URL: https://linuxfr.org/users/kaane/journaux/de-la-nausee Title: De la nausée Authors: Kaane Date: 2015年12月01日T16:06:41+01:00 License: CC By-SA Tags: Score: 76 Vous avez peut-être vu passer ce journal [Partenariat ecoeurant](http://linuxfr.org/users/err404/journaux/partenariat-ecoeurant) qui commence par "envie de vomir" et qui discute du partenariat passé entre notre gouvernement et la société Microsoft. La convention signée est disponible [ici](http://cache.media.education.gouv.fr/file/Partenaires/17/7/convention_signee_506177.pdf) Attention ça va être long. Les quatre premiers paragraphes sont sommes toutes assez classiques, La France s'investit depuis 30 ans dans les technologies numériques (Si si, le [MO5](https://fr.wikipedia.org/wiki/Thomson_MO5) souvenez-vous), Microsoft France aime la France et croit à son potentiel ils concluent donc ensemble un partenariat **non exclusif** articulé autours de cinq axes. Jusque là on est dans du très très classique, pas de quoi fouetter un chat. Un seul petit haussement de sourcil sur la durée de 18 mois. Honnêtement on peut accomplir quoi en une année scolaire et demi ? Mais dès le cinquième paragraphe tout se complique.> "Pour des raisons propres à l'organisation du groupe Microsoft, Microsoft France [ .... ] mobilisera nécessairement plusieurs autres entités du groupe Microsoft" Et ces autres entités vont-elles respecter les cinq axes ? La législation françaises ? Ou bien est-ce que c'est, par exemple, la facturation de certaines prestations qui nécessitera de faire appel à Microsoft Irlande ? Après on rentre dans le détail des axes. Serrez les dents, ça va piquer un peu.> Microsoft s'engage à une démarche visant à l'adhésion une "charte de confiance" (sic), véritable pacte portant sur l'engagement de la protection des données personnelles et de la vie privée des élèves et des enseignants -auquel chaque éditeur ou fournisseur de services pourra adhérer. Si l'on passe rapidement sur le français approximatif (à l'adhésion une charte de confiance), et aussi sur le fait que mes maigres connaissances juridiques m’empêchent probablement de comprendre comment une charte à laquelle un éditeur peut adhérer unilatéralement peut constituer un "véritable pacte". Surtout que la notion de document véritable a un sens fort en France et requiert un agent ministériel ou assimilé (notaire, huissiers etc.) Sur le fond simplement donc, La société Microsoft s'engage à entamer une procédure qui aboutira sur une possibilité d'adhésion future à une charte (dont on apprend dans d'autres documents et déclarations qu'elle reste encore à écrire et que c'est Microsoft France qui l'écrira sous l'égide du ministère). Ça c'est ce qu'on appelle un engagement fort. S'engage, démarche, visant, confiance, engagement, pourra. La densité en formes conditionnelles est tout simplement ahurissante. Espérons au moins que la durée de vie de la charte excédera les 18 mois du contrat... Et tout ça pour quoi ? Pour protéger les données personnelles et la vie privée des élèves et des enseignants. Et là, trois questions se posent : 1 - quid des chercheurs, qui sont aussi impactés par l'accord ? 2 - Doit-on en déduire que les enseignants et les élèves sont des sous-hommes qui nécessitent de par leur condition handicapante une protection de la vie privée plus forte et plus pointue que celle accordée aux gens normaux, ou faut-il en déduire au contraire que nous autres, pauvres actifs non membres du corps enseignant, ne méritons pas une protection complète de la vie privée ? 3 - Sachant que la protection de la vie privée et des données personnelles est extrêmement forte en France, surtout en ce qui concerne la collecte de données par un organisme non gouvernemental, doit on ne déduire qu'il existe une tolérance de fait vis à vis de la société Microsoft France, mais que celle-ci pourra s'engager, si elle le désire, à respecter les éléments de la loi française qu'elle aura pris soin de retranscrire dans la charte de confiance ? On a pas encore passé la première page et il y a 80% de la dite page qui est consacrée à de la réclame et à de la congratulation réciproque. Deuxième axe, après une nouvelle couche d'autopromotion et de congratulations croisées on arrive sur les formations que Microsoft entend dispenser aux différents acteurs du Plan numériques. Voici une liste de mots qui sont totalement absents des différents plans de formation : - migration - reprise - existant - compatibilité - convergence De façon générale il n'est en aucun cas question de reprendre ou de s'intégrer à l'existant. Une formation à la "gestion du changement" est proposée aux chefs d'établissements et aux cadres de l'éducation nationale. On y parle pour ainsi dire que de plateformes et d'équipement mobile. Avec beaucoup d'humour d'ailleurs - le passage sur des équipements mobiles Microsoft sont intégrés dans le cadre des "compétences du 21ème siècle". Je crois que Microsoft France a trouvé un pigeon à qui refiler les Windows phone. D'ailleurs si quelqu'un de proche du ministère pouvait les informer que la traduction "serious game" par "jeux sérieux" est une des plus navrantes que j'ai vues. La dichotomie entre les produits Microsoft (en environnement mobile de préférence) et le reste des éléments constitutifs de l'IT des établissements de recherche et d'enseignement est telle que même Magistère - la plateforme officielle de formation desdits établissements - est exclue. Les outils pédagogiques et de formation seront placés sur une plateforme à part. Les enseignants qui participeront aux "jeux sérieux" gagneront des niveaux, des badges et pourront accéder à des modes multijoueurs. On ne sait pas encore si des [DLC](https://en.wikipedia.org/wiki/Downloadable_content) sont en cours de préparation, mais honnêtement ça ne me surprendrait pas. Mais ce qui est absolument paniquant dans tout cela c'est qu'il n'est pas question une seconde d'audit, d'évaluation ou de consultation. Non Microsoft France connait déjà l'ensemble des soucis que rencontrent chacune des institutions dépendantes du ministère et se propose directement de passer à une phase pédagogique. On comprend alors pourquoi il est nécessaire d'encenser les connaissances de Microsoft France en matière de déploiement sur les infrastructures de l'enseignement national. La possibilité qu'un chef d'établissement ou un cadre (certains sont chercheurs, rappelons-le) puisse participer activement à l'architecture des nouvelles solutions est passée à la trappe. Microsoft France s'engage à essayer de respecter les recommandations de la DNE - mais les chefs d'établissement c'est en formation par pack de 20. J'ignore si il s'agit d'un mouvement d'une arrogance folle de la part de Microsoft France, ou tout simplement d'un constat d'un retard flagrant en matière de numérique dans tous les établissements du ministère - qui impose nécessairement de repartir de 0 quoi qu'il arrive. Dans chacun des deux cas, il convient d'exclure en urgence un des deux partenaires (Microsoft ou le Ministère) avant qu'il ne cause des dégâts irréversibles. Troisième axe : Les établissements qui le souhaitent pourront demander à accéder aux différents services "cloud" de Microsoft - rien d'obligatoire bien sur - chaque établissement est libre de faire comme il l'entend. SAUF QUE : - Microsoft propose de créer un prototype pour valider l'utilisation d'office 365 avec une authentification via l'ENT (Environnement Numérique de Travail), via Microsoft Azure Active Directory, ou via Microsoft Azure Directory + l'authentification ENT. ET QUE - Microsoft se propose de créer un prototype de plateforme pour la gestion des équipements mobiles (tel que défini par le ministère dans la norme CARMO) et l'accès aux données partagées. ET ENFIN QUE -Microsoft se propose de créer une plateforme d'évaluation des résultats élève par élève, matière par matière, professeur par professeur etc. Donc vous n'êtes pas obligés de souscrire au cloud Microsoft, mais si vous ne le faites pas : - Si ça se trouve vous ne pourrez pas vous identifier - Si ça se trouve même si vous pouvez vous identifier, vous ne pourrez pas accéder aux ressources - Si ça se trouve même si vous réussissez à faire votre propre ENT 100% Microsoft-free, on récupérera quand même vos documents, évaluations et notations par la petite porte, mais merci d'avoir essayé on a bien ri. De toutes les façons il y a une garantie contractuelle comme quoi le ministère doit permettre le déploiement de la solution "siphonnage des infos" dans une voire deux académies. A noter toutefois qu'un > Protocole de traitement des données élèves pourra être décrit et soumis à la CNIL pour avis ou autorisation. On retombe dans l'intrication de formules conditionnelles. Déjà les enseignants et les chercheurs qui supervisent les dits élèves sont ignorés, ensuite on ne demande pas leur avis aux élèves en question, juste éventuellement celui de la CNIL, mais même si il est défavorable, on peut passer outre si il n'a pas caractère d'autorisation. Bon j'arrête là. Si quelqu'un se sent de prendre la suite pendant que je donne un peu de répit à mon estomac....

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