URL: https://linuxfr.org/users/llaxe/journaux/discours-autour-du-libre Title: discours autour du libre Authors: llaxe Date: 2009年12月04日T15:43:01+01:00 Tags: philippe_aigrain et éthique Score: 8 Ou logiciel libre et société du futur.. Pour ceux qui ont encore du temps à perdre après avoir lu la dépêche de patrick_g, je conseille la lecture d'un article paru sur le framablog [1], «Du logiciel libre aux théories de l'intelligence collective». C'est un article d'un universitaire sociologue, M. Broca, qui commence par retracer rapidement ce qu'est un logiciel libre, parce que tout le monde ne sait pas ce que c'est, et le passé du mouvement, puis qui donne 3 exemples de reprises des discours autour du libre, l'un par un philosophe finlandais, l'autre par un économiste français, le dernier par deux philosophes foucaldiens, l'un italien et l'autre américain. L'article essaye de rendre compte des différentes réussites ou échecs de ces discours, ce qui peut peut-être permettre de créer des nouveaux discours ou de remodeler les anciens pour que le «logiciel libre ne libère pas que du code». Il définit le logiciel à partir de ses quatre libertés, certes, mais aussi (en bon sociologue) à partir des "communautés": «des centaines puis des milliers de programmeurs en viennent à unir leurs efforts pour développer ce noyau, entre-temps nommé Linux», et n'oublie pas le bénéfice qu'en tire des grosses boîtes comme IBM. Il a tendance à considérer le monde du libre comme un, mais modère cette unité en nommant la fracture OSI/FSF. Mais il ne parle ni de bsd ni de viralité de la gpl. Ce qui l'intéresse est les idéologies, les discours. Ainsi il fait allusion au modèle bazar pour le modérer en disant que malgré les déclarations d'ouverture, de libre collaboration, il existe des « manœuvres volontaires de rétention de l’information ». Il donne que les structures méritocratiques du libre sont hiérarchiques, en même temps qu'elles valorisent la collaboration. Le philosophe Pekka Himanen, et l'Éthique hacker, que vous connaissez peut-être, fait une analogie entre les hackers et les milieux artistiques, en tant que les artistes, les universitaires, mélangent vie familiale et vie professionnelle, et que pour eux la satisfaction personnelle qu'ils tirent de leur travail est ce qui compte le plus. Ils s'engagent entièrement dans leur travail, pour se faire plaisir. Broca ne nie pas que cela existe, mais émet de sérieux doute sur le fait que cette éthique du travail, ce rapport au travail puisse se répandre tel quel dans les autres secteurs de la société. L'économiste Yann Moulier Boutang, émet lui l'hypothèse que le logiciel libre serait l'avant-garde d'un nouveau type de capitalisme, le capitalisme cognitif, celui de l'économie de la connaissance. Pour produire de la connaissance, le plus efficace est d'utiliser des modes de travail en réseau, collaboratifs, car les organisations hiérarchiques traditionnelles étouffent les innovations, les découvertes. De plus la connaissance coute moins chère à produire lorsque l'on la délègue à des communautés, qui la font pour ainsi dire surgir naturellement. L'essentiel est de capter ce gisement pour pouvoir le convertir en monnaie. Broca souligne qu'une telle analyse ne peut que se restreindre aux secteurs de la connaissance et encore (exemple personnel: les boites pharmaceutiques). De plus il est aussi tout à fait possible que la tentative soit de verrouiller les réseaux pour mieux les gérer (cf Aigrain). J'ajouterai que la production ou la commercialisation de connaissance verrouillée par des systèmes de brevets iniques a encore de beaux jours devant elle, qu'elle fonctionne aujourd'hui à grande échelle, et met du temps à être renversée à être renversée par le libre. C'est une vision optimiste que celle de Moulier-Boutang. Enfin Michael Hardt et Antonio Negri voient eux carrément demain une démocratie open-source. Ils semblent dire que la production d'immatériel s'accompagne toujours de la diffusion de cet immatériel dans la société. Comme le présente Broca: «On peut ainsi – moyennant une simplification acceptable – donner à leur raisonnement la forme d’un syllogisme : Structures économiques et structures politiques tendent à devenir semblables. Or, le logiciel libre est emblématique des nouvelles structures économiques. Donc, le logiciel libre devient emblématique des nouvelles structures politiques !». Broca conteste qu'on puisse envisager la politique sur le mode d'une gigantesque entreprise de débogage. Il s'agirait d'une sur-rationalisation de la politique. Personnellement la politique comme débogage ne me dérange pas à première vue tant que ça, mais plutôt le fait que dans une démocratie open-source, il ne serait pas possible de nier tout le mal sur lequel notre pays peut reposer (immigration/écologie/secrets d'état). J'ai à peu près (et mal) résumé ce dont Broca parle. Je vous encourage à plutôt lire l'original. Ce qui me gêne un peu dans ce dont Broca parle c'est la vision unitaire, globalisante qu'il a du libre. Il n'y a pas de mesure entre le développement du noyau, l'ubuntu sur laquelle je rédige, et les serveurs mails particuliers. Pourtant tous ont partie liée au libre. Il n'y a pas une organisation unique du libre qui soit formalisable à mon sens. Mais en même temps, Broca s'intéresse aux discours, et est bien obligé d'être assez global pour pouvoir parler de l'objet "Le libre". Bref, cet article m'a intéressé, et en même temps me laisse plus perplexe qu'avant quand à ce que le libre est voué à devenir, ou peut bien dire... [1] [http://www.framablog.org/index.php/post/2009/11/23/logiciel-(...)](http://www.framablog.org/index.php/post/2009/11/23/logiciel-libre-theories-intelligence-collective-sebastien-broca)

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