URL: https://linuxfr.org/users/enzo_bricolo/journaux/c-est-quoi-le-cloud-computing-2-2 Title: C'est quoi le "Cloud Computing" ? 2/2 Authors: Enzo Bricolo đ âđ Date: 2017ćčŽ01æ04æ„T21:38:34+01:00 License: CC By-SA Tags: cloud_computing, paas, saas, franglais, souverainetĂ©, cozycloud et cloud Score: 20 Ce journal est la suite du [premier morceau de journal](http://linuxfr.org/users/enzo_bricolo/journaux/c-est-quoi-le-cloud-computing-1-2) qui a attirĂ© quelques curieux, et des commentaires sympathiques. Le document du NIST dĂ©crit donc 3 modĂšles de services (IaaS, PaaS, SaaS) qui sont l'objet de nombreux contresens, quiproquos ou autres tentatives de positionnement marketing fumeux. Le concept clĂ© dans les modĂšles de services, c'est la logique mĂȘme de "as a Service", qui reprend les caractĂ©ristiques dĂ©taillĂ©es prĂ©cĂ©demment. On achĂšte l'accĂšs Ă une ressource et non plus la ressource elle mĂȘme. IaaS : Infrastructure as a Service =========== Dans le cas de "l'infrastructure", le fournisseur de cloud va mettre Ă disposition des composants d'infrastructures (des serveurs, du stockage, du rĂ©seau, etc.) le plus souvent virtualisĂ©s, ce qui lui permet d'assurer les 5 caractĂ©ristiques essentielles pour que ce soit du vrai "cloud" (et non pas du "kloud" de Mr Presgurvic), mais attention ce n'est pas toujours le cas ! C'est pour cela qu'il faut bien lire les petites lignes des contrats, ou mieux, demander Ă vos acheteurs et vos juristes prĂ©fĂ©rĂ©s d'Ă©plucher les petites lignes des contrats pour vous. On comprend ainsi mieux la logique de "as a Service", qui amĂšne Ă passer plus de temps sur les contrats et moins de temps sur les infrastructures. Les fournisseurs vendent donc maintenant de l'accĂšs Ă des ressources, opĂ©rĂ©es suivant des standards, et non plus les ressources elles mĂȘmes que vous devez opĂ©rer ou faire opĂ©rer chez vous. C'est la magie du "Cloud Computing". Les DRHs, les DAFs et les DSIs sont ravis, car votre boite a besoin de moins de personnels (barbus et pĂ©nibles) pour configurer, installer et surveiller les babasses, moins de CAPEX (matĂ©riels chers, compliquĂ©s Ă amortir et au cycle de vie assez courts), et la DSI rĂ©agit plus vite que son ombre pour mettre Ă disposition une infrastructure compliquĂ©e pour un projet VIP (toute ressemblance ...). Dans ce modĂšle de service, la fourniture de serveurs virtualisĂ©s s'accompagne en gĂ©nĂ©ral du systĂšme d'exploitation et de l'accastillage nĂ©cessaire pour administrer (supervision, sauvegarde, etc.) le serveur, mais pas plus. On peut noter que notre OS prĂ©fĂ©rĂ© s'est taillĂ© une confortable part de marchĂ© sur les diffĂ©rentes offres de IaaS, y compris chez Microsoft (d'ailleurs les [Romuliens](http://linuxfr.org/users/enzo_bricolo/journaux/microsoft-linux) y ont pris gout !). SaaS : Software as a Service =========== Le "Software as a Service" est un modĂšle de service ou l'application est accessible Ă l'aide d'un client standard (client lĂ©ger, navigateur web) et provisionnĂ© Ă la demande. Ce modĂšle est largement proposĂ© au grand public, parfois mĂȘme "gratuitement", l'exemple emblĂ©matique Ă©tant la suite en ligne proposĂ©e par google (gmail, google docs, google drive, etc.). Un quiproquo classique consiste Ă confondre la suite proposĂ©e (les fonctionnalitĂ©s) et le modĂšle de service SaaS de Google. Ce qui fait de l'offre de Google une offre de "Cloud Computing", c'est la façon dont vous pouvez vous enrĂŽler et ensuite accĂ©der aux solutions. Par suite, le fait de mettre en place un petit serveur chez vous pour stocker vos donnĂ©es et celle de votre moitiĂ© avec une solution dite de "Cloud Personnel" (c'est nulle part dans l'ISO !) ne fait pas de vous un fournisseur de "cloud" (la bise aux devs de CozyCloud, OwnCloud, NextCloud, et j'en oublie). Pendant ce temps lĂ , dans l'entreprise, de l'autre cotĂ© du datacenter, nos clients internes prĂ©fĂ©rĂ©s (RH, Finance, Marketing, etc.) n'ont pas attendu la DSI et sont allĂ©s faire leur marchĂ© sur les internets, munis d'une expression de besoin sous powerpoint, d'une carte bleue en Ă©tat de marche et des conseils avisĂ©s d'un consultant Ă chemise Desigual. La "magie du Cloud Computing", appliquĂ© au SaaS, c'est que les mĂ©tiers n'ont plus besoin de la DSI, ils peuvent acheter 300 comptes Salesforce en 10 minutes, ou externaliser la paie en 3 clics. La bonne nouvelle, c'est que nos nouveaux amis les acheteurs et les juristes sont sur le coup eux aussi. Sur ces sujets lĂ , il est capital d'avoir des RSSIs qui soient vigilants, ainsi qu'un correspondant CNIL (en fonction de la taille de la boite). A chaque [apĂ©ro de l'eurocloud](http://www.eurocloud.fr/), on me raconte des histoires qui glacent le sang Ă propos de donnĂ©es personnelles ... Attention, de nombreuses applications hĂ©bergĂ©es historiques, Ă la demande ("on demand"), ont Ă©tĂ© rhabillĂ©es sauce "SaaS" avec l'avĂšnement du "Cloud Computing". LĂ aussi, la lecture minutieuses des petites lignes du contrat, l'audit de l'infrastructure, de ses performances ou des conditions d'hĂ©bergement peut sâavĂ©rer nĂ©cessaire avant de faire le pas. Il ne faut pas nĂ©gliger non plus le coĂ»t d'intĂ©gration de la solution "SaaS" Ă l'existant. PaaS : Platform as a Service =========== Le "Platform as a Service" est un modĂšle ou le fournisseur met Ă disposition une "plateforme", qui se compose d'un ou plusieurs composants d'infrastructures et/ou des logiciels prĂ©paramĂ©trĂ©s (en plus du systĂšme d'exploitation). Cette plateforme va permettre au client de dĂ©velopper son propre code. C'est le modĂšle le plus complexe Ă apprĂ©hender, et les solutions proposĂ©es par les fournisseurs sont extrĂȘmement variĂ©es. Entre la dĂ©finition du NIST (2011) et maintenant, de nombreuses solutions ont Ă©mergĂ©es chez les grands fournisseurs (e.g. Google App Engine, BlueMix chez IBM, OpenShift chez RedHat) De nombreuses offres intermĂ©diaires (MBaaS, DBaaS, iPaaS, aPaaS, FaaS) sont apparues et ont surfĂ© sur la vague du "as a Service". La plupart peuvent se raccrocher Ă un des 3 grands modĂšles, Ă©vitez d'en rajouter ("PAAS++", ce n'est pas une bonne idĂ©e). Cloud Souverain =========== L'Ă©tat français a trĂšs tĂŽt compris l'intĂ©rĂȘt stratĂ©gique du "cloud computing" et a tout mis en oeuvre pour faire Ă©merger des champions nationaux grĂące Ă l'initiative [AndromĂšde](https://fr.wikipedia.org/wiki/Androm%C3%A8de_(cloud)) qui consistait Ă dĂ©penser intelligemment 150 millions d'euros issu du [grand emprunt](https://fr.wikipedia.org/wiki/Investissements_d'avenir). Ayons une pensĂ©e pour les barbus qui ont participĂ© dans les diffĂ©rents projets des diffĂ©rentes sociĂ©tĂ©s Ă©ligibles (Cloudwatt, Numergy) ou pas, pour les moustachus d'Ikoula qui proposent dĂ©jĂ [le "cloud gaulois"](http://www.lecloudgaulois.fr/), les octavistes d'OVH et les gars de Outscale (y'a que chez eux que j'ai jamais jouĂ© mais ils sont sympas). En 2015 ont Ă©tĂ© publiĂ©s par la DINSIC des [rĂ©fĂ©rentiels](http://references.modernisation.gouv.fr/referentiels) trĂšs intĂ©ressants et des guides Ă destination des collectivitĂ©s qui prĂ©cisent notamment [les dĂ©finitions "en bon français"](http://www.entreprises.gouv.fr/files/files/directions_services/secteurs-professionnels/numerique/guide-cloud-computing-et-datacenters-2015.pdf) et un concept trĂšs intĂ©ressant, le "cloud souverain" : "Dans un contexte dâexternalisation des ressources informatiques, le concept de souverainetĂ© des donnĂ©es est essentiel. Tout client, confiant ses donnĂ©es Ă un prestataire hĂ©bergeur, doit pouvoir disposer : âą dâune garantie technique, sur le niveau de sĂ©curitĂ© offert par le prestataire et ses sous-traitants pour garantir la protection et la confidentialitĂ© des informations (dispositifs anti-intrusion, dispositifs de cryptage...) ; âą dâune garantie juridique, sur dâune part la non-utilisation des donnĂ©es par un tiers, dâautre part le non-accĂšs aux donnĂ©es par un tiers en vertu de rĂ©glementations nâassurant pas une protection optimale. Ces Ă©lĂ©ments doivent pouvoir ĂȘtre contractualisĂ©s et vĂ©rifiĂ©s auprĂšs des diffĂ©rents fournisseurs, dâoĂč lâimportance des projets de labels et de certifications portĂ©s au niveau de lâĂtat." puis "Concernant la juridiction française, qui sâapplique Ă certains types de donnĂ©es (donnĂ©es personnelles, notamment donnĂ©es de santĂ©), la souverainetĂ© pourra ĂȘtre garantie si : âą dâune part, le Datacenter hĂ©bergeant les donnĂ©es est localisĂ© en France ; âą dâautre part, lâentitĂ© juridique qui opĂšre le Datacenter est de droit français. Le « Cloud souverain » ne doit donc pas sâentendre exclusivement comme « un acteur dont lâĂtat est actionnaire », mais sâĂ©tend à « un acteur disposant dâun hĂ©bergement en France avec un actionnaire majoritaire français (voir europĂ©en si les rĂ©glementations sâuniformisent au sein des pays de lâUnion) »." Ils ont fini par comprendre que les donnĂ©es des boites françaises (et du public français) sont hĂ©bergĂ©es dans les datacenters de Google, Amazon, Facebook ou Microsoft situĂ©s en Irlande ou en Hollande. Choses Ă©tonnantes en 2017, Amazon, Microsoft et leurs amis vont ouvrir des datacenters dans l'hexagone. On attend impatiemment la mise au point d'un OS souverain pour aller avec. L'ANSSI de son cotĂ© a planchĂ© sur des [certifications](https://www.ssi.gouv.fr/uploads/IMG/pdf/cloud_referentiel_exigences_anssi.pdf) pour pouvoir estampiller les "clouds" avec [deux niveaux](https://www.ssi.gouv.fr/uploads/IMG/pdf/cloud_synthese_referentiel_anssi.pdf) : Ă©lĂ©mentaire ou standard (Diffusion Restreinte). Si votre boite a un statut d'OIV (OpĂ©rateur d'Importance Vitale), je vous conseille de lire ces documents avec attention pour Ă©viter des migrations idiotes dans les mois qui viennent. J'espĂšre que cela vous a plu, la permanence sera assurĂ©e dans les commentaires par les mĂ©ta-experts de la moulosphĂšre.