URL: https://linuxfr.org/users/j_kerviel/journaux/libre-vs-open-source-faisons-le-point Title: Libre vs Open Source - Faisons le point Authors: j_kerviel Date: 2011年11月23日T19:59:54+01:00 License: CC By-SA Tags: floss, fsf, osi, logiciel_libre, libre, gnu et foss Score: 90 Eh ui, mon cher Nal, c'est proprement hallucinant. Pas plus tard que récemment, j'errais sur un site communautaire bien connu quand soudain, qu'entrapperçois-je ? Au détour d'un innocent fil de conversation d'un [journal](http://linuxfr.org/users/coïn--2/journaux/chute-des-valeurs-du-logiciel-libre-et-perte-dinfluence-de-la-fsf) plusieurs commentaires très surprenants. Le point d'orgue est probablement l'assertion « Parce que bon, Linux, c'est open-source, pas libre. ». On peut se dire que c'est pas grave, que c'est une erreur de débutant. Eh bien non. C'est Zenitram qui sort ça et les personnes qui lui répondent ne sont pas des petit nouveaux non plus. C'est un peu inquiétant. Je propose donc de reprendre à la base. Je n'aurais pas pensé qu'il était nécessaire de faire un journal de ce type sur linuxfr ceci dit1. Terminologie anglaise ====================== Historiquement, il y a deux termes pour désigner le logiciel libre. - Logiciel Libre : Ce terme est celui favorisé par Richard Stallman et la FSF. Avantage : ça implique une notion de liberté, contrairement à Open Source qui est une notion pragmatique. Inconvénient : En anglais, free est ambigu et peut faire penser à gratuit, sans souligner le côté libre du logiciel. C'est pour ça que free software est souvent confondu avec freeware. - Open Source : Ce terme est celui favorisé par l'OSI (forcément, c'est marqué dessus). Avantage : Pas d'ambigüité libre/gratuit. Inconvénient : De nombreuses boites s’engouffrent dans la brèche et utilisent ce terme à tort et à travers pour labelliser en tant que "logiciel open source" des logiciels qui ne répondent pas aux critères de l'Open Source selon la définition de l'OSI ni ceux du Logiciel Libre selon la définition de la FSF. C'est pourquoi il est parfois nécessaire de parler de « logiciel Open Source selon les critères de l'OSI ». C'est un peu long mais au moins, c'est précis. Globalement, les logiciels répondant aux [10 critères](http://www.opensource.org/osd.html) pour être Open Source selon la définition de l'OSI, répondent aussi aux [4 libertés](http://www.gnu.org/philosophy/free-sw.html) définissant un logiciel libre selon la FSF. Et réciproquement. La différence c'est que l'OSI a besoin de 10 points pour expliquer ce que la FSF explique en 4 points (non discrimination envers les personnes, non discrimination envers les utilisations, et pourquoi pas non discrimination envers les chatons et les éventuels visiteurs de l'espace pendant qu'on y est ? Un Logiciel Libre est par nature non discriminatoire.). Ensuite des forks de ces termes sont apparus : - Libre software : Terme poussé par des personnes dans des pays anglophones, très peu dans les pays francophones et hispanophes, contrairement à ce qu'on pourrait penser. Avantage, clair. Inconvénient : Pas massivement adopté (voire même carrément confidentiel). - FOSS : Free and Open Source Software, une sorte de compromis mou histoire de mettre tout le monde d'accord. Avantage : C'est un terme non ambigu. Inconvénient, c'est un acronyme obscur pour le néophyte. Et ça ne convainc pas grand monde en dehors des anglophones (FOSS laisse sceptique). - FLOSS : Un mariage des deux précédents. Free and Libre Open Source Software. Dans le genre je met tout le monde d'accord, on ne peux pas faire mieux. Mais c'est un terme qui me semble intéressant pour les anglophones. Même s'ils ont l'impression qu'on parle d'hygiène dentaire. FSF vs OSI ========== La Free Software Foundation et l'OSI ont des visions différentes, je n'apprend rien à personne. Pour la FSF, les valeurs philosophiques et politiques portées par le Logiciel Libre sont importantes (le partage, l'égalité, la collaboration communautaire, etc.). Du côté de l'OSI, on est plutôt focalisé sur le fait de pouvoir utliser son truc parce que c'est généralement le meilleur choix. Par pragmatisme donc. Mais de manière générale, les tenants de l'OSI se foutent du côté philosophique et utiliseraient indifféremment du logiciel propriétaire. Globalement, la FSF a plus une vision de société, quand l'OSI a une orientation plus individualiste. Après il y a des subtilités. Par exemple, les contributeurs au projet GNU ainsi que les utilisateurs de copyleft sont globalement pro FSF (là, pas de surprise) mais les contributeurs au noyau Linux sont trop nombreux et dispersés pour qu'on puisse se faire une idée globale, mais les principaux contributeurs (à commencer par Linus lui même) sont plutôt pro-OSI (mais pas tant que ça finalement). Les développeurs d'OpenBSD conchient la FSF, RMS et les logiciels GNU, mais réagissent épidermiquement à chaque ligne de blob propriétaire. Les autres utilisateurs de licences dites « permissives » (c'est à dire non copyleft) sont globalement plutôt favorables à l'OSI (mais encore une fois, c'est dur de généraliser). Bon et le rapport avec la choucroute ? ====================================== Reprenons la phrase incriminée : « Parce que bon, Linux, c'est open-source, pas libre. ». Cette phrase est complètement fausse. Linux est sous licence GPLv2. Il est donc reconnu par la FSF comme étant un Logiciel Libre, garant des 4 libertés du Logiciel Libre, ainsi que par l'OSI comme répondant aux 10 critères définissant un logiciel Open Source. Comme tous les logiciels en GPL quoi. Par contre, on peut dire que les développeurs du noyau sont globalement plus proche de la mouvance Open Source que de celle du Logiciel Libre. Et encore c'est discutable (Linus a beau critiquer RMS, il ne cesse de faire l'éloge de la GPL, a reconnu finalement que la GPLv3 n'est pas mauvaise, a releasé GIT en GPLv2, etc.). Mais dire que par transitivité ce n'est pas un Logiciel Libre, c'est prendre un sacré raccourci. Continuons avec les affirmations suivantes :> le libre a-t-il fait un gros quelque chose un jour? Oui, la GPL déjà. Les distributions GNU/Linux et tous les logiciels fournis dedans. Ainsi que les logiciels libres spécifiques à Windows.> En fait, tous les gros projets avec une plus-value (si il faut refaire les petits outils GNU, bah... C'est pas ce qui est le plus dur, c'est du "classique", c'est dispo, on prend, ça serait pas dispo qu'on prendrait ceux de BSD) 3/4 (ou ptet même plus) des logiciels libres sont sous GPL. Tu peux tout réécrire si ça t'amuse, mais ça va prendre du temps. Et je pense que tu n'as jamais sérieusement étudié la différence. Quand je dois utiliser le grep Solaris (sans couleurs), ou le find Solaris (sans l'option -iname) etc. ben juste je pleure. Les outils GNU, c'est de la qualité. Et le copyleft dans tout ça ? ============================= La FSF comme l'OSI reconnaissent une liste (globalement identique) de licences considérées comme Libres (ou Open Source). Certaines licences sont copyleft, d'autres non. La différence ne se situe donc pas là. Par contre, la FSF, toujours dans une vision de société de partage, favorise plutôt les licences copyleft. En en rédigeant et en les conseillant. L'OSI est plutôt axé utilisation individuelle et pragmatisme, et favorise plutôt les licences « permissives ». Il y a d'autres différences notables comme le fait pour les partisans de l'OSI de plutôt utiliser « Linux », le nom du noyau, pour désigner par synecdoque l'OS, quand les partisans de la FSF vont plutôt utiliser « GNU/Linux », « distribution de logiciels libres » ou simplement « distribution ». Prospectives ============ Le mouvement du Logiciel Libre est-il en train de perdre du terrain à profit du mouvement Open Source ? J'en doute. Ce sont des assertions qui reviennent souvent dans le journal. Mais dans les faits, ce que je vois, c'est que : - La FSF est connue, fait des choses, là ou l'OSI reste discrète (me souviens pas avoir un jour vu parler de l'OSI dans la presse par exemple). - La FSF a des chapitre locaux (FSF France, FSF LA, FSF India, FSF Europe). Je n'ai pas l'impression que l'OSI ait convaincu des gens et ait essaimé de la même manière. - L'April compte 5500 adhérents et trois permanents, l'AFUL 300 (soit l'équivalent de ce que gagne l'April en un mois de campagne d'adhésion). Globalement, les gens (du moins les Français) semblent privilégier le côté philosophique au côté pragmatique. - Bruce Perens est le premier Debian Project Leader (après Ian Murdock, mais ça ne compte pas) et un des co-fondateurs de l'OSI. Le document fondateur de l'OSI est basé sur le contrat social Debian pourtant beaucoup plus proche de la FSF que de l'OSI encore aujourd'hui. Un an après la fondation, Bruce Perens quitte l'OSI en expliquant (sur le site de la FSF) pourquoi c'est mieux de parler de « Logiciels Libres » et parle d'échec de l'OSI. Donc je ne suis vraiment pas persuadé que la FSF ou le mouvement du logiciel libre soit en déclin. Ce n'est pas du tout ce que j'observe à mon petit niveau. Mais je peux me tromper. Dans ce cas, il faut m'expliquer pourquoi je me trompe. Parce que dans le journal cité, il n'y a rien de tout ça. Juste des assertions (la FSF meurt, elle n'a pas su convaincre, de toutes façons on ne peux pas lutter contre les mastodontes, etc.)> Problème, autant la GPL la FSF était innovante à l'époque parque le logiciel était l'élément clé d'un ordinateur, ce qui a fédéré une communauté d'utilisateur qui voulaient des logiciels "ouverts", autant elle a totalement loupé le virage internet : la valeur n'est plus dans le logiciel qui n'est qu'un "moyen", un "outil", la valeur est dans les données et dans la capacité à les exposer à un maximum de monde.> > Bref, la valeur d'un twitter, c'est son contenu et le nombre d'utilisateurs. Là encore pas d'accord. La FSF n'a pas raté le virage. La Free **Software** Foundation n'a pas forcément vocation à gérer les données. Elle n'a pas été conçue pour ça. Après elle peut évoluer. Mais ce n'est pas une fin en soi. Pour ce qui est des données, le mouvement open data me semble très prometteur et les premiers résultats que j'ai pu observer me semblent encourageants. Après le fait que des gens donnent gratuitement des contenus à twitter, google ou facebook, ça ne regarde qu'eux. 1 Mais je pense que c'est désormais le cas. Si jamais je me trompe, il suffit d' « inutiliser » le journal. Ça se passe ici ↓

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