URL: https://linuxfr.org/users/lebouquetin/journaux/moi-aussi-j-ai-cree-une-entreprise Title: Moi aussi j'ai créé une entreprise ! Authors: LeBouquetin Date: 2015年04月10日T00:35:25+02:00 License: CC By-SA Tags: retour_d_expérience, modèle_économique, entreprisell et entreprise Score: 64 Ca y est. Après 10 années d'indécision, moultes doutes, deux séries d'interviews sur la création d'entreprise, un peu d'incubation, un peu d'association, je m'y suis finalement mis, moi aussi. J'ai créé mon entreprise. (TADAM !) # Avant-propos J'ai réalisé 2 séries d'entretiens sur le sujet de la création d'entreprise. Cette fois-ci, je ne me suis pas entretenu avec moi-même, ça aurait été un peu schizophrénique. En revanche je propose ici un retour d'expérience sur ma phase de création et démarrage d'activité (je bosse sur mon projet depuis un an, j'ai effectivement créé en février). Ca peut sembler un peu décousu (et ça l'est peut-être bien;) Rappel des 2 séries : - 4 entretiens en 2011/2012 - [celui-ci](http://linuxfr.org/news/logiciel-libre-et-cr%C3%A9ation-dentreprise-entretien-avec-le-cr%C3%A9ateur-de-mediaareanet-sarl), [un autre](http://linuxfr.org/news/logiciel-libre-et-cr%C3%A9ation-dentreprise-entretien-avec-2-des-cr%C3%A9ateurs-de-hybird), [le troisième](https://linuxfr.org/news/creation-d-entreprise-entretien-avec-personneanonymisee-admin-systeme-en-auto-entreprise) et enfin [le dernier](http://linuxfr.org/news/cr%C3%A9ation-dentreprise-entretien-avec-guillaume-libersat-ind%C3%A9pendant-au-sein-dune-cae)... ah non, en fait [il y en a un cinquième](http://linuxfr.org/news/cr%C3%A9ation-dentreprise%C2%A0-entretien-avec-pierrick-le-gall-cr%C3%A9ateur-de-la-sas-pigolabs) - 4 entretiens en 2014/2015 - [un](https://linuxfr.org/news/vivre-du-logiciel-libre-mediaarea-net-trois-ans-plus-tard), [deux](https://linuxfr.org/news/vivre-du-logiciel-libre-ludovic-dubost-nous-parle-de-sa-societe-xwiki-sas), [trois](https://linuxfr.org/news/vivre-du-logiciel-libre-entrepriseanonymisee-trois-ans-plus-tard)... et [quatre](http://linuxfr.org/news/creation-d-entreprise-et-logiciel-libre-romain-bignon-de-la-societe-budget-insight). Là c'est bon. # Introduction Ca fait des années que j'y réfléchis. Quand je suis allé il y a un an rencontrer des personnes à la CCI, ils ont retrouvé la trace de ma première démarche. J'étais venu à une journée d'information sur la création d'entreprise... c'était en juin 2004. Entre temps j'ai aussi repris des études, bossé en région parisienne, arrêté de fumer, puis repris, et re-arrêté... bref, des trombes d'eau ont arpenté le lit de rivières, voire même coulé sous les ponts... # Avant tout une démarche personnelle Pourquoi créé-t-on une entreprise ? Pour gagner le gros lot ? Etre connu ? Changer le monde ? Ce n'est pas évident de savoir. Et c'est fondamental. Pré-requis : être honnête avec soi-même. Déjà, ça c'est pas forcément évident, tout dépend de l'humilité dont on fait preuve. Mais se projeter dans un projet aussi ambitieux soit-il ne doit pas voiler la face : est-on en mesure de porter ce projet ? Et ensuite : en a-t-on vraiment envie ? J'ai rencontré pas mal de gens, des profils techniques, des mecs plutôt branchés business, des conseillers en innovation, en démarches de création d'entreprise, des formateurs, des dirigeants avec plus ou moins de réussite... J'ai engrangé les retours, les encouragements, les objections... Finalement j'ai trouvé ce que je recherchais vraiment après diverses expériences. J'ai bossé avec un ex futur associé, j'ai intégré un programme d'incubation pour startups innovantes pendant 6 mois, j'ai rencontré des associés potentiels, j'ai présenté mon projet dans des évènements plutôt business... un parcours initiatique où je n'étais pas toujours à l'aise et où je doutais sévèrement. Honnêtement, ça a été dur. Mais comme le disent les Shadocks : "quand on ne sait pas où on va, il faut y aller. Et le plus vite possible". Vous me croirez peut-être pas, mais en fait ça marche ! :-D Bref, moi ce que je cherchais c'était avant tout d'être libre. A partir de là tout s'est débloqué. La démarche est devenue naturelle, les orientations aussi, et en 2 mois j'ai trouvé mes premiers clients. # S'informer et se former Comme je le disais auparavant, j'ai rencontré pas mal de personnes, j'ai échangé, et j'ai bénéficié d'opportunités de formation. Entre autres, j'ai suivi un programme de 4 mois de formation à la gestion/création d'entreprise financé par Pôle Emploi, j'ai suivi des formations au sein de l'incubateur qui m'a accompagné pendant 6 mois, je me suis payé quelques journées de "formation" (ou initiation) sur des sujets tels que le Lean Startup... ça ne m'a pas coûté grand chose ; on peut considérer cela comme gratuit si on rapporte la qualité des formations et leur apport par rapport à mon investissement financier. Et puis les échanges et retours d'une manière générale sont hyper enrichissants. Que ce soit sur le projet d'entreprise, sur le logiciel ou service que vous voulez développer... En particulier les avis négatifs. C'est difficile d'encaisser des critiques mais [c'est hyper instructif](http://linuxfr.org/forums/programmationweb/posts/resolu-design-d-applications-web-pourquoi-ca-marche-ou-ca-ne-marche-pas). Un truc qu'on m'a transmis et qui s'est confirmé, c'est que très souvent les gens sont prêt à vous aider. Il "suffit" de demander. C'est souvent là que le bât blesse - on n'ose pas demander. Pourtant demander ne coûte rien ; répondre ne coûte en général pas aux personnes (on aime généralement donner son avis quand on est compétent dans un domaine) et ça peut rapporter gros... sous réserve qu'on soit prêt à accepter les conseils ! Par exemple, 3 étudiants en mastère entrepreneurs d'une école de commerce ont bossé sur mon projet dans le cadre de leur formation. Les mecs ne connaissaient pas spécialement mon business, ont fait des hypothèses sans toujours tenir compte de ce que je leur avais dit... et ont émis un avis critique sur mon projet. C'était un peu rude. Mais aussi un peu vrai. Ils n'avaient certes qu'une partie des éléments, ils avaient bossé 3 semaines en s'informant sur Internet, mais leur analyse était globalement bonne sur la partie qu'ils traitaient. Ca fait du bien parfois d'avoir des avis extérieurs. Et ils m'ont apporté des idées auxquelles je n'avais pas du tout pensé. # Investisseurs ou développement progressif Comme le disait Ludovic Dubost quand [il nous parlait de sa société XWiki](http://linuxfr.org/news/vivre-du-logiciel-libre-ludovic-dubost-nous-parle-de-sa-societe-xwiki-sas), se passer d'investisseurs va de pair avec un développement plus progressif. Donc moins rapide. Mais aussi plus pérenne. Et libre. A ma connaissance, les structures d'accompagnement à la création d'entreprise tels que les incubateurs sont systématiquement branchées sur le type d'entreprise "à investisseurs". Cela ne veut pas dire qu'il ne faut pas y aller si le projet ne correspond pas, mais il faut y aller en connaissance de cause. Si je reprends mon parcours en incubation, ça m'a ouvert des portes et donné accès à des formations vraiment de qualité. # Collaborer avec des intérêts réels et communs Dans ma dernière expérience en tant que salarié, j'ai bossé pour une startup en intérim. Après 5 ans d'existence et un produit vraiment moche (mais exceptionnel dans le métier cible), la boîte en question développait sa V2 : métier validé / panel client validé, la boîte marchait, il était donc temps de développer un vrai produit, propre, industriel. L'équipe était d'ailleurs au top. Bref, on était deux presta en intérim pour aider sur le lancement de cette v2. Mon collègue avait monté sa boîte pour créer des sites Internet (et avait entre temps arrêté son activité). Son retour d'expérience : choisir des prestataires / partenaires qui ont les même intérêts. Cela signifie notamment : "si tu es petit, il vaut mieux collaborer avec une boîte qui est petite et qui a un intérêt dans ton projet plutôt que de choisir la boîte qui est n°1 dans le domaine". Pourquoi ? Parce que déjà, il y a des chances que ça soit moins cher, et de plus le n°1 en a rien à faire de ta boîte balbutiante. Tu apportes que dalle en chiffre d'affaire, du coup si t'es pas satisfait, c'est pas grave, tu n'as qu'à aller voir ailleurs. D'ailleurs la précédente startup où je m'étais impliqué avait fait les frais d'un tel mauvais choix. Streaming vidéo, on s'adresse au plus gros prestataire en France. Le jour du lancement, streaming down. Plusieurs mois à ne pas avoir une plateforme fonctionnelle et à ne pas avoir de support. Une boîte locale avait proposé de gérer notre streaming ; le patron a décliné... feu patron, devrais-je plutôt dire... enfin, feu-startup pour être plus précis puisqu'elle s'est faite bronsoniser quelque temps plus tard. Conclusion : toujours prendre des prestataires / partenaires qui ont un réel intérêt dans les projets communs. # Négocier. Toujours. Quand je joue à des jeux de société, j'adore négocier. C'est un jeu, c'est ludique, et c'est sans conséquences. Mais dans la vraie vie, c'est pas la même. C'est pas un jeu de négocier un contrat pour faire tourner sa boîte. Enfin, disons que c'est surtout avec des conséquences. Du coup je le fais moins. Pourtant, à chaque négociation tu obtiens quelques chose. Des meilleures conditions de règlement. Un geste commercial, un tarif avantageux... ou parfois juste une info sur le fonctionnement de l'interlocuteur et de son entreprise. # Avoir un business plan et un prévisionnel financier On entend souvent dire que le business plan ça sert à rien. Et que les prévisionnels financiers ça va avec. Pourtant, c'est le seul moyen de déceler certaines incohérences. Faire un business plan, ça ne veut pas dire rédiger un document de 40 pages façon rapport de stage, ça veut dire "avoir posé sur le papier toutes les hypothèses et équations de son business". Ca peut simplement être [un Canvas](https://media.apce.com/file/22/8/decrire_son_modele_economique_%28business_model_canvas%29.69228.pdf) (fichier PDF), mais **ça doit être écrit**. Ecrire, ça concrétise, au sens premier du terme. On peut avoir des idées qui semblent cohérentes en tête ; en les posant sur le papier de manière explicite, on se retrouve face aux incohérences ou zones d'ombre s'il y en a. Exemple tout simple : je développe et commercialise un logiciel. Qui sont mes clients. Des sociétés ? Des particuliers ? Mettons des sociétés. Quel type de société ? Quel est leur métier ? Comment je les démarche ? Si les réponses à ces questions ne sont pas claires ou sont genre "toutes les sociétés peuvent être intéressées", STOP. Il faut focaliser. Et c'est beaucoup plus facile à dire qu'à faire. Alors si on ne se rend même pas compte qu'il faut le faire... Le prévisionnel financier, ce n'est pas remplir un tableau pour faire plaisir au banquier mais bien une _projection dans la vie réelle de l'entreprise_. Quand j'étais en incubation, on nous avait fourni des modèles type de prévisionnel financier, c'est à dire un document Excel plutôt bien foutu où on définissait nos produits, leurs prix, les embauches, etc, etc. Mais du coup, tu vas directement à l'onglet "bilan", tu regardes sans comprendre. Quand j'ai revu le gars qui m'avait formé pendant 4 mois (un vieux briscard de la gestion d'entreprise, un peu à l'ancienne), il m'a dit "bon, très bien. Puisque tu as tout chiffré, tu pourras facilement mettre tout ça dans un prévisionnel financier façon [Michel Dupraz](http://grenoble-entreprise-creation-conseil.blogspot.fr/) - un fichier Excel avec trois onglets : financement années 1/2/3, compte de résultat années 1/2/3, et plan de trésorerie année 1. C'est là et seulement là que j'ai concrétisé mon activité. (ça ne m'a pas aidé à faire des hypothèses sur tel ou tel type de modèle économique, certes, mais ça m'a permis de rendre mon projet réaliste d'un point de vue financier) # Des logiciels libres. Oui, mais... Les logiciels libres c'est bien. Mais ça ne paie pas toujours. Combien parmi l'assemblée vivent du développement de logiciels libres ? Bon. Voilà, tout est dit ;) Plus sérieusement, comme le dirait Zenitram à juste titre, quand tu as besoin d'un outil pour le taff, il faut prendre celui qui convient le mieux. Si c'est du libre, tant mieux, si c'est pas du libre, est-ce important ? Parfois oui, parfois non. J'utilise [PyCharm](https://www.jetbrains.com/pycharm/) par exemple. Version libre ou propriétaire ? La licence coûte 199,ドル puis 99€/an pour les mises à jour. Mettons que tu sois développeur freelance. Mettons que [tu factures entre 450 et 500€ / jour](http://tarifs.freelance-info.fr/developpeur/). Supposons que tu fasses des journées de 8h. A 450€/J, ça fait du 56€/heure. Si tu gagnes 4h sur l'année tu as rentabilisé ton logiciel propriétaire. Il suffit de gagner 2h les années suivantes. A 500€/J ça fait du 62€/heure, c'est équivalent. Bon, après, je pourrais aussi coder avec vi, voire emacs... hm... non en fait, je pourrais pas. # Et au fait, je fais quoi ? Je développe [Tracim](http://linuxfr.org/news/tracim-entre-forum-wiki-et-gestion-de-fichiers) en open-source et [commercialise des hébergements clé-en-main]( http://tracim.fr/) (le site est à refaire, oui;). C'est mon fil rouge long terme, c'est un développement (commercial) en mode lean (pas de roadmap long terme mais un produit qui suit les besoins exprimés). Je fais de la prestation en mode "freelance". J'ai 12 ans d'expérience dans le domaine de l'édition de logiciel, du développement et de l'architecture de services web et logiciels SAAS. Je bosse en Python et sur les technos associées. Ma société s'appelle Algoo. C'est une SAS à associé unique. # Une SAS ?! Oui. :) # Un dernier partage d'expérience ? Comme nous [le disait Pierrick Le Gall](http://linuxfr.org/news/cr%C3%A9ation-dentreprise%C2%A0-entretien-avec-pierrick-le-gall-cr%C3%A9ateur-de-la-sas-pigolabs) en 2012 : faites des enfants, ça responsabilise ;) Plus sérieusement, quand on se lance dans un projet de création d'entreprise, on a vite fait de mettre la tête dans le guidon pour ne plus jamais l'en sortir. Soit on sait naturellement structurer/organiser sa vie, soit les éléments extérieurs sont vraiment les bienvenus. J'ai commencé en bossant à domicile. C'était difficile de couper entre la vie pro et la vie perso. J'ai donc cherché un bureau. Et avant d'avoir un bureau, j'ai eu un fils. Félicitations. Merci. Il est beau. Merci. Il s'appelle comment ? Lucien. Il a quel âge ? Bon, ça y est ? On peut reprendre ? ;) Bref, ça m'a conforté dans l'idée de prendre un bureau. Et depuis que j'ai ce bureau, c'est du bonheur : - quand je suis au bureau, je ne m'occupe pas des soucis du quotidien, - quand je suis à la maison, je m'occupe ~~pas~~ ~~peu~~ moins des soucis du boulot, - je suis dans une pépinière, j'ai des voisins de boulot avec qui discuter, - ça coûte pas (trop) cher les premières années, - je suis obligé d'organiser ma vie. Pour avoir bossé sur un projet de création d'entreprise en 2011/2012 où j'ai travaillé exclusivement à domicile, je confirme que ça change radicalement la vie. Aussi, pour avoir rapidement testé des espaces de coworking, avoir un bureau à soi, au calme, ça n'a pas de prix. # Le mot de la fin Deux trucs qui me paraissent fondamentaux - et en tout cas qui font que je m'épanouis dans mon taff : savoir demander de l'aide et être curieux d'apprendre. Quand j'apprendrai plus rien avec ma boîte, il sera temps de changer de métier.

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