URL: https://linuxfr.org/users/hippocampe/journaux/le-virus-bronsonise Title: Le virus bronsonisé Authors: hippocampe Date: 2022年02月06日T14:50:09+01:00 License: CC By-SA Tags: estonie, tegam, affaire_guillermito, acbm, ordinosaure, virus et bronsonisation Score: 44 Non, il ne sera pas question ici de Sars-Cov-2. Enfin si, mais je m’en serais bien passé. Pour la deuxième fois, [le Virus informatique](http://www.acbm.com/) annonce la fin de sa parution. Une nouvelle qui m’attriste car une voix discordante s’éteint dans le paysage de la presse informatique francophone, qui y perd en diversité. C’est du moins ce que j’aurais dit il y a quelque temps, mais pas aujourd’hui. Dans le Virus et ses cousins (Pirates mag et autres), il y a toujours eu à boire et à manger. Lecteur depuis le numéro 2 (j’ai raté de peu la sortie du 1), j’ai admiré la pédagogie de Patrick Gueulle, apprécié les articles sur les ordinosaures, rigolé à certaines blagues, sauté leurs dumps de bases de données sur les rappels de produits, soupiré devant les dessins beaufs de Bellamy et les dessins moches des autres artistes, parcouru en diagonale des tests de logiciels dont je me demande bien qui a pu les acheter. Le Virus représentait une certaine vision de l’information, avec son prix plancher, sa mise en page qui n’était pas faite pour les myopes et ses articles récurrents pour se plaindre, pas forcément à tort, que la concurrence profitait honteusement du système et clamer qu’ACBM ne mangerait pas de ce pain-là. Après la première cessation de parution vers 2004 ou 2005, l’équipe, dont j’ignore si elle est vraiment composée de qui que ce soit d’autre que son rédacteur en chef, s’est installée en Estonie. Une vie moins chère, une administration plus informatisée, ~~un climat propice à la vie en bermuda et en tongs~~, ce pays semble avoir tout pour plaire. C’est de là que la parution a repris en 2016, avec des numéros dans le même ton que les premiers, plus de nombreux articles sur l’Estonie et les raisons non-fiscales pour lesquelles l’équipe s’y est installée. J’ai donc repris l’achat, par nostalgie d’abord, par inertie ensuite, car il faut bien dire que l’intérêt était de plus en plus limité. Quelques problèmes de diffusion plus tard, des ventes qui ne suivent pas, et c’est la fin. Tout cela aurait pu s’arrêter là, mais une fois de plus, la pandémie s’en mêle. Car le vrai problème, à en croire le rédacteur en chef Olivier Aichelbaum, vient d’une partie du lectorat, pro-vaccination, et donc forcément pro-gouvernement, pro-surveillance, donneur de leçons, etc. [L’annonce de la fin de parution](http://www.acbm.com/virus/25901_Edito_Virus_Info_c_est_encore_fini_.html) est très claire à ce sujet, avec la reprise d’arguments classiques des antivax (« le vaccin ne protège pas contre le virus » puisque son efficacité n’est pas de 100%) et un dessin final qui est un véritable monument à la bêtise, montrant un homme obèse, hamburger et cigarette à la main, en train d’insulter un homme sportif et de l’enjoindre à se faire vacciner. Comme si le problème était là (oui, il y a plusieurs types de comportements sans rapports entre eux qui mettent sa propre vie et celle des autres en danger), comme si les deux sujets évoqués n’étaient pas eux-mêmes des nids à imbroglios politiques (campagnes de lutte contre l’obésité et le tabagisme contre lobbying de l’industrie alimentaire et de celle du tabac...). Il y a beaucoup à dire sur la pandémie en rapport avec l’informatique, par exemple sur le coût de TousAntiCovid, mais ça ne suffit visiblement pas à la rédaction. Un final en eau de boudin qui n’est pas sans ironie quand on repense à la position pour le moins étrange adoptée par le Virus dans [l’affaire Tegam](https://www.kitetoa.com/Pages/Textes/Textes/25012005-Tegam_versus_Guillermito/index.shtml), où Guillermito voulait démontrer qu’un antivirus, contrairement aux dires de son éditeur, n’arrêtait pas 100% des virus. Toute ressemblance... C’est donc avec un sentiment de gâchis que je relaie la nouvelle, mais sans tristesse. Quand on a à ce point atteint le fond, mieux vaut arrêter. J’ai toute la collection dans mes cartons (sauf, donc, le fameux numéro 1), je la vendrai peut-être pour un million d’euros (référence aux anciens numéros que le Virus proposait lui-même, au second degré, à la vente pour ce prix), ou plus probablement, elle me servira à allumer un barbecue.

AltStyle によって変換されたページ (->オリジナル) /