URL: https://linuxfr.org/users/kensington/journaux/mon-chemin-vers-la-liberte-informatique Title: Mon chemin vers la liberté informatique Authors: Kensington Date: 2020年09月20日T12:25:33+02:00 License: CC By-SA Tags: linux_mint, framasoft et cozycloud Score: 35 Au commencement était Windows ============================= Je ne suis pas informaticien. Certes, comme tous ceux de ma génération, j'ai fait un peu de code à l'école (du Turbopascal) mais c'est à peu près tout. Mais j'ai suivi avec curiosité l'ascension des ordinateurs personnels dans notre environnement. Devenu jeune adulte, je m'en suis acheté un au milieu des années 90 tournait sous Windows 95, et se connectait au réseau via un modem 56K Olitec. Dès lors, je suis resté sur Windows pendant près de 10 ans, jusqu'à la fin de XP (que j'aimais beaucoup) et mes usages se sont progressivement étendus : messagerie, traitement de texte, jeux, informations, etc. Petit à petit, je constatais une privatisation et une marchandisation du réseau, mais aussi des outils proposés. Puis est arrivé Windows Vista, avec l'injonction d'y passer pour continuer à être en sécurité. Là, ce fut trop : on était fortement poussé à changer, c'était hors de prix (près de 50% de plus qu'aux USA au passage), mais en plus ça ne marchait pas bien, la compatibilité matérielle étant très perfectible. ![Souvenirs souvenirs](https://upload.wikimedia.org/wikipedia/en/e/eb/Windows_95_at_first_run.png) Hasta la Vista ============== J'ai donc fait le choix de passer à Linux. Dans mon environnement professionnel, j'utilisais déjà régulièrement des postes de travail Ubuntu. Ca marchait très bien, mais j'étais désorienté par le bureau, très différent du bureau Windows. Toutefois [Linux Mint](https://www.linuxmint.com/) promettait de rendre le monde GNU Linux accessible à tous. J'ai testé, et ce fut une révélation. On pouvait (presque) tout faire sur ce système. Les logiciels étaient libres et réunis dans une même interface. Inutile de farfouiller le web pour installer des logiciels propriétaires et des casseurs de code qui vérolaient la machine. De plus, les performances étaient remarquables, c'est comme si on avait mis un turbo sur ma vieille machine. Cependant, tout n'était pas rose. je butais au quotidien sur les compatibilités entre les formats de fichiers bureautiques MS Office et Open Office. Je ne pouvais plus jouer à mes jeux vidéos favoris (ce qui ravissait ma femme). Et que dire de ma belle collection de CD-Roms, que j'avais passé des heures à encoder en WMA Google se fout de ma gueule ! ============================= Globalement, toutefois, tout allait bien, même si j'avais parfois l'impression de faire partie d'un groupuscule bizarre (hein, tu n'as pas Windows et la nième version d'Office ??). Les soucis de compatibilité de fichiers s'estompaient. Google nous simplifiait incroyablement la vie, c'était génial, il fournissait les adresses Mail, l'agenda, la gestion des photos, la cartographie du monde entier, et j'en passe. Certes, des rumeurs d'accaparation des données personnelles circulaient, mais c'était tellement mieux, tellement plus rapide que le vieux monde des annuaires et des encyclopédies. Jusqu'à ce qu'un samedi matin, le téléphone de la maison se mette à sonner. Une personne voulait prendre RDV avec mon épouse, qui était infirmière. Sauf qu'elle ne travaillait pas à domicile, ce qu'elle expliqua à son auditeur. Une demi-heure plus tard, même chose. Mais d'où tenez-vous mon numéro, à la fin ? Et bien de Google, pardi ! Et oui, elle utilisait pour le travail une adresse Gmail, et Google en avait déduit son métier, et lui avait obligeamment créé une page "pro" avec notre adresse et notre numéro de téléphone personnels. Les jours suivants furent pénibles, le téléphone sonnant continuellement. Quand on a appelé Google pour faire supprimer la page, ils nous ont dit qu'il n'en était pas question. Tout au plus consentaient-ils à nous laisser un droit d'édition de ladite page. J'ai alors compris ce que de rares et inaudibles trouble-fêtes essayaient de faire comprendre à la tribu des veaux digitaux que nous sommes devenus : cette entreprise est un vampire qui se nourrit de notre sang numérique (les données). La dégooglisation du PC (pas simple) ==================================== Il était urgent de cesser de se faire saigner par cet américain sans scrupule, et de confier mes données à des prestataires locaux (français) respectueux de mes droits. Mais pas si simple d'enlever Google de notre vie numérique. C'est un écosystème si complet, si prévenant... Pour le mail, ce fut relativement simple, on trouve des fournisseurs français respectueux de nos droits (pour moi Newmanity repris depuis par [Mailo](https://www.mailo.com/)). Pour les recherches web, facile aussi, même si c'est pas toujours aussi bon. Pour l'agenda et les contacts, plus dur déjà. J'ai dû me familiariser avec les formats ouverts Caldav et Carddav et trouver un service qui les fournissait (Memotoo). Puis comprendre comment synchroniser mes ordinateurs et mon téléphone avec, car ni Thunderbird ni Android ne les prennent en charge de façon native. Framasoft m'a bien aidé, avec leur guide de dégooglisation. [Cozy](https://cozy.io) m'a fourni une excellente alternative à Google Drive, en m'offrant en plus des services innovants de récolte et de stockage de mes documents administratifs. Et celle du téléphone (encore moins simple) =========================================== Mon cher Nokia E7 avait pris l'eau, et cette dernière marque européenne venait de mourir, achevée par un autre vampire américain qui prétendait la sauver. Comment continuer à profiter d'un smartphone sans se livrer corps et âme à un GAFAM ? Quelques rescapés de Nokia avaient fondé une entreprise nommée Jolla, qui promettait de résister encore et toujours à l'envahisseur, en respectant nos libertés. Ils vendaient un [petit smartphone original](https://www.youtube.com/watch?v=lfAixpkzcBQ), avec une coque amovible, le "Jolla". C'était génial, ce téléphone prenait en charge de façon native Carddav et Caldav, et on pouvait créer un compte [Memotoo](https://www.memotoo.com/) en 3 clics. Le bonheur ! Malheureusement, malgré les qualités de leur petit smartphone, ils ont du mal à résister, et ne vendent plus de téléphone, mais un système d'exploitation à flasher sur certains téléphones Sony. Il faut juste pour cela un téléphone Sony Xperia ou XA (Sony ayant ouvert son système), 50,ドル et un peu de ténacité pour déverrouiller le téléphone et le "flasher". La plupart des applis Android sont disponibles, et il y a une petite communauté de développeurs qui fournissent des applis natives et libres. Les mises à jour sont régulières, et tous les téléphones peuvent en profiter. Je recommande chaudement ce système, appelé aujourd'hui "[Sailfish](https://sailfishos.org/)" à tous ceux qui veulent sortir du duopole IOS/Android mais profiter des applis "incontournables". Il ne faudrait pas que ces derniers des Mohicans respectueux de nos données viennent à disparaître. ![Mon premier appareil sous Sailfish OS](https://2.bp.blogspot.com/-UKD8M0tTX_8/VgguFpUxDcI/AAAAAAAAGbU/5PcfTXfVsQw/s320/b3-phone.png) _Crédit image : Intex_ Au bilan : la liberté, ça se mérite... ====================================== J'ai passé beaucoup de temps à me "libérer" des GAFAMs. En chemin, j'ai découvert le monde caché de l'informatique libre, ses vertus et ses valeurs. J'ai dépensé aussi un peu d'argent, car je paye les services comme Memotoo ou Cozy, et je donne régulièrement aux développeurs des logiciels libres qui me simplifient la vie. Je paye car on me fournit un produit, contrairement au modèle économique des GAFAMs où j'étais le produit. Mais je ne paye plus de licence logicielle, mes données m'appartiennent, mes ordinateurs et mon téléphone sont des outils que je contrôle. Le téléphone ne sonne plus sans arrêt. C'est très gratifiant et jamais je ne reviendrais en arrière. J'aimerais convertir mon entourage, mais malheureusement les freins auxquels je me suis heurté en arrêtent la plupart. Même mes enfants adolescents ne jurent que par les GAFAMs, sous la pression du marketing efficace de ces compagnies, la pression du groupe ("pourquoi utiliser une messagerie XMPP alors que tout le monde est sur Whatsapp", par exemple). Et aussi la facilité d'utilisation (connard-proof) qui fait bien souvent défaut aux logiciels libres. ![La Boetie](https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/5/59/De_la_servitude_volontaire%2C_ou_Le_contr%27un_-_par_%C3%89tienne_de_La_Bo%C3%A9tie.png/250px-De_la_servitude_volontaire%2C_ou_Le_contr%27un_-_par_%C3%89tienne_de_La_Bo%C3%A9tie.png) Perspectives =========== Les militants de l'[April](https://april.org/), qui font un travail remarquable, regrettent souvent le manque de volonté politique de nos gouvernants. Je crois qu'il faut nuancer, et s'organiser plus efficacement. En parallèle aux questions des libristes, il y a la question de la souveraineté numérique. Il n'a échappé à aucun de nos politiques que les GAFAMs sont tous américains. Quand [Framasoft](https://framasoft.org) lutte pour dégoogliser l'Internet français, il lutte aussi pour la décolonisation numérique de notre pays, et par extension de l'Europe. Si le gouvernement est sérieux sur la question de la souveraineté, et on peut lui laisser le bénéfice du doute, alors il y a des alliances à faire dans notre village gaulois.

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