URL: https://linuxfr.org/users/montaigne/journaux/cartographie-de-la-metadynamique Title: Cartographie de la métadynamique Authors: Ontologia Date: 2013年02月20日T21:29:44+01:00 License: CC By-SA Tags: Score: 3 Les sciences humaines sont un domaine en définitive assez difficile à qualifier scientifiquement. Pour les scientifiques que nous sommes, beaucoup de constructions des sciences humaines et sociales tiennent sur du vide. A leur décharge, même en le maitrisant, les chercheurs n'ont pas le confort de travailler dans un domaine ou l'axiomatique et les règles de raisonnements peuvent être clairement formalisées, voire testées par une machine. Tout au plus, certain d'entre eux ont pu travailler à découvrir des structure algébriques. C'est le cas de Paul Jorion avec lequel j'ai eu une passionnante discussion hier soir, en marge [d'une conférence organisée par l'association Ping](http://www.pingbase.net/wordpressfr/creation-numerique/hacker-vous-avez-dit-hacker). Mais avant d'en dévoiler le contenu, je continue mon introduction. Tout être humain, qu'il l'accepte, le sache ou s'en défende, a sa propre conception de la dynamique de tel ou tel aspect de la vie sociale. La question fondamentale étant toujours la même : était-ce prévisible ? Qui pouvait prévoir (observez l'étymologie du mot) la crise des subprimes, la chute de l'URSS, les révolutions arabes ? Cela étant pris au sens large, on aura donc une conception de la prévisibilité de l'évolution de la société dans une perspective historique, spatiale, et tout ce que l'on veut en .+logique. En regardant bien, cette conception sous-tend souvent les conceptions politiques que l'on porte, entre autres choses. Cette notion de prévisibilité est étudié dans le domaine des [Systèmes complexes](http://fr.wikipedia.org/wiki/Systèmes complexes "Définition Wikipédia"), systèmes dont on connais tout ou partie des règles, mais dont on ne peut prévoir l'état à un instant t1 à partir d'un état t0 qu'en le testant en grandeur nature ou au mieux, en le simulant. Intuitivement on peut borner le domaine des possibles en ayant une bonne connaissance du système. Le cerveau humain est très bon à ce jeu là, dans certaines conditions. Ces conditions sont - à mon avis - essentiellement liées à la [robustesse du système](http://fr.wikipedia.org/wiki/Syst%C3%A8mes_complexes#Comportement) et corolairement à sa nature "gaussienne" ou exponentielle, vaste domaine encore peu exploré. Cette problématique est par exemple longuement exploré dans le livre de Nassim Nicolas Taleb "Le Cygne Noir". Taleb pourfend sans pitié les "Platoniciens" qui "platonifient" sans cesse sur tout type de problématique. Il vise en particulier le modèle de [Black-Shole](http://fr.wikipedia.org/wiki/Mod%C3%A8le_Black-Scholes) - modèle centrale en finance - qui se base sur une conception Gaussienne des marché financier. Taleb vulgarise la problématique en introduisant la notion d'extremistan et de médiocristan. Dans le premier "pays", des évènements improbable peuvent modifier totalement l'avenir, l'effet papillon est un exemple de dynamique médiatisé de ce pays ([bien qu'on ait démontré qu'il était beaucoup plus limité qu'on le croyait](http://smf4.emath.fr/Publications/Gazette/2001/90/smf_gazette_90_11-25.pdf) ). Les composantes des systèmes complexes sont très liées entre elles et il est quasiment impossible de prévoir de façon formelle ou intuitive l'avenir du système. Dans le second pays, la moyenne et la courbe de Gauss règnent en maitre, on a donc des systèmes assez robustes qui nécessitent de grosses perturbations pour subir un changement significatif d'évolution. Les systèmes bien qu'intriqués sont plus facile à prévoir, que le facteur étudié soit certain ou que son risque soit très probable. Dans la réalité, ces deux pays ne sont pas distincts, mais intriqués, et on ne sais pas à quel point ni comment... La conception du scientifique ----------------------------- Si l'on gratte un peu, on constate que beaucoup de scientifique du monde des sciences humaines sont soit plutôt déterministes (ie. voient le médiocristan partout), soit plutôt réductionnistes (ie. voient l'extremistan partout). Beaucoup ne veulent pas savoir où il se trouve : j'ai un jour posé la question à Emmanuel Todd lors d'une conférence (ce qui m'a d'ailleurs donné le privilège de passer pour un con devant toute la salle), Todd m'a répondu gentillement qu'il n'en savait rien, qu'il bricolait ses statistiques et ses intuitions et que puisque je lui posait la question il décidai sur le champ de ne plus jamais se la poser). Au risque de caricaturer affreusement, on pourra constater que les libéraux les plus extrémistes sont des réductionnistes acharnés - "There's no such thing as a society" comme disait Thatcher - tandis que les communistes les plus rouge sont de fiéfés déterministes. Cartographier ? --------------- Donc, on en sais rien : on ne connais ni la topologie, ni la distribution de ces dynamiques, et beaucoup ont tenté de la formaliser sans apporter de théorisation unifiée ([Stabilité structurelle et morphogenèse de René Thom](http://www.math.jussieu.fr/~chaperon/Morphogenese.pdf ) ou [encore le travail de David Chavalarias](http://tel.archives-ouvertes.fr/tel-00012087/) ) Todd a prévu, par la démographie et les systèmes familiaux, la chute de l'URSS et les révolutions arabes, respectivement 15 ans et 2 ans avant leur avènement. La méthode de Todd est essentiellement du domaine du médiocristan,[ bien que certain ne veulent y croire](http://www.enquete-debat.fr/archives/emmanuel-todd-vrai-prophete-ou-vrai-opportuniste-86814/%20/comment-page-2#comment-90912) ). [Cette notion de déterminisme est fondamentale et la faible présence d'éléments exponentiel rend la prévision aisée du moment que l'on a compris les rapports de force](http://ecoleleplaysienne.blogspot.fr/2011/08/determinisme-des-systemes-familiaux-et.html). A l'inverse, le système financier est un système difficilement prévisible, bien que [certaines structure fortes (et inquiétantes) peuvent y être détectés](http://www.ted.com/talks/james_b_glattfelder_who_controls_the_world.html). Selon des rapports décalés dans le temps, car à échelles différentes, tous ces systèmes sont intriqués et influent les uns sur les autres. Une des grande avancés scientifique des 50 prochaines années sera donc cette œuvre de cartographie qui nous éclairera sur les phénomènes sociaux et les schémas historique, ainsi bien sûr que la distance que l'on doit prendre avec eux, car l'histoire est toujours plein de surprise. La clé de Paul Jorion --------------------- Je lui pose donc la question de la croyance ou non au déterminisme chez les anthropologue et les sciences humaines en général, et il me répond en me fournissant une clé très intéressante : Paul Jorion a étudié l'anthropologie à l'université de Cambridge où il a ensuite été chercheur. Avec l'arrivée de Thatcher au pouvoir (et de Reagan aux Etats-Unis), les crédits et l'effectif estudiantain de la discipline a baissé de 30 %. Le détail a son importance : avant cette réduction de budget, un scientifique sérieux passait un an dans une tribu indigène afin de l'étudier. Durant un an, un anthropologue a eu le temps de s'intégrer à la vie sociale du groupe et de prendre assez de recul pour systématiser. Cette durée est passé à moins de 6 mois après les réductions de crédit. Le chercheur passe donc a une analyse où il met en avant la subjectivité de sons analyse, d'une part car il n'a pas assez de matière pour proposer une étude systématique solide et d'autre part car il a besoin de se justifier. On se retrouve donc avec une science peuplé d'analyse "subjective" mettant en avant la complexité de l'homme et partant - mais intuitivement - une imprévisibilité perçue par l'analyste qui le pousse vers une conception réductionniste. Misère du néolibéralisme, une fois de plus... L'étude scientifique par la subjectivité est à prendre avec des pincettes - jamais à rejeter, mais assez contradictoire avec la perspective de systématisation de phénomènes reproductibles. La tâche de cartographie doit donc être prise explicitement en main par le monde de la recherche tout en ayant possession de l'importance épistémologique de l'enjeu, sinon on resombrerai dans la politique et ses enjeux (toujours présents) au sein de la recherche. Pour conclure ------------- Si vous n'avez pas fini la grille avant, j'ai gagné : FOUTAISES !