URL: https://linuxfr.org/users/goffi/journaux/pas-si-petite-reponse-a-la-conf-de-stephane-bortzmeyer-pas-sage-en-seine-2013 Title: (pas si) petite réponse à la conf de Stéphane Bortzmeyer, Pas Sage en Seine 2013 Authors: Goffi Date: 2013年06月24日T02:00:53+02:00 License: CC By-SA Tags: sàt, réseau_social et pses Score: 50 Salut à vous, alors désolé pour ceux qui n'y étaient pas (le conférence sera sûrement prochainement visible sur [http://lacantine.ubicast.eu/channels/#pas-sage-en-seine-2013](http://lacantine.ubicast.eu/channels/#pas-sage-en-seine-2013)), mais comme je n'ai pas de compte Twitter, je pense être à la bonne place pour répondre (publiquement sinon j'aurais envoyé un courriel) à la conférence de Stéphane Bortzmeyer. Je suis le développeur de « Salut à Toi », outil de communication qui me semble-t-il est visé par cette conférence, si ce n'est directement - Stéphane ne connaissait pas le projet -, au moins dans l'esprit. Je suis intervenu à la fin, passablement énervé, et je vais expliquer ici pourquoi. #La forme# c'est probablement ce qui m'a le plus énervé. Un bon mot de temps en temps ça fait rire, ça fait bien passer une présentation. La provoc c'est facile, ça irrite en face, ça met dans une bonne position, OK. Mais aller dire qu'il faut qu'on fasse les choses « sérieusement » (titre de la conférence), ou que les gens se mettent à coder sans réfléchir, c'est non seulement prétentieux et condescendant, mais qu'est-ce qui permet à quelqu'un de dire cela ? Développer un projet d'une certaine importance demande de l'énergie, de la patience et de la passion. Le faire quand on a une vie professionnelle et/ou sociale à côté, et qu'on sait qu'on n'aura pas de choses concrètes, ou d'encouragements avant longtemps demande en plus de l'entêtement. Je suis tout à fait ouvert aux conseils, aux commentaires et aux critiques. Mais la forme y est pour beaucoup: qu'on vienne en m'expliquant la vie et ça ne passera pas. Qu'on m'explique que je ne fais pas les choses « sérieusement » (ça veut dire quoi d'ailleurs ?), ou qu'on se permette de dire odieusement que je code sans réfléchir, et là je serai énervé. #Consumérisme# D'après Stéphane, les projets se répartissent en 3 catégories: - les vaporwares (on en parle, éventuellement une page web, mais rien derrière) - ceux qui ont quelque chose mais ne tiennent pas compte de l'existant (en citant Diaspora qui n'utilise pas XMPP probablement plus par ignorance que par véritable décision technique) - ceux qui ont donné quelque chose mais qui ne fonctionnent pas (en citant status.net et un problème sur les identifiants) Il manque juste une « catégorie » qui réuni une grosse (majeure ?) partie des projets: ceux qui sont en cours de développement. C'est une des choses que je reproche globalement, et qu'on voit bien ici: le consumérisme. On attend quelque chose de « tout fait » qui marche, et au premier truc qui demande un minimum d'effort on s'arrête et on critique. Le cas a été flagrant avec MOVIM: après la conf d'hier quelqu'un a dit (sur Twitter: je n'ai pas de compte mais ça m'arrive de le consulter) que le projet était intéressant. La réponse a été d'attaquer sur la documentation (la page expliquant l'installation en anglais était vide). Un projet libre, fait par la communauté, demande du temps. SàT je l'ai commencé en 2008, bien avant qu'on parle de Diaspora, de Jappix ou de Friendi[kc]a. Aujourd'hui il est toujours en développement, même si on peut faire des choses avec, et la doc d'installation n'est toujours pas propre. J'ai longtemps rechigné à faire un site web de présentation, j'ai fini par le faire parce qu'on me le demandait (et que je voulais me mettre à Django). Si vous cherchez un truc tout fait, si vous voulez l'utiliser en vous disant que ça va marcher parfaitement, vous serez déçu. Ça viendra - peut-être - un jour, mais c'est encore trop tôt, même après 5 ans, et ça me parait tout à fait logique et normal pour ce type de logiciel. Il y a une attente énorme sur ce genre de projet, et nombre de personnes sont enthousiastes quand ils viennent me voir, mais les aides réelles sont très très rares (je compte encore les contributions sur les doigts d'une main). Après je n'ai rien demandé à personne, et je ne me plains pas, je ne fais qu'expliquer qu'il faut sortir de cette logique moderne du « il me faut ce truc tout prêt tout de suite ». La réponse de Stéphane a été de dire que les développeurs « consommaient » aussi, en utilisant des logiciels sans y participer, ou sans regarder les sources. C'est une façon de voir (que je n'ai pas). Mais jamais il ne me viendrait à l'idée d'aller voir les équipes d'un projet pour leur dire qu'il faut bosser ou qu'ils codent sans réfléchir. Je précise que je n'ai pas critiqué les gens qui utilisent un logiciel libre sans contribuer. Aussi, j'associe au terme « consommateur » l'idée de l'impulsion d'achat, du désir à satisfaire tout de suite. #Internet à changé# Certains pensent qu'un projet commercial, ou soutenu par une entreprise commerciale sera nécessairement meilleur, ou ira plus loin qu'un projet communautaire. Stéphane a, à juste titre, cité de nombreux projets issus de la communauté et qui sont d'une grande qualité. J'irais même plus loin en disant que j'ai bien plus confiance en la communauté qu'en n'importe quelle entreprise commerciale. On voit des projets libres très impressionnants: Linux, Kde, Gnome, VLC, etc. Alors pourquoi ces projets sont-il si avancés et les logiciels de communication ont-il du mal ? Je pense qu'Internet a beaucoup changé: il y a 10 ou 15 ans, on pouvait envoyer un message sur Usenet pour annoncer un projet, pour peu qu'il suscite un minimum d'enthousiasme et vous aviez du monde pour vous aider. Aujourd'hui, il y a énormément de moyens de communications, et de plus en plus ces moyens ne sont pas ouverts. Ajoutez à cela qu'il y a aussi beaucoup plus de projets de tous styles, et une proportion plus faible de gens techniques sur Internet (et une culture plus consumériste), et vous verrez qu'il est bien plus difficile de commencer un projet qu'avant. Sauf erreur, Linux et Kde ont demarré avec un message sur Usenet, Gnome était une réponse à Kde et VLC était un projet plus récent mais d'une grande école, ce qui lui donne une certain structure. Je ne dis pas qu'il n'est plus possible de réunir du monde sur un gros projet, je dis que c'est plus difficile. Les sites web qui brillent, c'est avant tout pour construire une communauté qu'ils sont là, parce que maintenant un message sur Usenet ça ne suffit plus: si on n'a pas de captures d'écran, un site - attention à ce qu'il soit joli le site ! - qui décrit bien - mais pas trop longuement sinon les gens zappent de site -, ou ce genre de chose, les chances d'avoir des aides techniques (ou autres d'ailleurs) s'approchent de 0. D'autre part, faire un réseau décentralisé est extrêmement difficile et complexe. Stéphane parlait de réutiliser l'existant, ce que font Jappix, MOVIM, Buddycloud et SàT avec XMPP. Mais XMPP est encore très incomplet sur, par exemple, le microblogage, et nous devons travailler aussi au niveau des standards et des serveurs. C'est tout à faire incomparable au travail nécessaire pour faire un Facebook (de base) ou un Twitter. Aller me sortir que Zuckerberg a développé un truc fonctionnel en quelques mois, c'est comparer des choux et des carottes (sans compter que c'est plus facile de trouver du temps libre quand on est étudiant). #Le marketing# Après avoir dit qu'il fallait apprendre plus le C et moins le CSS (ce qui au passage ne marche pas au moins pour MOVIM, Jappix, Friendica et SàT qui sont respectivement en PHP/Javascript, Javascript, PHP/Javascript et Python, et qui utilisent tous du CSS pour le projet lui-même), Stéphane nous dit qu'il faut faire du marketing. Ici je réponds à titre moins général: SàT n'est pas un projet qui fait du marketing. Alors oui je publie sur DLFP, je suis sur des planètes jabber, et je fais parfois un peu de propagande, je cherche à ce que le projet soit connu. Mais ce n'est pas du marketing: on n'est pas dans une logique de service, de consommateur, de commercialisation, il n'y a pas de marché à conquérir ou de logique d'offre et de demande; la révulsion à la publicité est dans les gênes du projet (lire le contrat social), et il est hors de question d'utiliser Twitter ou Facebook pour en parler. Le nom du projet, le choix des fonctionnalités, les décisions en général ne se font pas en fonction du « marché », et le but n'est pas de reproduire un comportement qu'on critique par ailleurs. Je ne fais pas de course à la gloriole, et même si j'aimerais (et je compte) vivre de mon projet, ce n'est que très secondaire par rapport aux enjeux principaux (qui sont plutôt d'ordre politique). #Où va-t-on ?# Maintenant se pose la question de l'avenir. Comme dirait un excellent groupe: « Je ne sais pas où je vais, oh ça je l'ai jamais bien su, mais si jamais je le savais, je crois bien que je n'irais plus ». Il est très difficile de savoir ce qu'il va se passer maintenant, ce qu'il faut faire, etc. Je pense très sincèrement qu'il va y avoir beaucoup de changement dans les mois à venir. Déjà MOVIM a atteint un point relativement intéressant. Nous nous croisons régulièrement, je suis devenu ami avec l'équipe, et je constate qu'ils tiennent le coup depuis un bon moment. J'ai assez confiance en ce projet. Friendica me parait intéressant aussi, même si j'ai suivi de loin. Du reste, je ne sais pas trop où en sont les autres, c'est difficile à dire pour Jappix ou Diaspora, et je ne suis pas suffisamment des Lorea ou ceux que j'ai oublié. Du côté de SàT enfin il y a de gros changements en ce moment même que j'expliquerai en détails dans une annonce prochaine. Le développement va nettement s'accélérer mais il n'y a pas que ça, il y a un projet plus large derrière. Bref, parler « d'échec » pour les outils de communication est faux; mais il faut savoir être patient, et visiblement c'est une chose qui se perd. Pour conclure, je tiens à noter que ce journal n'est pas une attaque directe ou quoi que ce soit de ce style, c'est une réponse à la conférence et à ce que je vois en général. J'ai discuté, rapidement, avec Stéphane après la conférence de manière tout à fait amicale (et je suis prêt à le refaire autour d'une bière, surtout si on me l'offre). Je peux aussi répondre aux autres points de la conf (identifiant, sécurité, auto-hébergement) mais je ne le fais pas dans le journal qui est déjà suffisamment long, on peut en parler dans les commentaires si vous voulez.

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