URL: https://linuxfr.org/users/ffourcot/journaux/ipv6-et-cons%C3%A9quences-sur-lanonymat Title: IPv6 et conséquences sur l'anonymat Authors: Florent Fourcot Date: 2011年01月14日T16:48:28+01:00 Tags: Score: 49 Bonjour, je voulais revenir un peu sur les conséquences sur la vie privée du passage en IPv6. On a pu lire beaucoup de commentaires sur le sujet récemment sur ce site, et je ne les pense sont pas toujours pertinents. Je ne parlerai vraiment que de la couche réseau, que les gens sont déjà tracés par les [cookies](https://www.eff.org/deeplinks/2009/09/new-cookie-technologies-harder-see-and-remove-wide), l'[entropie](https://panopticlick.eff.org/) d'information de leurs navigateurs, leurs comptes [facebook](http://desencyclopedie.wikia.com/wiki/Facebook), ça ne m'intéresse pas. **En IPv6, on a toujours la même adresse** Il y a dans ce "problème" deux parties. Une adresse IPv6 est composée de deux composantes bien distinctes, l'adresse réseau (en gros, les 64 premiers bits) et l'identifiant d'interface (les 64 derniers). Pour la première partie, beaucoup pensent que l'IPv6 entraînera des préfixes réseaux fixes. Il n'en est rien, et certains FAI n'ont pas envie de le faire. Dans les exemples récents, Deutsche Telekom a déclaré vouloir déployer l'IPv6 en fournissant un /56 par abonné. Ce /56 changera au minimum une fois toutes les 24 heures... Les antis IP fixes se trompent donc de cibles, ce n'est pas une technologie qu'il faut combattre mais bien les politiques des fournisseurs d'accès. Je pense personnellement que ce n'est pas un problème d'avoir un préfixe fixe, mais si vous pensez le contraire sachez qu'IPv6 ne change rien. Il est probable que s'il existe un marché pour des IP dynamiques, un fournisseur d'accès le proposera. Pour les germanophones, [l'article source chez heise.de](http://www.heise.de/newsticker/meldung/Deutsche-Telekom-konkretisiert-IPv6-Plaene-1102458.html). Passons à la seconde partie, l'identifiant d'interface. Il est vrai que les premiers mécanismes d'autoconfiguration qui ont été publiés en RFC proposaient une dérivation de cet identifiant à partir de l'adresse MAC. Cette adresse MAC étant unique, il était virtuellement possible de savoir partout ou vous vous branchiez sur l'Internet, ou en tout cas partout ou votre carte réseau se branche (après, rien ne vous a jamais empêché de ne pas utiliser cette auto-configuration...). Ce problème est résolu depuis bien longtemps, d'abord par la RFC 3041 qui a été mise à jour par la [4941](http://tools.ietf.org/html/rfc4941) (Privacy Extensions for Stateless Address Autoconfiguration in IPv6). Grâce à ces extensions, un identifiant d'interface est généré aléatoirement pour les connexions sortantes. Cela rend impossible le tracage des différentes cartes réseaux, et résoud ainsi le problème. La bonne nouvelle pour Madame Michu, c'est que ces options sont activées par défaut sous Windows (sous Linux, il faut le faire à la main). En conclusion, les IPv6 fixes et le traçage des utilisateurs grâce à ça, c'est juste des foutaises. Mais vous n'en doutiez pas, j'en suis convaincu. **Et pour le vrai anonymat ? ** Si vous pensez qu'avoir une IP dynamique est suffisant pour votre vie privée, vous êtes désormais rassuré. Si vous pensez que ça ne change pas grand chose, vous pourriez souhaiter avoir accès à des applications d'anonymat un peu plus solides, tel que Tor ou des [« cascades de Mix »](http://anon.inf.tu-dresden.de/desc/desc_anon_en.html). L'introduction de l'IPv6 peut poser des d'architectures à ces réseaux. Exemple : Tor. Permettre l'IPv6 sur Tor n'est pas sans poser problème, notamment au niveau de la cohérence du réseau, de la joignabilité de tous les nœuds, etc. C'est bien expliqué dans la [FAQ](https://trac.torproject.org/projects/tor/wiki/TheOnionRouter/TorFAQ#TorshouldsupportIPv6.) du site, ils cherchent une solution. Je fais confiance aux gens de Tor pour avoir une solution élégante. Mais leur processus de décision sous la forme de propositions/commentaires/implémentation est assez lent (c'est ça qui le rend bien en même temps), et donc Tor en IPv6 ne sera pas pour tout de suite (pour ce que j'en sais). Après, il y a d'autres solutions qui ont les mêmes problèmes que toutes les applications : il faut mettre à jour pour permettre une compatibilité IPv6. C'est notamment le cas des « cascades », qui ont un point unique d'entrée et de sortie. Il n'y a aucun problème théorique la-dessous, juste du temps de développement à avoir. Donc si vous avez besoin de solutions d'anonymat solides : pour l'instant, en IPv6, ça ne marchera pas. Ce n'est pas directement un problème du protocole, mais un problème de compatibilité avec l'existant et de mises à jour des logiciels. **J'ai fait un rêve...** Pour la suite, je pense qu'IPv6 va apporter de nouvelles solutions intéressantes pour l'anonymat. Il y a pas mal de nouvelles idées dans le domaine de la recherche qui s'appuient sur les nouveaux protocoles qui vont avec l'IPv6, il en émergera bien un truc. La philosophie de l'abondance des adresses ouvre de nouvelles opportunités. On peut également rêver d'une diffusion massive de l'IPSec, et notamment du [chiffrement opportuniste](http://en.wikipedia.org/wiki/Opportunistic_encryption). En IPv6, le support d'IPSec est obligatoire dans les RFC, et non plus optionnel comme en v4. S'il commence à être vraiment utilisé, ce serait un bon en avant magnifique. Pour rappel, en IPSec on peut chiffrer tout le contenu du paquet, en particulier les entêtes du niveau 4 (ICMP, TCP, UDP...). Impossible donc de savoir le type d'application, un observateur au milieu n'aura plus que la quantité de donnée échangée et les IP des correspondants (ce qui est déjà pas mal, certes). Bon week-end anonyme à tous.