URL: https://linuxfr.org/users/liorel/journaux/bac-et-calculatrices-programmables-la-fin Title: Bac et calculatrices programmables : la fin ? Authors: Liorel Date: 2015年04月09日T14:45:56+02:00 License: CC By-SA Tags: calculatrice et éducation Score: 35 Un journal bookmark : [Le ministère de l'éduc' nat' prévoit d'interdire les calculatrices programmables au bac en 2018](http://rue89.nouvelobs.com/2015/04/08/triche-bac-ministere-va-bloquer-les-calculatrices-ca-craint-258550). Ça me semble une belle connerie. Personnellement, c'est là que j'ai découvert la programmation, mais pas seulement : ça m'a servi tout au long de mes études. Aujourd'hui encore, à bac+11, il m'arrive de me resservir des vieux programmes que j'ai codés juste après le bac. Quand je suis entré en seconde, il a fallu m'acheter une calculatrice programmable. On allait avoir, au lycée, des problèmes mathématiques complexes à résoudre, qu'une calculatrice basique ne savait pas gérer. Mon pèrem'a donc emmené au Darty le plus proche, et m'a pris une Casio Graph 35. Le dernier chapitre du manuel (un pavé) était consacré au langage de programmation de cette dernière. Il faut bien avouer qu'il est rudimentaire. Il est interprété, ne comprend pas de fonctions, donc la seule façon d'aller un bout de code donné est le fameux goto. Il n'y a d'ailleurs qu'un nombre limité de goto et de variables, puisqu'un goto doit pointer vers un label (indiqué par la commande `Lbl`), et que le nom d'un label est nécessairement constitué d'un unique caractère alphanumérique. Ainsi, la commande `Goto M` est valide, pas la commande `Goto MENU`. Pour les variables, même problème. Chaque nom de variable n'a droit qu'à une seule lettre, et le type des variables est nécessairement numérique. Pas de listes, de tableaux, même pas de str. Bon, on peut quand même utiliser des listes de longueur arbitraire et accéder à leurs éléments via leur indice, mais c'est super chiant comme manip. Quant à la distinction int/long/float/complex/whatever, on oublie. Qu'on stocke $i\sqrt{2}$ ou 1, c'est pareil. Oh, et toutes les variables restent dans la mémoire de la calculatrice après usage. Oui, même quand le programme se termine. Ça ressemble à une faille de sécurité, mais c'était génial pour débugguer1. Eh bien malgré toutes ces restrictions, cette calculatrice était un outil génialissime. J'ai programmé un nombre pas possible de petits programmes dessus, dont un RPG maison. On était 2 dessus, un pote faisait les dessins (pixel par pixel, en utilisant l'outil de dessin de graphique de la calculatrice) et moi le code. Les élèves de seconde adoraient mon jeu (ils adoraient aussi le fait que ce soit sur calculette, donc ils pouvaient y jouer sans trop éveiller l'attention). Mon pote a fini en école d'informatique et moi en fac de médecine. Eh bien, là encore, ça m'a servi d'avoir appris à programmer, et plus que jamais. L'usage de la calculatrice était autorisé, ainsi que celui de tous les documents, à deux épreuves : biophysique et biostatistiques. Les épreuves se déroulaient sous forme de QCM (bien obligé, quand on fait passer 2000 étudiants). Donc pas besoin de détailler les calculs. Eh bien là encore, savoir programmé m'a aidé. En fait, je dirais que ça a été déterminant dans ma vie. J'étais jeune et con, et je me disais "je ne vais pas bosser, je vais plutôt programmer les questions tombables". Bon, du coup, programmer les questions tombables a donné les meilleures séances de révisions imaginables : ça m'a fait bosser mes cours, mais surtout, c'était loin d'être chiant, au contraire ! À l'arrivée, je connaissais parfaitement mes cours, les bases mathématiques sous-jacentes, le pourquoi du comment. Les points gagnés en biophysique et biostats n'ont pas peu contribué à ma réussite au concours. Ce que j'ignorais, c'est que les biostats, que je voyais initialement comme horriblement rébarbatives et dont ma calculatrice avait transformé ma vision, allaient être ma matière favorite en médecine, au point que j'ai pris santé publique comme spécialité médicale. Aujourd'hui, pas un jour ne passe sans que je me félicite de ce choix. Tout ça parce que, quand j'avais 14 ans, mon père m'a acheté une calculatrice programmable. Il est probable que, sans cette calculatrice à 400 francs, ma vie aurait été extrêmement différente. Vraiment, pour tout ça, pour tous ces bacheliers qui ne connaîtront pas ce que j'ai connu, cette nouvelle m'attriste. 1 : De toutes façons, tous les programmes se lancent à la main et la calculatrice n'a pas de fonction de communication avec l'extérieur. Et il ne peut y avoir que des nombres en mémoire. Ça limite les possibilités d'espionnage et de fonctions malveillantes ;)

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