URL: https://linuxfr.org/users/montaigne/journaux/la-prise-de-conscience Title: La prise de conscience Authors: Ontologia Date: 2009年05月05日T01:32:50+02:00 Tags: Score: 14 En 2000, j'ai fait connaissance avec le terme de néolibéralisme, et j'ai appris, - et depuis, etayé - ce que cette idéologie a de différent, voire de totalement contradictoire avec le libéralisme classique. Je ne vous renvoi pas vers la définition de wikipedia, qui pour une fois est assez mauvaise, mais vers un [texte du philosophe québécois Maurice Lagueux décrivant la génèse et la nature](http://agora.qc.ca/reftext.nsf/Documents/Neoliberalisme--Quest-ce_que_le_neoliberalisme_par_Maurice_Lagueux) de ce courant philosophico économique. Les lecteurs les plus endurants sont chaudement recommandé de lire le fabuleux essai de [Christian Laval "L'homme économique - les racines du néolibéralisme"](http://www.canalacademie.com/L-Homme-economique-de-Christian.html) qui remonte au moyen-âge, voire brièvement dans l'antiquité, afin de tracer l'histoire épistémologique et sociétale des systèmes de valeurs de nos sociétés occidentale, ayant abouti à la conception maintenant commune de l'être humain, "être de besoin"(1). Le néolibéralisme, pour faire vite, et mal, est le pendant individualiste du marxisme version lénine/staline (qui est elle aussi une idéologie d'essence utilitariste) : au lieu de sacrifier l'homme à la collectivité, la société doit se sacrifier pour l'individualité de chacun. Dans cette conception, l'état est par nature mauvais, les marchés s'équilibrent naturellement et la police, la justice et l'armée ne doivent plus être que les seuls émanation publiques (et encore, pour certains auteur, ces organisations doivent être elles aussi privatisées). Pour vous situer le niveau, citons le célèbre et lumineux aphorisme de Margaret Tatcher "There's no such thing as a society". Dans les années 1960, il était de bon ton d'être keynesien : l'idéologie dominait les décisions des dirigeants, l'enseignement supérieur, et les analyses économico-sociales des éditorialistes. Le keynesianisme était une bonne réponse à la finance folle de l'avant guerre, avait fait ses preuves depuis 1945 (avec Bretton-Wood comme clé de voute), et procurait aussi un bouclier au communisme encore fort dans les pays d'europe de l'ouest. Avec une économie états-unienne en surchauffe à la fin des années 60 (en grande partie à cause de la guerre du vietnam), un communisme s'affaiblissant en vigueur prosélyte (et économique), l'idéologie néolibérale put enfin vaincre son vieil ennemi keynesien, et l'un de ses meilleurs combattant, co-créateur de la société du Mont Pellerin, conseiller de Augusto Pinochet (on reste entre grands esprits), Milton Friedman, put enfin voir triompher ses idées monétaristes le [15 aout 1971](http://fr.wikipedia.org/wiki/Dollar_am%C3%A9ricain#1971-1973_:_p.C3.A9riode_de_transition). Cette date peut connu est un des événements les plus importants des 50 dernières années : ses conséquences sont absolument immenses sur l'état de nos sociétés, nos vis quotidiennes, etc... Elle marque le début d'une ère de dénonciation de l'état, comme l'exprime très clairement Ronald Reagan lors de son discours d'accession au pouvoir : " Dans la crise actuelle, le gouvernement n’est pas la solution à nos problèmes; le gouvernement est le problème. De plus en plus nous avons été tenté de croire que la société est devenue trop complexe pour se gouverner elle-même, que le gouvernement d’un groupe d’élite est supérieur à un gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple. Et bien, si personne parmi nous n’est capable de se gouverner par lui-même, qui parmi nous a la capacité de gouverner les autres ?" En France, l'élite, et la gauche en particulier, va lentement mais surement convaincre la population d'adopter ce nouveau paradigme. La gauche au pouvoir découvre les réalités qui les accompagnent. Dans le contexte français, l'idéologie néolibérale se trouve alors en pleine conjonction avec quatre facteurs. Premièrement, les anciens Soixante-huitard commencent à accéder au pouvoir, leur idéologie correspond parfaitement à l'idéal d'individualisme militant, structurel, proposé par l'idéologie néolibérale. Deuxièmement la rigueur met à jour la lourdeur et le cout de l'état providence. Troisièmement, Mitterrand (c'est très clair lorsqu'on lit les récit de la présidence d'Attali) refuse "le léninisme", et accepte le tournant de la rigueur, les dévaluations, la libéralisation afin de rester dans le serpent monétaire européen : il veut la monnaie unique à tout prix, il en sera le principal artisan. Un dernier facteur, récemment explicité par Emmanuel Todd dans son dernier bouquin ("Après la démocratie") : la proportion "éduquée" (niveau bac et plus) de la société forme dorénavant une couche autonome, suffisamment nombreuse pour se contenter de se parler "entre elle". L'ouvrier, qui vote de plus en plus front national par déception du communisme, devient le " nouveau beauf" barbu et vulgaire que dessine si bien Cabu. La thématique économique, sociétale, cesse d'être prioritaire au yeux de la gauche caviar qui choisit entre l'internationalisme et l'ouvriérisme. L'écologie gagne pendant ce temps là un terrain croissant, sous les railleries au début (je me souviens très bien ma mère qu avait voté écolo en 88 sous les sarcasmes de mon père, un de mes premiers souvenirs politiques...). Depuis 2000, et reconnaissant le, les coups de butoir et peu mégalo-médiatiques de Hulot en 2007 (et le travail de fond des vert depuis 30 ans), l'écologie le respect de l'environnement devient une valeur consensuelle, à telle enseigne qu'elle est maintenant largement récupérée par les marketeux, qui nous pondent des beaux produit chimiques verts dans des bidons en plastique transparents. Je ne vous fais pas la généalogie de l'écologisme, je n'y connais point grand chose... Toujours est-il que la prise de conscience est grandissante : ce mot de néolibéralisme, que je ne lisais ou entendait que dans la bouche de chercheur en 2000, descend maintenant dans la sphère journalistique, - en grande partie grâce à Marianne, qui a lourdement insisté, avant de faire de Sarkozy sa tête de turc - et peu à peu dans la politique - à part le PS qui n'a toujours rien compris, mais on eu pas les ravoir ceux-là -. Plus profond, ce mélange diffus, souvent encore inconscient de ces deux prises de consiences, mène de plus de plus de monde à refuser le matérialisme, parfois de façon extrême, à douter de la logique de plus en plus douteuse présidant à nos destinés. Le débat sur le protectionnisme, est à ce titre éclairant. De plus en plus d'occidentaux veulent un retour aux valeurs fondamentales, à la terre, avec parfois une certaine touche de mysticisme, à l'exemple des amricains [qui vivent un engouement soudain pour les potagers chez soi](http://www.rue89.com/american-ecolo/2009/05/03/les-americains-aspirent-a-cultiver-leur-jardin). L'atmosphère est spéciale.. mêlée de colère et d'aspirations de se "reconnecter" à des fondamentaux. Ces derniers mois, voire ce dernier mois, c'est la peur de la révolte, voire la révolution qui agite l'élite... J'ai appris de sources informés que l'armée planifie des réponses à des jacqueries qui risquerait d'émerger ça et là, c'est leur boulot... De plus en plus d'émissions pointe le dangers : même les cadres moyens, voire supérieurs, se sentent floués. Ils risqueraient de se retourner contre une élite de plus en plus isolé : les 0,1 % les plus riches ont en 10 ans accru leur fortune de 20% Les commentateurs, tel Yves Michaud, [dans l'esprit public de ce dimanche](http://sites.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/esprit_public/) n'ont pas de mot assez dur contre les patrons "hyper individualistes" qui s'octroient des rémunérations "indécentes". Nos élites flippent Ce soir [il y a une émission sur France 2, à 22h certes](http://television.telerama.fr/tele/emission.php?id=12840290), mais elle illustre, à quel point il flippent, là haut à Paris. Ils savent qu'en France, on a un jour coupé la tête à un roi. Ils savent très bien que si la classe moyenne se retourne, [elle qui sent le sol se dérober sous ses pieds](http://www.dailymotion.com/user/franceinter/video/x92h9i_france-inter-les-jeunes-face-a-la-c_news) se retourne, cela risque de très mal se passer. A cela un grande différence avec les précédentes révolutions : elles portaient un idéal, préparés par les philosophes des lumières. Or, aujourd'hui, rien, sinon la tambouille mytico révolutionnaire léniniste du NPA, le refus du néolibéralisme/retour au keynesianisme sans savoir si ça va marcher de Bayrou/Khan ou le néolibéralisme noyé dans la comm' version Sarkozy/Copé. Ca va pas être triste... (1) Je garde précieusement une émission de la Suite dans les Idées, sur France Culture présentant le bouquin. M'envoyer un message si vous êtes intéressés.

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