URL: https://linuxfr.org/users/hercule_savinien/journaux/ikea-paranoland-a-deux-pas-de-paris Title: Ikéa, paranoland à deux pas de Paris Authors: hercule_savinien Date: 2012年04月27日T19:36:02+02:00 License: CC By-SA Tags: ikea, paranioa et éthique Score: -2 Mon jour Nal, Si je prends ma plume numérique, ce jour, c'est pour te raconter une histoire qui m'est arrivée pas plus tard qu'il n'y a pas longtemps. Quelques semaines auparavant, je me baladais dans un magasin ikéa, dans l’Essonne. C'était quelques jours après la première révélation du Canard Enchainé dénonçant l’espionnage des salariés, clients et simples passants, institutionnalisé dans le groupe au niveau international. En temps normal, ce genre de chose me ferait boycotter un magasin aussi peu respectueux de l'éthique et de ses clients. Mais les circonstances m'y ont amené : Trois personnes de ma famille s'y rendaient pour y acheter des meubles. Ils m'ont proposé de les rejoindre histoire de jeter un coup d’œil ensemble à des meubles et accessoire afin de remplir mon nouveau logement. Ce qui me permettait de bénéficier de leurs précieux conseils (et éventuellement d'aller acheter ailleurs avec ces conseils en tête). On visite donc chacun des trucs en fonction de nos centres d’intérêt respectif. Puis au bout d'un moment on se perd de vue (les magasins Ikéa étant fait exprès pour qu'on se perde et pour qu'on parcoure l'intégralité du magasin, même si on sait déjà ce qu'on veut acheter). J'attends un moment sur place. Au bout d'un moment, ne voyant toujours personne, je suppose qu'ils sont partis devant (ce qui m'étonne un peu, mais bon). Arrivé aux caisses, je dois bien me rendre à l'évidence. C'est l'échec. Il ne me reste plus qu'à prendre mon mal en patience. Je regarde autour de moi pour savoir comment m'occuper. A ma droite, je vois des canapés dans une espèce de salle d'attente (j'imagine que c'est là que se retrouvent les gens avant d'aller payer en caisse). J'envisage d'y aller, sans conviction. Puis je me ravise en apercevant une épicerie de l'autre côté des caisses. Je passe donc les caisses et je fais un tour dans ladite épicerie. En me disant que je vais peut être trouver des trucs et pouvoir offrir du manger aux trois personnes qui m'accompagnent (sympa le mec). Finalement, je ne trouve rien de convaincant. Je continue d'errer dans l'épicerie et abandonne. Je me me pose plutôt sur les tables juste à côté dans un espèce d'espace lunch et commence à faire des mots fléchés (c'est ça la puissance intellectuelle. Bac+2 les enfants). Dix minutes plus tard, un vigile me sors de ma concentration intense pour venir à bout de ma première grille. Je ne comprends pas trop bien ce qu'il me dit. Je n'avais pas compris au début qu'il s'adressait à moi, et je le regarde dubitatif, histoire de guetter sa réaction et de voir s'il s'adresse vraiment à moi. Au début, je me suis demandé s'il n'allait pas me prendre la tête parce que je suis assis à une cafétéria sans consommer. Mais finalement, ce n'est pas ça. « C'est à vous le sac monsieur ? ». Je regarde derrière moi, il y a un sac jaune ikéa, qui m'était complètement sorti de l'esprit. Effectivement, c'est à moi. J'avais zappé ce sac. Je me suis dit qu'il s'agit d'une manifestation du plan vigipirate et qu'il allait me prendre la tête parce que le sac était un peu loin de moi (pas loin d'un mètre) et que ça aurait pu être un dangereux terroriste barbu qui a déposé une bombe. Je lui dit alors de ne pas s'inquiéter, que c'est bien a moi. C'est un sac qu'on prend à l'entrée. On y avait mis nos manteaux pour ne pas crever de chaud dans le magasin. Ayant les mains vides et étant d'un naturel serviable, j'ai proposé de prendre le sac pour libérer les trois autres personnes. J'ai compris bien plus tard que c'était un sac qu'on prend à l'entrée et qu'on repose à la sortie en passant en caisse (ce que je n'ai pas fait, du coup). Du coup ça a attiré la suspicion, à juste titre, du vigile. « On peut regarder dedans ? ». Pas de problème, je montre ce qu'il y a dans le sac. Des manteaux et des coussins qu'on met sur les chaises pour prendre soin de ses petites fesses. Bon je me trouve après les caisses avec du matériel à Ikéa. Je n'avais pas percuté que quelqu'un avait mis ça dans le sac (en dessous des manteaux). Et je n'ai pas pensé à vérifier avant de passer aux caisses. Mince. Je sens que ça va être chiant à justifier/régulariser. Bon, je lui explique (plus ou moins, parce qu'il ne m'écoute pas vraiment) le pourquoi du comment. Mais j'ai l'impression que ses questions sont plus rhétoriques qu'autre chose et qu'il sait déjà ce qu'il veut faire pour la suite. Il laisse toutefois entendre que ça va s'arranger. J'espère bien, il ne manquerait plus que ça. Je prends donc le sac et je le suis. Je pense qu'on va vers les caisses et je me dirige vers elles. Mais il me fait signe que non. On bifurque à gauche pour aller dans une petite pièce avec une petite table (Ikéa) et deux bancs (Ikéa). Il appelle des collègues. Ils sont 4 ou 5 à défiler. Certains rentrent, d'autres restes à la porte. Parfois ils partent et reviennent. Ils ne doivent pas avoir grand chose d'autre à faire. Le mec me demande s'il n'y a que ça. Je lui dit que oui. Il me demande de sortir les manteaux (sur lesquels j'étais resté focalisé en sortant du magasin). Il n'y a rien d'autre que les manteaux et les coussins en question. Ensuite le chef de la sécurité (je suppose) arrive. « Ah, c'est ici le vol ? ». Je lui explique que non et je recommence mon histoire. Et le mec persiste « Ouais, donc c'est un vol ». Ok, donc toi, tu as décidé de jouer au con. Je maintiens que non, pas décidé à me laisser impressionner par un mec borné qui n'a pas décidé d'utiliser son cortex et qui tente de montrer ses muscles. Sans succès pour le moment. À un moment, il me demande mon nom. Je lui demande si c'est pour aller chercher dans le fichier du STIC (en référence aux dérives d'espionite aiguë d'Ikéa). Le mec me répond que c'est la procédure et que si je ne décline pas mon identité, je vais au poste de gendarmerie le plus proche. Dans l'absolu ça ne me dérange pas. Je suis prêt à me battre pour défendre mes convictions, ce que je fais régulièrement. Mais je supposait (à tort) que mes accompagnateurs allaient bientôt sortir et je ne voulais pas les pénaliser en les obligeant à m'attendre. Je donne donc nom, prénom et date de naissance. Il écrit ça sur une feuille et me demande une pièce d'identité (s'il avait commencé par ça, il n'aurait pas eu besoin de demander, mais passons). Je lui dit que je n'en ai pas. Il me dit qu'il va appeler les gendarmes. Je l'invite à le faire. En attendant il me demande de contacter les personnes avec qui je suis venu. Je le fais et je leur demande où ils en sont. Il me disent qu'il arrivent bientôt. Je transmets le message. Je n'ai pas précisé que j'étais entouré de vigiles (pas besoin de les affoler pour rien). Les gendarmes arrivent. « C'est ici le vol ? » « Ah non, c'est pas un vol » « Ah moi on m'a appelé pour un vol » « Oui, ben lui il dit ce qu'il veut, mais ce n'est pas un vol ». Et je ré-explique à nouveau (avec une légère lassitude). Le gendarme en chef (je suppose) me fait mettre de côté et procède à une fouille. Ils ne trouvent rien de spécial, mis à part des crayons ikéa (en libre service), mes clés et d'autres trucs mais ma mémoire me fait défaut. Après quelques explications avec le gendarme, le ton monte un peu jusqu'à un moment où le gendarme me dit « Monsieur, vous n'est pas en position de faire le malin, pas besoin d'en rajouter ». Du coup, je rappelle plusieurs faits. Que je n'étais pas en train de me faire courser par les vigiles, mais que j'étais sagement assis à la cafêt. Que j'ai toujours des membres de ma famille qui sont dans le magasin en train de faire des emplettes. Que j'ai obtempéré depuis le début, que je ne cherche pas les ennuis, juste à rétablir la situation. Et que je me suis levé à 06:00 du mat pour aller dans ce putain de magasin qui n'est pas à côté, que je marche dedans depuis 2h parce qu'il n'est pas possible de s'en extraire rapidement et que si je suis sorti avec ce sac, c'est aussi de la faute à Ikea. Le Gendarme concède que les vigiles sont parfois un peu prompts à appeler la gendarmerie. Nous nous dirigeons donc vers les caisses. Le gendarme me demande si je ne peux pas appeler ma famille. Je le fait. Ils ne sont pas loin derrière les caisses, vers les rayons des meubles en kit. Il décide d'aller à leur rencontre. Je le guide vers où je pense savoir qu'ils sont. On les trouve et on explique la situation. Ma famille est un peu surprise. Mais pas tant que ça finalement. Ils me connaissent quand même. « Il n'y a qu'a toi que ça arrive ce genre de trucs ». Il me semble sage de ne pas relever. Du coup on propose au gendarme d'aller régler tout ça en caisse. « Madame, dit le gendarme, c'est inadmissible. Il est 12:30 et je devrais déjà être à l'apéro ». On a été tous un peu surpris que le gendarme plaisante, du coup, il nous a fallu quelques secondes avant de rigoler. Finalement, on repart vers les caisses. On n'avait pas l’appoint en liquide. Le gendarme baisse les bras, me redonne mon sac et me dit de repartir dans le magasin finir tranquillement mes courses. Ensuite il dit au vigile qu'il faut y aller mollo « il faut arrêter avec ça ». Pour info, les quatre coussins valaient la somme mirobolante de 24 euros ! Ça valait bien le coup de mobiliser 4 vigiles pendant deux heures et deux gendarmes pendant une heure. Je ne sais pas quelles seront les prochaines étapes, mais je n'aime pas trop l'idée de savoir qu'ils ont conservé des données personnelles sur moi, vu leur tendance à l'espionite aiguë. Qu'est ce que tu ferais à ma place, mon cher Nal ? Une lettre à Ikéa pour demander le retrait des données personnelles, conformément à la loi informatique et libertés ? Une lettre à la direction, pour leur expliquer que ce n'est pas la peine de traiter leurs clients comme des voleurs ? Une lettre à la cnil ? Me demande également si ce genre de broutille pourrait intéresser le canard enchainé.

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