URL: https://linuxfr.org/users/marahi/journaux/lamentations-ou-les-remords-dun-geek Title: Lamentations ou les remords d'un geek Authors: marahi Date: 2010年06月18日T17:39:09+02:00 Tags: Score: 35 Je suis tombé amoureux pour la première fois à l'âge de 16 ans. C'était il y a 16 ans déjà, dans un petit bâtiment au détour d'une rue ou on m'avait dit qu'on donnait des cours d'informatique pour pas cher. Au début, je croyais que j'aurais affaire à des souris glissant de fenêtre en fenêtre histoire d'ajouter "dompteur de rongeurs" à mon CV, à cette époque chez moi c'était aussi impressionnant que "dompteur de lions", et puis quelques mois après elle est entrée dans ma vie : la programmation, j'ai d'abord découvert Pascal puis C et j'ai aussi découvert que l'on pouvait faire bien plus que glisser des curseurs d'un bout à l'autre de l'écran. À l'issue de ma formation j'ai décidé de m'investir dans l'informatique, "un métier d'avenir" qu'on disait à l'époque. Après le bac donc, la fac, direction l'institut d'informatique. Seulement voilà, quelques obstacles me barraient le passage pour devenir, moi aussi, un gourou et entrer au panthéon geek. Le premier est que j'avais une aversion pour tout ce qui touchait aux mathématiques, aversion acquise suite au martyre que j'avais subi de la main de certains de mes enseignants, un en particulier, grossier personnage qu'on croirait tout droit sorti d'un roman écrit de la main droite du marquis de Sade et de la main gauche d'Henri Poincaré. Les mathématiques, comme vous le savez, c'est l'âme de l'informatique et sans âme point de vie. Mais être étudiant en informatique m'a permis de rencontrer d'autres geeks, de me sentir un peu revivre après deux décennies passées en authentique nerd anabiote (id est : un no-life endurci), de découvrir Linux, vous savez le "Oh un système UNIX Linux dans mon PC et tout cela sans débourser un sou et sans culpabilité parce qu'avant je tipiakais des logiciels propriétaires car chez moi ça coûte un bras et une jambe d'acheter ne serait-ce qu'un Windows authentique" ... Mais par rapport à mes amis geeks j'avais un petit handicap : bien que j'eus pu, comme eux, tant bien que mal, réussir mes examens, j'étais affligé par le plus grand des maux dont un geek peut souffrir; je pouvais écrire écrire des codes les plus beaux et les solutions les plus élégantes qui soient mais je bloquais très souvent, trop souvent, sur des bugs mineurs, bugs dus à des petites erreurs d'inattention, deuxième obstacle donc. Les Américains appelleraient ce mal le [[TDAH]] , moi j'appelle cela une _malédiction_, oui, j'étais un geek maudit et cette malédiction m'a toujours poursuivi, si bien qu'à la fin de mes études, même avec un diplôme en poche, convaincu que j'étais le plus médiocre des informaticiens, j'ai été contraint de quitter mon amour de toujours, un divorce valait mieux qu'une vie commune empoisonnée par la frustration, et prononcé le divorce fut. Je dus alors me chercher un autre métier. Entre temps, les vents du destin m'avaient emporté vers d'autres cieux et finalement déposé sur la terre des Gaulois et du haut_débit_qui_déchire_la_race_à_sa_tante. Je pouvais profiter de beaucoup de libertés, dont la liberté des logiciels et continuer à utiliser allègrement les logiciels libres, j'ai même pu attirer de nouveaux disciple à l'école du GNU. Mais les dieux geek sont mesquins et pleins de condescendance pour les mortels, iEros revint à me harceler et à remuer la flèche que j'avais brisée en tentant de l'extirper de mon cœur il y a près d'une décennie. D'un autre côté, plus j'utilisais les logiciels libres - gratuitement le plus souvent, ma bourse étant vide et une bourse, comme disait [[Hermann Melville]], "n'etant rien d'autre qu'un morceau de tissu s'il n'y a pas un sou dedans." - plus j'utilisais les logiciels libres donc, plus je culpabilisais. J'avais l'impression d'être un fardeau pour la communauté libre, un profiteur, un parasite, qui utilise du bon code sans jamais y contribuer. "Tu es un informaticien médiocre, mais tu n'en es pas moins informaticien" c'est avec ces mots que ma conscience me torturait. Pourquoi le code ? me direz-vous, pourquoi pas la documentation, la soumission de rapport de bogues, le support technique, la promotion du libre ? oui vous avez raison, le libre ce n'est pas que le code et je fais déjà deux choses sur les quatre que je viens de citer. Mais le code, c'est une écriture sacrée. Le code, c'est le nerf de la guerre et du software. Le code cristallise la pouvoir technique du geek. Le code, c'est les blocs de pierre qui constituent le mur de Geekgamesh. Le code, c'est le passeport pour l'éternité. Le code c'est la création du monde libre. Le code, c'est le destin du développeur. En ne codant pas, ou plutôt en étant incapable de produire du bon code, j'ai commis un sacrilège, j'ai brisé mon destin, j'ai contrarié les desseins de iTyché. Depuis quelque temps, je n'arrête pas de penser au code, j'en vois partout, parfois j'ai des illusions d'optique et je jurerais avoir vu des accolades ouvrantes et fermantes dans mes spaghetti. J'aimerais recommencer à écrire du code, je le fais déjà mais c'est du Bash donc ça ne compte pas. J'ai entamé récemment une auto-formation en Java, oui je sais ça pu c'est pas (vraiment) libre, mais il faut bien manger ... j'ai bien voulu refaire du C/C++ mais ça me rappelle trop de mauvais souvenirs. Et puis ma vieille hantise ne me quitte pas, je crains d'être toujours maudit et que mon sort, en tant qu'aspirant-développeur, soit scellé. J'ai peur d'être condamné à une geekitude vaine et infertile ad vitam aeternam. Voilà, je sais que les journaux ne doivent pas être des déversoirs d'état d'âmes de geeks en mal de talent, mais il ne reste plus beaucoup d'endroits où je peux crier son désarroi. Amies geekettes, amis geek, que le fork soit avec vous.

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