l’écriture et son dessin, avec l’outil utilisé: chute de poterie, argile (à laquelle l’écriture cunéiforme s’adapte), gravure sur pierre, bois y compris vivant — il suffit d’observer les troncs en ville pour se rendre compte que l’usage a perduré... —, papyrus, parchemins, qui sont éventuellement assemblés en codex, papiers (de riz, torchon, bible...) et support numérique. Il n’y a donc pas de raisons de s’en abstraire et en fonction de la destination du document, son auteur devrait pouvoir sélectionner la mise en page et la police les plus adaptées. La technologie css le permet pour le web. Les suites bureautiques devraient offrir à leurs utilisateurs le choix de la finalité de leur document et proposer la typographie qui convient en conséquence. ## Scribus, en net défaut ## Scribus gère mal le format OpenType, par chance j’ai pu choper une version TrueType de la fonte. En conséquence, sauf le kerning rien n’est automatique: il faut ajouter les ligatures à la main, idem pour l’alternative contextuelle. Bref, c’est faisable pour des textes très courts, mais ça devient vite pénible car il faut chercher dans la table des caractères et insérer manuellement. Ce logiciel phare de la pao libre, que j’apprécie par ailleurs, est une déception. Cependant, il semblerait qu’il y ait un [travail](http://www.scribus.net/scribusctl-project-started/) en cours et allant dans le bon sens. ## LaTeX, la Rolls-Royce ## Ici je triche un peu; pour ne pas me prendre la tête j’utilise LyX; en backend c’est XeTeX qui est à la manœuvre, car c’est celui qui a fourni le meilleur support des polices OpenType. Avec la police de caractère par défaut (Computer Modern) et LaTeX standard, le kerning est bon, et la ligature standard est automatique. Il y a probablement moyen d’activer la ligature rare. Resterait l’alternative contextuelle à tester, mais comme ce n’est pas le but du test, je poursuis. En passant à XeTeX et la Garamond Premier, l’alternative contextuelle est bien là; la ligature rare est, quant à elle, désactivée par défaut. Dommage qu’il n’y ait pas une option directement proposée dans l’interface. Il faut personnaliser le préambule.> \usepackage{microtype} \usepackage{fontspec} \setmainfont[Mapping=tex-text,Style=Swash,Numbers={OldStyle,Proportional},Ligatures={Rare,Historic}]{Garamond Premier Pro} Attention! les deux fonctionnalités numbers sont utiles pour utiliser des nombres dans un texte: elles permettent le bas de casse et un crénage des chiffres. Pour un texte à dominante mathématique, il est plus discutable de les activer, à mon humble avis. Ici ce n’est qu’un exemple à adapter à vos propres goûts: par exemple swash produit de très belles capitales italiques (si disponibles dans la police), à utiliser avec modération. # Et le web ? # Pour le web, ça ne m’intéresse pas trop. Il faut dire qu’en terme de mise en page c’est une catastrophe. Mais j’ai été agréablement surpris que Firefox gère assez bien les polices OpenType (ligatures standards, alternatives contextuelles activées par défaut). Voici un [billet](http://blog.typekit.com/2014/02/05/kerning-on-the-web/) qui peut servir de point de départ dans le domaine.