URL: https://linuxfr.org/users/enjolras/journaux/la-democratie-est-elle-simplement-un-ensemble-de-droits Title: La démocratie est elle simplement un ensemble de droits ? Authors: Enjolras Date: 2012年07月21日T15:18:03+02:00 License: CC By-SA Tags: Score: 5 Note : Ce journal est un follow up de ce [journal](https://linuxfr.org/users/renault/journaux/la-definition-de-democratie-quelle-est-elle-selon-vous) Le journal en lui même ainsi qu'un grand nombre de commentaires partent du principe que la démocratie se résume un ensemble de droits. Droit de penser, droit de s'exprimer, droit de choisir par le vote, etc. En ce sens, il est indéniable que les pays Occidentaux sont majoritairement des démocraties, même si certains de ces droits sont de temps à autre bafoués (Notament sur internet, sujet qui est souvent abordé sur ces pages). Pourtant, la démocratie se résume-t-elle à un ensemble de règles garantissant ces droits ? #...# Cet ensemble de droits semble nécessaire à la société démocratique. Sans le droit d'expression, ou le droit de choix, un citoyen peut difficilement prendre part aux décisions affectant la société dans laquelle il vit. Pour choisir la politique à mener, il faut atteindre un consensus, ou du moins, un consensus majoritaire parmi la totalité des citoyens. Et ce consensus ne peut être atteint que par le partage des idées, le débat public. Ce débat ne peut exister simplement et naturellement que s'il est permis par les règles sociales. En ce sens, on peut considérer que les pays Occidentaux sont des démocraties puisqu'ils garantissent le droit d'expression et de pensée dans leur constitution. ## * * ## Pourtant, ces droits ne suffisent pas à faire d'un état une démocratie. En effet, il semble évident que le droit ne fait pas le moyen. Pour prendre un exemple extrême, ce n'est pas parce que l'état garantirait soudainement le droit à chacun de voler qu'il serait possible à n'importe qui de le faire. De même le droit d'expression n'a de sens que par la possibilité de s'exprimer. En ce sens, Internet est un outil formidable, et à mon avis, un organe essentiel de toute démocratie moderne. Toutefois, le reste des media n'est pas accessible au "commun". Tant de luttes sociales sans tribunes médiatiques ! Essayez de faire publier n'importe quoi dans n'importe quel media traditionnel : si vous n'êtes pas professeur émérites à la Sorbonne reconnu de par le monde, je vous souhaite bonne chance. De plus, la monté de l'égoïsme et la disparition de l'esprit de corps a grandement réduit le cercle de l'entourage ainsi que la possibilité de discuter politique : les cercles et les syndicats ne sont plus que l'ombre d'eux même. La démocratie nécessite donc la présence de moyen de communication et d'expression simple et facile d'accès ouverts à tous. ## * * ## Cependant, le droit et le moyen ne suffisent pas à garantir la démocratie. La liberté, au sens large, est nécessaire. En effet, peut on qualifier de démocratie un État où le droit et le moyen d'expression sont garantis où personne ne prend la peine de s'exprimer ? Et c'est bien une caractéristique de nos pays occidentaux, en témoigne le taux d'abstension en hausse, qui atteint presque 50% à certains scrutins, ainsi que le taux d'indécision une semaine avant les scrutins, atteingant parfois le nombre astronomique de 35%. Le problème de la non réflexion est la tare de toute démocratie : avoir le droit et le moyen de penser, ce n'est pas être libre de penser, et encore moins, penser. La normalisation et l'harmonisation morale des idées étouffe la société. La morale guide beaucoup de comportement : le "bien penser" véhiculé par les grands média, la pub, et en partie la culture, guide tout nos comportements. C'est ce qui défini les canons, tant physiques (la beauté, les mannequin féminins, etc), que moraux. Tu dois pleurer les morts du terrorisme. Tu dois vouloir gagner de l'argent pour réussir ta vie. Tu dois être contre la peine de mort. Tu dois t'indigner contre le réchauffement climatique, contre les méchants dictateurs du monde arrabe. La norme guide chacune de nos pensées. Guide, et n'impose pas : le droit de penser ce qu'on veut est garanti. C'est l'individu qui s'impose sa propre morale : cette morale canonique représente une grille de réussite vis à vis de laquelle on se juge soit même. Le citoyen s'auto-limite, par peur de passer pour un excentrique au sein du groupe. En ce sens, il n'est pas libre de penser. Au nom de la tolérance, on lui impose d'accepter toutes les opinions au point de lui interdire de prendre parti : défendre son point de vue est paradoxalement considéré comme anti-démocratique, comme une manière de s'imposer en tant qu'individu qui nierait les idées des autres. Peu à peu, on ne pense plus par nous même. On se projette sur une pensée normative et socialement acceptée. # ... # Si le droit de penser et de s'exprimer est nécessaire à une société démocratique, il ne suffit pas à la mettre en place. Chaque citoyen doit avoir un moyen simple d'expression. En outre, il lui faut aussi la volonté de penser et d'affirmer son expression au lieu de se projeter sur la pensée courrament admise. Ainsi, les sondages, ou certaines émissions télé, en assénant comme vérité majoritairement admises de simples opinions poussent les individus à les considérer comme vérité et à en oublier de réfléchir par eux même. La démocratie n'est pas un état de fait, c'est un ensemble d'action. La démocratie nait du débat et de la confrontation d'opinions individuelles, c'est un combat de chaque instant : on ne peut pas être en démocratie, mais on peut faire vivre la démocratie. Citoyens, n'écoutez plus, n'acceptez plus, n'admettez plus : débattez, confrontez, pensez !