URL: https://linuxfr.org/users/gnuzer/journaux/r%C3%A9flexions-sur-laccessibilit%C3%A9 Title: Réflexions sur l'accessibilité Authors: gnuzer Date: 2011年05月31日T21:11:24+02:00 Tags: format_ouvert Score: 15 ...et quand je dis accessibilité, c'est au sens originel du terme, à savoir : le fait qu'un contenu, une information, soit accessible à ceux avec qui on souhaite communiquer (pas forcément lié au handicap, donc). [La récente discussion](http://www.numerama.com/magazine/18914_2-quand-canal-croit-qu-eric-besson-est-un-fake.html#ac_com1346757) que j'ai eu dans les commentaires de Numerama avec le dénommé The F0x m'a plongé dans une grande confusion. Si. À noter quand même que cet événement est exceptionnel, tant il est rare qu'on puisse avoir une vraie discussion sérieuse avec un commentateur de Numerama. Mais passons. Pour la faire courte, je soutenais que le Flash est un format fermé (ne me demandez pas comment je suis passé d'un article sur Éric Besson à une critique de Flash), car : - les objets Flash sont binaires, donc obscurs - [si j'en crois mathieui](http://blog.mathieui.net/?p=416) le fait que les spécifications soient publiques ne rend pas le format ouvert pour autant, puisqu'il s'agit d'un binaire (sinon cela reviendrait à dire que tout .exe est lisible, les spécifications de l'exe étant publiques) - un objet Flash est un programme, puisqu'il résulte d'une compilation, et non un fichier comme le PNG, le PDF ou le JPEG The F0x soutenait le contraire, car : - les spécifications sont publiques - le format Flash n'est pas binaire (pas plus que le PDF) - un simple fichier peut parfaitement résulter d'une compilation, ex : LaTeX. De plus ce n'est pas parce qu'il y a interaction entre l'utilisateur et le fichier qu'il s'agit d'un programme. Bref, je me suis rendu compte assez rapidement que j'avais dit beaucoup de conneries, et mes connaissances dans le domaine des formats étant bien trop limitées, je n'ai pas pu aller plus loin. J'ai commencé à me demander pourquoi aucun développeur n'avait réussi à créer un logiciel capable de lire un format dont les spécifications sont pourtant publiques. J'ai donc recentré le débat sur le fait que les SWF restent non-libres et potentiellement malveillants, sans trop y croire, commençant à avoir de sérieux doutes sur le bien-fondé de mes arguments... En effet, lorsque nous, libristes, nous voyons remettre un fichier PDF ou PostScript, exigeons-nous systématiquement les sources LaTeX ? Non, sauf quand il s'agit par exemple d'un livre sous licence libre. Et s'il y avait une interactivité entre l'utilisateur et le fichier, exigerions-nous, là aussi, les sources ? Les seuls exemples qui me viennent à l'esprit à ce propos sont les documents bureautiques, et leurs macros. Mais ceux-ci ne sont pas issus d'une compilation, à ma connaissance. S'ils l'étaient, demanderions nous les sources de ces fichiers à chaque fois ? Ces dernières interrogations vous ont certainement déjà ouvert les yeux, mais il m'a fallu un certain temps avant de commencer à cerner l'origine du problème. Il semble en fait que nous confondions les trois notions très différentes de contenu, format et lecteur : - contenu : l'information que l'auteur ou le messager veut nous transmettre, le quelquechose qu'on veut pouvoir lire - format : le machin qui contient le quelquechose - lecteur : le bidule qui reconnaît le machin qui contient le quelquechose, nous permettant d'accéder à ce dernier Or, qu'est-ce que le PNG, le JPEG, le PDF ou le PostScript ? Le format. Qu'est-ce que le texte joliment formaté dans le fichier PDF ou le fichier PostScript ? Le contenu. Qu'est-ce que le SWF inclus dans la page web ? Le lecteur. Et c'est de là, à mon avis, que provient toute la confusion : le SWF n'est pas un format contenant juste un contenu ! C'est une sorte de gros bloc dans lequel se trouvent à la fois un lecteur et contenu, un peu comme ces cinématiques sous forme de .exe qu'on pouvait trouver dans certains vieux jeux vidéos. Toute la confusion provient du fait qu'il faut un "lecteur" Adobe Flash pour pouvoir lire les fichiers SWF. Mais en fait, le plugin Flash ne "lit" pas un fichier : il fait fonctionner un programme, et serait donc plus comparable à un interpréteur qu'à un lecteur, si je ne m'abuse. Bref, je ne sais pas si Adobe est un adepte du FUD, mais ce dont je suis sûr, c'est qu'ils en maîtrisent à fond les deux dernières lettres. Une fois ce point éclairci, revenons-en au centre du problème : la liberté de l'utilisateur. Dans un réseau d'échange où tous les pairs sont libres et égaux, l'utilisateur doit pouvoir accéder au contenu via le logiciel de son choix. Ainsi, le Flash est forcément liberticide ou discriminatoire, puisqu'il nécessite l'usage d'un lecteur SWF à source fermée (la plupart du temps) pour accéder à la vidéo, à l'image, ou au texte proposé. Même chose pour le Silverlight, le Java et autres horreurs. En conclusion : Le Flash est-il un format ouvert ou pas ? Non. Le Flash n'est pas un format, c'est une technologie. Il faut donc redéfinir le terme Flash. Trois définitions possibles : - le .swf : C'est un fichier qui caractérise un logiciel, et non un contenu. Le format de ce fichier est ouvert, mais on s'en fout. - la technologie Flash : elle appartient à Adobe, mais on a le droit d'en créer une implémentation libre. C'est pourquoi des logiciels comme Gnash ont vu le jour. Gnash est libre, mais là aussi, on s'en fout. - le format du contenu accessible via la technologie Flash : il n'est lisible que par le logiciel en .swf, et certainement pas dans un format ouvert. L'enjeu repose donc sur la troisième définition : quand on parle du caractère ouvert de Flash, on devrait donc se baser sur celle-ci. Flash n'est donc pas un format ouvert, et ne laisse pas à l'utilisateur la liberté d'accéder au contenu via le logiciel de son choix. Voilà. Maintenant, à vous de me dire si j'ai bon ou si j'ai dit des bêtises. PS : Comme je sais que certains vont me chercher des poux dans la tête, je précise que je traite ici des fichiers SWF qui contiennent tout ce qu'on veut voir. Pas des trucs qui vont chercher un fichier FLV dont on peut trouver le lien HTTP facilement en faisant Ctrl-U. PPS : Si quelqu'un peut m'éclairer (simple curiosité) sur le fait que Swfdec, Gnash et Lightspark n'avancent pas... Si les spécifications sont publiques et que tout est bien documenté, il n'y a plus de reverse-engineering à faire, si ? PPPS : Tiens ? Il me propose de mettre ce journal sous CC BY-SA... Pfff... Ce journal est dispo sous [WTFPL](http://sam.zoy.org/wtfpl/), na. Et dans l'éventualité où il serait bon, [Kopimi](https://secure.wikimedia.org/wikipedia/en/wiki/Piratbyr%C3%A5n#Kopimi).

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